La contribution de Friedrich Hayek au droit de la concurrence

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Friedrich Hayek concevait la concurrence comme un processus de découverte.

Par Thibault Schrepel

hayek_coloresFriedrich Hayek est l’un des économistes les plus influents de tous les temps. Il est constamment classé comme étant l’un des 10 économistes les plus cités de toute la littérature économique, juste après Ronald Coase, Gary Becker, George Stigler, Kenneth Arrow et Milton Friedman1. Il est, dans le même temps, l’économiste le plus cité de toute la doctrine juridique. Pourtant, son autorité sur les juges et les organes de concurrence est assez faible lorsque comparée à celle d’autres économistes. Une analyse des décisions de justice américaines indique que Friedrich Hayek n’est que le 27ème économiste le plus cité par les cours2. Un problème d’assimilation de la pensée de Friedrich Hayek par les juges et autorités de concurrence est donc indéniable. Le résoudre serait salutaire.

Friedrich Hayek concevait la concurrence comme un processus de découverte dont la finalité est l’émergence des acteurs les plus efficients. Or, ce processus de découverte ne peut pleinement exister qu’à condition que les juges et autorités de concurrence abandonnent totalement toutes les analyses liées à la concurrence pure et parfaite, ce qui, comme nous le démontrons dans cette étude, n’est malheureusement pas encore le cas.

En outre, la pensée de Hayek nous indique que le droit de la concurrence ne doit être appliqué qu’à condition de certitude. Cela implique de supprimer toutes les condamnations per se3 (en soi) parce qu’elles ne laissent aucune place à la vérité économique ainsi que l’amélioration de nos outils d’évaluation des pratiques des entreprises.

Enfin, la croissance très rapide des marchés technologiques tend à confirmer le point de vue qu’avait Hayek sur la concurrence, autre raison pour laquelle il est urgent de (re)considérer son travail. Plusieurs changements concrets à opérer dans notre droit peuvent être envisagés. Ils impliquent d’examiner tous les aspects de la notion d’innovation, en prenant position sur la normalisation, les innovations de rupture4 et d’autres thèmes majeurs pour nos économies. L’analyse que les cours et autorités font aujourd’hui des infrastructures essentielles doit être plus clairement différenciée de celle menée dans les années 1990. Les parts de marché des entreprises tendent à être plus volatiles qu’elles ne l’étaient avant l’ère du numérique. Les monopoles naturels disparaissent (presque) aussi vite qu’ils se créent. En bref, les marchés liés à la Nouvelle Économie se rapprochent de l’Ordre spontané que Hayek avait théorisé (prophétisé ?). Pour ces nombreuses raisons, il est grand temps que l’innovation devienne un véritable standard en matière de droit de la concurrence. La réhabilitation de la pensée de Friedrich Hayek passera nécessairement par là.


Cet article est un bref résumé de celui paru à la revue de la faculté de Queen Mary of London. Nous vous encourageons vivement à le télécharger dans son intégralité à ce lien.

  1. T. Schrepel, « L’apport de Milton Friedman au droit de la concurrence », 2013.
  2. M. Todd Henderson, « The Influence of F.A. Hayek on Law: An Empirical Analysis » (2005) 1 NYU Journal of Law & Liberty 249.
  3. Il s’agit de toutes les condamnations qui sont prononcées systématiquement par les juges lorsqu’ils sont confrontés à certaines pratiques prédéfinies.
  4. T. Schrepel, « L’innovation de rupture : de nouveaux défis pour le droit de la concurrence », Revue Lamy de la concurrence, numéro 1/2015 (janvier-mars).