Terrorisme : Bernard Cazeneuve est-il Charlie ?

Bernard Cazeneuve Credit Parti Socialiste (Creative Commons)

Les mesures de régulation d’internet proposées par le gouvernement Hollande ont-elles un sens ?

Par Le Parisien Libéral.

Bernard Cazeneuve Credit Parti Socialiste (Creative Commons)
Bernard Cazeneuve Credit Parti Socialiste (Creative Commons)

 

Qui peut se dire que la lutte contre le terrorisme n’est pas un objectif prioritaire ? A priori, personne. Du coup, le gouvernement, très républicain, très dirigiste et autoritaire, se permet de prendre en otage les démocrates et les gens attachés aux droits de l’homme dans ce pays, avec ses propositions liberticides.

Dernier exemple en date : le voyage du ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, qui est allé rencontrer des représentants d’Apple, Google, Facebook, Twitter et Microsoft. Objectif : que ces géants de l’Internet s’autorégulent en bloquant par eux-mêmes les communications liées au terrorisme djihadiste. Il est vrai que le ministre n’a cessé de répéter que « 90% de ceux qui basculent dans des activités terroristes au sein de l’Union européenne le font après avoir fréquenté Internet », et qu’il faut donc « réguler » l’internet.

Terrorisme ou pas, Cazeneuve, mais aussi 90% des politiciens, veulent règlementer l’internet (depuis la place Beauvau plutôt que depuis un bureau en Californie). C’est comme si Cazeneuve nous expliquait qu’avant 2005 (date d’invention de Youtube) ou avant 2003 (date d’invention de Facebook), il n’y avait pas de terrorisme islamiste qui tuait à Paris.

Prendre le risque de critiquer la politique anti-terroriste (et liberticide) du gouvernement n’est-ce pas laisser penser qu’il ne faille rien faire contre le terrorisme ?

Notons quand même que la France, le pays des droits de l’homme, est aussi un des pays qui demande déjà le plus à Twitter d’effacer des tweets. Oui, la France, pas une grosse république populaire, une dictature communiste ou quelque État fermé sur lui-même. Il ne s’agit pas d’une information conspirationniste mais d’un fait relayé par la presse nationale. On sait également, depuis les révélations d’Edward Snowden, que la France fait aussi partie des pays qui enregistrent et surveillent ce que disent et font les citoyens.

rené le honzec cazeneuveAutrement dit, pour nous résumer, la surveillance de masse, et les interventions chez les gros fournisseurs de services sur Internet, ça ne marche pas. En réalité, il n’y a pas besoin de « réguler » l’internet, on a surtout besoin d’une doctrine au sein du gouvernement et au sein du pays.
Déjà, les membres du gouvernement eux-mêmes ne sont pas d’accord entre eux. Quand un ministre dit qu’il faut comprendre les jeunes qui partent en Syrie, qu’un autre pense qu’il faut envoyer des armes aux opposants à Bachar el Assad, qu’un autre affirme qu’aller faire la guerre au Mali, c’est lutter contre le terrorisme ici, et qu’un autre minimise l’extension d’un État de surveillance plus intrusif que celui de la RDA, où est la cohérence ?

Quand la France affirme que le terrorisme islamiste n’a rien à voir avec l’islam, mais que dans le même temps, elle interdit des pièces de théâtre ou des films qui pourraient choquer les musulmans, tout en affirmant que Charlie Hebdo a raison de pratiquer ce que les musulmans considèrent comme un blasphème, où est la cohérence ?

On sait pourtant très bien que les terroristes, bien plus que de vouloir défaire militairement la France (puisqu’il parait que nous sommes en guerre…), veulent surtout introduire une guerre civile en France, et rallier à leur cause les 5 millions de musulmans de France, tout en luttant contre notre mode de vie. Alors, pourquoi, y compris au sein du gouvernement, contribuer à donner raison à leur stratégie, en tentant d’adopter un entre-deux en matière de valeurs, et en attaquant les libertés civiles ?

Il ne faut pas lutter contre la propagande djihadiste sur internet, et ce pour plusieurs raisons.

La première est fondamentale, elle a trait à la cohérence de l’action publique et des lois. On ne sait jamais ce qui sera considéré, dans le futur, comme étant illégal sur internet. Si la propagande djihadiste est considérée comme étant illégale, qui dit qu’ensuite ce ne sera pas telle ou telle religion, puis, telle ou telle opinion ?

La seconde raison est pratique : comment-voulez vous repérer des gens si vous les forcez à se cacher ? Il sera beaucoup plus aisé de repérer des futurs tueurs s’ils ne prennent pas trop de précautions.

La troisième raison est aussi d’ordre pratique : imaginons que Cazeneuve parvienne, on ne sait comment, à faire préférer à YouTube les lois françaises aux garanties offertes par le premier amendement de la constitution américaine sur la liberté d’expression : que fera-t-il ensuite quand les vidéos migreront sur RUTube ?

En réalité, et sans tomber dans la culture de l’excuse, le gouvernement français ne se pose pas exactement les bonnes questions. Certes, toutes les personnes ayant habité le XIXème arrondissement de la capitale ne deviennent pas des délinquants, et, certes, tous les prisonniers ne deviennent pas des terroristes. Ceci étant dit, qui peut nier que la radicalisation passe aussi par ces séjours dans des établissements surpeuplés et ignobles, mais qui dépendent pourtant du ministère de la justice française, la justice du pays des droits de l’homme ?

On le sait, Coulibaly avait fait un séjour à Fleury Merogis, d’où il en avait tiré un reportage diffusé sur France 2, montrant l’état inacceptable de la plus grande prison d’Europe.

Pendant que Cazeneuve demande à Youtube de ne plus diffuser telle ou telle vidéo, il évite de rappeler que les prisons françaises sont toujours surpeuplées, ce qui n’est pas digne d’un pays qui donne des leçons de droits de l’homme à la terre entière.


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