Peut-on privatiser le mariage en France ?

Mariage (Crédits hellolapomme, licence CC BY), via Flickr.

Pourquoi ne pas soustraire le mariage civil à l’emprise de l’État, source de toutes les frictions ?

Par Gaspard Koenig.

Extrait du livre 50 matinales pour réveiller la France, publié aux éditions les Belles Lettres (2015).

Mariage (Crédits hellolapomme, licence CC BY), via Flickr.
Mariage (Crédits hellolapomme, licence CC BY), via Flickr.

 

L’hystérie qui s’est emparée de la société française à l’occasion du débat sur le « mariage pour tous », alors que dans le même temps le gouvernement conservateur de David Cameron faisait adopter le plus explicite « gay marriage » sans un murmure, reflète le monopole symbolique de l’État sur le mariage en France. Notre problème, c’est que la définition de la famille est donnée par le pouvoir central, et que la moindre modification affecte donc l’ensemble du corps social. Si au contraire les individus étaient libres de s’associer comme ils le souhaitent, l’État se posant en simple garant des contrats qu’ils passent entre eux, on voit mal au nom de quoi ce droit aurait pu être refusé aux homosexuels.

mariage rené le honzecNé de la Révolution française, et instauré par la loi du 20 septembre 1792, le mariage civil a en effet été pensé comme un instrument politique destiné à supplanter les dogmes religieux : l’état civil était désormais tenu par les communes et non plus par les paroisses. Il fut ensuite consacré par le Code civil, qui a une vocation normative et dispose encore aujourd’hui que « les époux se doivent mutuellement respect, fidélité, secours, assistance »… L’État est donc devenu l’intermédiaire obligé entre les époux. On entend souvent dire : « c’est le maire (ou la République) qui nous a mariés ». La procédure même du mariage est une ode à l’État. Il faut déposer un dossier de mariage, comble de la bureaucratie, publier des bans qui seront publiquement affichés, et passer une « audition préalable » avec un officier d’état civil, comme s’il avait la moindre légitimité à se mêler de notre intimité. Pire encore, la célébration en mairie, dans une salle ouverte au public, est obligatoire sauf, seule exception possible, « en cas de péril imminent de mort de l’un des futurs époux » ! S’entendre lire ses devoirs de bon époux par un élu, un politique, n’est guère crédible…

Pourquoi ne pas soustraire le mariage civil à l’emprise de l’État, source de toutes les frictions ?

Indépendant bien sûr du mariage religieux, qui reste du ressort de chaque communauté, le mariage civil devrait être un contrat comme un autre, attesté par un avocat par exemple. Cela ne changerait ni l’enregistrement à l’état civil, ni les dispositions fiscales qui s’appliquent aujourd’hui au mariage (même si elles sont, elles aussi, contestables, mais sur un autre plan). Simplement, on ne devrait plus passer devant un représentant de la nation pour consacrer un lien purement privé. La symbolique du mariage serait entièrement assumée par les différentes Églises, tandis que le mariage civil pourrait être conclu chez soi ou à la terrasse d’un café…

Cette idée a été soutenue par des libertariens tels que Bertrand Lemennicier dans Le marché du mariage et de la famille, ou l’économiste David Friedman aux États-Unis. Je laisserai les derniers mots à David Boaz, vice-président du Cato Institute (un think tank américain), dont les déclarations récentes résument parfaitement le débat : « la privatisation du mariage permettra aux homosexuels de se marier comme tout le monde. La vie privée ne sera plus soumise à l’inquisition de l’État. Le mariage est une institution importante ; la faute moderne est de penser que les choses importantes doivent être planifiées, régies et autorisées par l’État ».

– 50 matinales pour réveiller la France, de Julien Damon, Cristohe De Voogd, Gaspard Koening et Cécile Philippe, Les Belles Lettres, 2015.