Faible taux de création d’entreprise en Belgique : le culturel a bon dos

Le Belge ne serait pas entreprenant. Et, selon une organisation qui se dit proche des PME, ce serait « culturel ».

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Faible taux de création d’entreprise en Belgique : le culturel a bon dos

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 février 2015
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Par Olivier Laurent, depuis la Belgique.

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L’UCM (Union des classes moyennes), une organisation qui se prétend représentative des PME en Belgique, se lamente… Le Belge ne serait pas entreprenant. C’est culturel selon elle. ce qui expliquerait le faible taux de créations d’entreprises dans le pays. Il faudrait donc un gros effort d’éducation.

Petit rappel historique : la Belgique est historiquement une des terres les plus « entreprenantes » d’Europe. Ce n’est pas pour rien que le mot bourse vient de « Ter Buerse », première place d’échange de titres à Bruges au haut Moyen-âge. On pourrait aussi rappeler qu’il y a un peu plus de cent ans la Belgique aurait été la deuxième puissance industrielle, selon l’État belge. Même si cela est peut-être/certainement surfait, ça donne une idée de son dynamisme perdu. Alors que s’est-il donc passé pour que ce peuple soit désormais « culturellement » l’exact contraire de ce qu’il a toujours été ?

Qui émet cette explication farfelue ?

L’UCM, comme tant d’autres organisations censée représenter une partie de la population, dépend entièrement du système dans lequel elle opère. Elle est un syndicat qui se prétend représentatif des entrepreneurs mais aussi un secrétariat social – une organisation qui permet en Belgique de calculer les fiches de paie, tâche qu’il est pratiquement impossible de faire pour une PME en interne. Elle est aussi une caisse sociale légale (cotisations obligatoires pour les indépendants), et un guichet unique entreprise (qui n’est pas si unique que ça… mais on doit y passer pour ouvrir son entreprise et démontrer ses capacités à entreprendre)…

On le comprend vite : elle a d’énormes intérêts financiers dépendant de ce système et elle n’est pas prête à les remettre en cause.

Quelle est la réalité ?

J’ai entrepris pendant un peu plus de quinze ans en Belgique et j’entreprends désormais au Royaume-Uni. Je peux donc comparer un pays parmi les plus entreprenants au monde – le neuvième – avec l’un des pires d’Europe.

Je suis parti précisément parce qu’il est impossible d’entreprendre en Belgique. Les Belges ne sont pas fous, ils sont même très raisonnables. Beaucoup de Belges caressent l’idée de créer leur propre affaire, mais la plupart y renoncent… Et j’aurais tendance à leur dire : vous avez bien raison, ce n’est absolument pas le moment d’entreprendre en Belgique et c’est un entrepreneur belge qui vous le dit.

Tout Belge a dans sa famille ou parmi ses proches une expérience malheureuse d’entrepreneur. Le taux de faillites est incroyablement élevé ces dernières années. Ce qui fait frémir n’est pas tant l’échec mais surtout les conséquences de cet échec : des nuées d’administrations qui vous poursuivent pendant des décennies, des drames familiaux, des ventes forcées… Enfin bref, tout le monde sait ce que c’est.

Alors quelles sont les différences entre un pays entreprenant et la Belgique ? Quelques points symboliques.

  • Capacité de gestion

Vous n’avez pas besoin de faire une quelconque preuve de « capacité » à gérer au Royaume-Uni. Si jamais l’administratif devient à ce point compliqué, ce n’est pas l’entrepreneur que l’on obligerait à se former mais plutôt les administrations que l’on obligerait à s’adapter à ceux qu’elles sont censées servir.

Tout le monde doit pouvoir entreprendre, même – surtout ! – les plus humbles. Si votre système administratif n’est pas adapté aux plus humbles, en étant suffisamment simple, alors vous allez  favoriser du capitalisme de connivence : des personnes auront le privilège de travailler à leur compte et d’autre pas.

En Belgique, il vous faut un diplôme et, si vous ne le possédez pas, vous devez retourner sur les bancs de l’école pour apprendre le métier d’entrepreneur – qui consiste en gros à savoir maintenir une comptabilité légale et à renvoyer les formulaires en temps et en heure aux bonnes administrations.

  • Temps de création d’une entreprise et coût

Cela m’a pris une heure au Royaume-Uni et m’a coûté environ 400 euros pour la paperasse en passant par une boite spécialisée. Cela m’avait pris un bon mois en Belgique et m’avait coûté environ 1600 euros pour la paperasse chez le notaire, au guichet unique des entreprises de l’UCM (tiens, tiens…) et pour une publication au Moniteur belge (une pompe à fric sans intérêt).

