Une Ukraine plus forte pour affaiblir l’agresseur

Drapeau Ukraine (Crédits Vladimir Yaitskiy, licence Creative Commons)

Les efforts visant à résoudre le conflit par des moyens pacifiques n’empêchent pas pour autant l’Occident de fournir une aide efficace pour se défendre face à l’agresseur russe.

Par Marcin Święcicki*, Docteur en économie, depuis la Pologne.

Drapeau Ukraine (Crédits Vladimir Yaitskiy, licence Creative Commons)
Drapeau Ukraine (Crédits Vladimir Yaitskiy, licence Creative Commons)

Des voix politiques s’élèvent pour affirmer que si les USA, ou un autre pays, fournissait des armes à l’Ukraine, cela pourrait rendre le conflit à l’Est erratique car nécessairement lié à l’arrivée en Ukraine d’instructeurs militaires étrangers. Il convient alors de rappeler qu’en septembre 2014 l’Ukraine et l’OTAN ont mené des exercices conjoints sur le territoire ukrainien dans lesquels ont pris part 200 soldats américains et 1.100 soldats d’autres pays.

La présence d’instructeurs américains sur le sol ukrainien, dont les formations pourraient être conduites dans les régions de l’Ouest, peut difficilement être interprétée comme une source d’escalade du conflit sachant que la Russie, qui ne fut en rien provoquée, a envahi la Crimée et a déclenché la guerre dans le Donbass. Ce qui a le don d’encourager le plus Poutine à occuper l’Ukraine est précisément la crainte devant les provocations de la Russie.

Les Ukrainiens réclament des armements alors qu’ils seraient justement eux-mêmes les premières victimes de cette « provocation ». Dès lors qu’ils veulent se défendre contre l’agresseur russe, l’Occident devrait les aider. Une Ukraine mieux armée, c’est plus de perte pour la Russie ainsi qu’une diminution, et non une augmentation, des possibilités d’élargissement du conflit à la « Nouvelle-Russie », à la Lettonie ou à la Géorgie.

Au cours de l’intervention militaire de l’URSS en Afghanistan (1979-1989), les lance-missiles sol-air américains à courte portée Stinger ont permis de faire pencher la balance en faveur des moudjahidines dès 1986. Le nombre d’engins abattus s’élève à 269. Les Stinger ont changé le cours de la guerre ; les pertes grandissantes et la peur régnante autour d‘eux ont largement contribué à la prise de décision de la Russie de se retirer d’Afghanistan.

On peut aujourd’hui empêcher la Russie de conquérir l’Ukraine de la même manière. Les Ukrainiens ont le plus besoin de lance-missiles antichar portables. L’argument de McCain qu’un nombre toujours plus grand de cercueils en provenance du Donbass avec le corps d’un soldat russe à l’intérieur pourrait limiter l’enthousiasme de la société russe envers la politique agressive du pouvoir est fondé.

Peu se souviennent aujourd’hui du mémorandum de Budapest par lequel les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Russie garantissaient l’intégrité du territoire ukrainien en échange du renvoi en Russie de leur stock d’armes nucléaires. L’envoi de 1000 lance-missiles antichar portables Javelin serait-il un prix trop cher à payer pour respecter un accord qui a contraint l’Ukraine à rendre 1800 ogives nucléaires ?

En 1946, le diplomate américain George Kennan envoyât de l’ambassade à Moscou le fameux « long télégramme » qui contenait une nouvelle stratégie pour endiguer l’expansionnisme soviétique. Il y précisait notamment que la Russie stoppera son expansion dès lors qu’elle sera confrontée à une résistance ferme. Ces déclarations de Keenan sont de nouveau à l’ordre du jour.

Quand, en décembre 1980, les Soviétiques se préparent à l’intervention militaire en Pologne, le Président Jimmy Carter menaça par téléphone Brejnev d’une riposte déterminée des USA en cas d’intervention russe, consistant en un isolement politique et économique grandissant de l’URSS. Quelques jours plus tard, l’armée soviétique s’éloigna des frontières de la Pologne.

L’Occident ne peut, plus longuement, se laisser duper par la Russie, qui ne respecte pas ses engagements et pour qui les négociations servent avant tout à empêcher toute argumentation en faveur de sanctions, à couvrir un conflit sans déclaration de guerre et à justifier ses interventions ultérieures. De la même manière que la Russie n’a pas respecté ses engagements de 1999 sur le retrait en 2003 de son armée de Transnistrie et de Géorgie, elle ne respecte pas l’accord de Minsk de septembre dernier. De même, la Russie n’a jamais respecté ses engagements liés à l’accord de paix en Géorgie de 2008. Qui plus est, la Russie a récemment fait un pas supplémentaire vers l’annexion « de fait » de la république séparatiste d’Abkhazie avec la signature d’un traité illégal au point de vue du droit international.

Les efforts visant à résoudre le conflit par des moyens pacifiques n’empêchent pas pour autant l’Occident de fournir une aide efficace pour se défendre face à l’agresseur russe.

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* Marcin Święcicki est un homme politique, économiste, député et maire de Varsovie de 1994 à 1999.

Article original titré ‘Mocniejsza Ukraina osłabi agresora‘, publié le 13.02.2015 sur liberte.pl
Traduit du polonais par Serge pour Contrepoints.

Du même auteur : Ukraine : la démocratie perdra-t-elle face à la dictature ?