Climathon, semaine 7 : bientôt l’ère numérique ?

Tout au long de l’année 2015, le climathon récompense chaque semaine la plus belle pièce de propagande climatique de la semaine écoulée.

Par Benoît Rittaud.

Nerd credits David Sittig  (CC BY-NC-SA 2.0)
Nerd credits David Sittig (CC BY-NC-SA 2.0)

La semaine 7 a vu l’émergence d’un nouveau type de propagande, lié aux technologies numériques. Ce nouvel espace ouvert par les compétiteurs montre toute la richesse d’une compétition à laquelle la peur du ridicule n’oppose nulle limite. Notre première nominée de cette semaine est Ségolène Royal. Jamais en retard d’une idée pour faire entrer le climat toujours plus profondément dans les cerveaux, notre ministre de l’écologie et du dév’dur’ vient ainsi de demander à ses subordonnés d’éviter d’envoyer des pièces jointes trop grosses dans leurs mails pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Dommage qu’elle n’ait pas eu cette idée en août dernier, cela aurait peut-être conduit les lumineux auteurs du Rapport sur le climat en France au XXIè siècle à réduire la soixantaine de pages de leur rapport au strict nécessaire (c’est-à-dire environ 5 pages, voire environ 0 page si l’on ne retient que ce qui présente de l’intérêt). Dans cette même veine du numérique, le jury accorde un second accessit à Code for Climate (une « communauté engagée à la résolution (sic) des défis du développement durable par le recours aux TIC », les technologies de l’information et de la communication), pour leur organisation vendredi et samedi dernier d’un… « climathon » qui mérite bien un petit coup de projecteur. On y apprend en particulier que le mot « climathon » « vient d’une contraction des termes « climat » et « hackathon » no passé, donc, pour ceux qui se sont donnés 48 heures pour sauver la planète. Ce vainqueur potentiel doit toutefois se contenter d’un accessit, dans la mesure où les solutions trouvées lors de cet alter-climathon n’ont pas (encore ?) été dévoilées.

climathon rené le honzecEspérons que cela ne tardera plus. Deux autre accessits sont décernés pour cette très riche semaine (mais laquelle ne l’est pas ?). Le premier, qui rappelle que tous les compétiteurs ont leur chance y compris pour des réalisations modestes, revient à Yves Richard, de l’université de Bourgogne. Dans son interview pour le Journal de la Nièvre, le géographe applaudit l’initiative de l’OMM de produire des bulletins météo pour 2050 parfaitement délirants si utiles pour sensibiliser le public. Il ne manque pas ensuite de souligner les effets négatifs du réchauffement à venir, renvoyant ainsi sans tarder dans les cordes l’intervieweur qui osait supposer, en entendant de la bouche du chercheur que les raisins sont désormais plus gros, que « ce réchauffement apporte donc quand même du positif ». (Le caractère confidentiel du Journal de la Nièvre pousse le jury à la clémence et n’inflige donc pas de blâme au journal cette fois-ci, mais gare à la prochaine.) Mais c’est surtout cette conclusion de l’interview qui justifie l’accessit :

Ce changement de climat pourrait-il être progressif ? Rétrospectivement, on observe que nous l’avons gagné brutalement. Il était assez stationnaire jusqu’en 1987. À partir de 1988, année de palier, nous avons eu un nouveau climat. Cela peut donc se reproduire de manière brutale. D’où l’importance d’une prise de conscience rapide de la société.

Le concept de « changement climatique stationnaire » manquait au vocabulaire de l’alarmisme. Quant à la reconnaissance du caractère soudain du changement de température, attention tout de même : un certain Vincent Courtillot, entre autres, en a tiré d’intéressantes remarques qui, c’est le moins qu’on puisse dire, ne vont pas dans le sens du GIEC des affirmations honteuses qu’il convient de dénoncer de la manière la plus ferme. Le dernier accessit de cette semaine revient à l’AFP, pour avoir fait circuler l’information selon laquelle le réchauffement climatique perturberait les temps de vol au-dessus de l’Atlantique. Le Figaro, entre autres, relaie cette «information» ; voici l’introduction et la conclusion de l’article :

Ce serait une conséquence avancée du réchauffement climatique. Le jet-stream polaire, anormalement déchaîné cet hiver, perturbe la durée des vols transatlantiques.(…) «Le jet-stream a été anormalement fort ces deux derniers hivers, les cycles météorologiques ne sont plus réguliers et on prévoit qu’il en sera de même les prochaines années», analyse Jennifer Francis, spécialiste de l’Arctique. La climatologue, pensionnaire de l’université Rutgers au New Jersey, est convaincue que «le changement extrêmement rapide», matérialisé par la fonte de la banquise, «a un impact sur le jet-stream». «Certains modèles montrent que sa trajectoire pourrait changer et que sa vitesse pourrait s’accélérer dans un climat plus chaud», explique à l’AFP James Screen, expert du climat de l’université britannique d’Exeter. Le chercheur appelle toutefois à la prudence : «Les observations actuelles ne sont pas suffisantes pour dégager une tendance.»

Mélange de conditionnel, de peut-être et de prophéties divinatoires prévisions de modèles, ces passages sont de la bonne propagande comme on l’aime. Solide et efficace. Le vainqueur de la semaine 7 Malgré toute l’estime que le jury porte à ses nominés de la semaine, qui auraient tous pu prétendre à la victoire, personne n’a pu rivaliser avec Nicolas Hulot qui, dans une interview sur BFM, s’est livré à un exceptionnel tir groupé. Faits d’approximations, de conclusions hâtives, de raccourcis et de contrevérités, son propos est un cas d’école de propagande climatique, l’exemple-type d’interviews sans lesquelles le climathon ne serait pas ce qu’il est. Morceaux choisis, rapportés par la chaîne :

« Si les écologistes avaient été écoutés sur un certain nombre de sujets, plutôt de s’en moquer, on ne serait pas dans des impasses », regrette l’ex-animateur. « Sur des sujets comme l’amiante, on n’aurait pas occasionné autant de souffrances humaines. On a beau jeu de se moquer d’eux, mais reconnaissons que l’histoire leur donne raison »

L’exemple de l’amiante peut en effet utilement rappeler celui du tabac comme analogie simpliste argument massue.

L’ex-animateur appelle à développer la notion de « crime environnemental », qui « est presque un crime contre l’humanité ». « La criminalité environnementale aujourd’hui est la troisième source de trafics dans le monde (…) Il faut qu’on adapte notre droit pénal à la réalité écologique ».

Le climatoscepticisme, quant à lui, devra être juridiquement consacré comme crime par la pensée.

En l’état, les changements climatiques déplacent chaque année 27 millions de personnes », affirme Nicolas Hulot.

Quand vous manquez d’argument, assénez un chiffre. Peu importe qu’il soit vrai, faux, imaginaire ou carrément mensonger : l’essentiel est d’avoir l’air sérieux en le disant.

Les Chinois sont entrés dans l’enjeu climatique par la pollution. Quelqu’un me disait l’autre jour quand j’étais en Chine, que les enfants chinois ne savent même pas dans les villes que le ciel est bleu », tant le ciel y est perpétuellement saturé de pollution.

Ce passage, qui donne son titre au résumé fait par BFM, est si exceptionnel qu’il laisse le jury sans voix. Ce concentré absolu de mauvaise foi rhétorique bien pensée ne peut être comparé qu’au fameux « quand la neige ne tombera plus », ce titre d’une émission de C dans l’air d’il y a quelques années juste avant quelques hivers blancs, notamment à Copenhague, un certain mois de décembre 2009…

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