  • Capital nécessaire au départ

Au Royaume-uni : 0 euro. En Belgique : 18550 euros dont 6200 euros doivent être libérés à la création. Historiquement, ce capital de départ devait assurer vos fournisseurs et clients de votre solvabilité. On part toujours du principe en Belgique que vous êtes un irresponsable, c’est l’exact opposé au Royaume Uni… Désormais, en réalité, ce capital sert surtout à payer les taxes le temps que vous vous bâtissiez une clientèle.

  • Assiette fiscale

L’une des techniques favorites des États pour masquer leur véritable empreinte fiscale est de saucissonner au maximum la fiscalité en une myriade de taxes. Le principe de l’assiette fiscale est de toutes les rassembler (commune, État, région, etc.) et de les comparer au chiffre d’affaires. Cela évite les embrouilles comme la célèbre phrase que tout entrepreneur belge ou français a déjà entendu un jour : « ce n’est pas vous qui payez la TVA mais le client ». Petit rappel : évidemment que le client paie la TVA, il paie absolument tout dans une entreprise privée même votre salaire ou le papier toilette…

J’avais une société de service en Belgique. J’avais calculé mon assiette fiscale : vous prenez vos extraits de compte et vous comptabilisez tout ce que vous virez aux administrations ou assimilés. Dans mon cas, c’était aux environs de 62% de mon chiffre d’affaires. En Grande-Bretagne, mon affaire est lancée depuis moins d’un an, donc à prendre avec des pincettes mais, sur la base de mes projections et de mes probables bénéfices, mon assiette fiscale serait aux alentours de 34%.

  • TVA

Pas de TVA en Grande-Bretagne si votre chiffre d’affaires se situe en-dessous de £81000. En Belgique vous payez la TVA dès que vous vendez quelque chose.

  • Bureaucratie

En six mois, je n’ai reçu que quatre courriers administratifs en Grande-Bretagne dont un pour me prévenir de la date d’envoi de ma déclaration d’impôt. En Belgique, une véritable montagne de courriers administratifs se trouvait dans ma boites aux lettres à chaque fois que je revenais de deux semaines de congés.

Conclusion

Il n’y a strictement rien de culturel dans ce faible taux d’entrepreneurs. Tout s’explique parfaitement par du factuel et un peu de bon sens. Il n’y a rien de plus dur que d’accepter d’être une partie du problème et en rien la solution à celui-ci. L’UCM n’échappe pas à cette règle.

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  • Très juste.
    Je suis belge aussi, habitant en région wallonne.
    Il faut en plus préciser que les partis politiques n’ont aucun intérêt à avoir des indépendants qui réussissent, ce seraient autant d’électeurs qui ne seraient plus dépendants de l’argent public: allocataires sociaux de tous ordres, salariés de structures pseudo privées (car financées à haute dose par des subsides publics), médecins alimentés par les tarifs de l’assurance maladie-invalidité publique, avocats et experts divers touchant les subsides alloués aux plus pauvres pour qu’ils puissent avoir droit à leurs services, etc…
    De tels électeurs seraient sans doute peu portés à voter pour des partis qui veulent pérenniser la dépendance des citoyens.

    En outre, pourquoi se casser la tête à vouloir s’en sortir par soi-même alors qu’on peut vivre avec une espèce d’allocation universelle (nommée par erreur « allocation de chômage ») qui, si elle n’est pas très élevée, est garantie et vous laisse le temps de rendre des services au noir pour ceux qui n’ont pas le temps de les prester. La boucle est bouclée !

  • ca me semble pareil en france?

  • Vous racontez n’importe quoi, je ne suis jamais le 1er à défendre des systèmes de conivences, mais ça prend 30 min en Belgique pour créer sa boîte, et max 250 eur et encore si vous le faites à l’UCM en payant une cotisation pour faire partie du syndicat, sinon c’est moins de 90 eur !!!!

  • Ah que ça fait du bien de lire ça! Entrepreneur aussi, depuis plus de 20 ans, 100% en phase avec cette analyse, la soit-disant représentativité de l’UCM, les organisations juges et parties, cette foutaise de capacité de gestion, les tonnes de courriers menaçants et vexatoires, la suspicion généralisée, l’image donnée récemment par Mme Ska des « patrons dans leur fauteuil » (comme si elle avait un jour seulement créé de la valeur), la chasse aux sorcières lancée il y a deux ans par le PS, suivi en choeur par la quasi-totalité de la presse, l’inadéquation des mesures prétendues en faveur de la creation, l’incompréhension complète des politiciens (qui répètent pourtant à l’envi à quel point les PME sont le coeur de notre économie). ET oui, Mr Delatre confond création d’entreprise et inscription à la BCE, obtention du numéro d’entreprise et de TVA.

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