« Le vrai lieu » d’Annie Ernaux

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

« Le vrai lieu » d’Annie Ernaux

Publié le 7 février 2015
- A +

Par Francis Richard.

Le vrai lieu dAnnie ErnauxAnnie Ernaux ne se pense pas écrivain, mais elle l’est. C’est ce qui ressort de la lecture de son livre d’entretiens avec Michelle Porte. Car Le vrai lieu, dont il s’agit dans ce livre et qui lui donne son titre, est justement l’écriture.

En 2013, un documentaire sur Annie Ernaux, réalisé par Michelle Porte, a été diffusé sur France 3. Les propos tenus devant la caméra ont été transcrits par Annie Ernaux, qui les a nettoyés de leurs points de suspension pour en rendre « la lecture possible sans effort ».

Depuis trente-quatre ans, Annie Ernaux écrit dans sa maison de Cergy et ne peut écrire ailleurs. C’est « la couleur du silence » qui y règne qui lui permet de se mettre en état d’écrire. On peut donc dire que c’est le lieu où son vrai lieu lui permet de contenir tous les autres.

Dès qu’elle a su lire, Annie Ernaux a aimé lire d’une façon incroyable et aimé apprendre « sans complément d’objet, comme une disposition, un appétit insatiable« . Ce qui l’a amené immanquablement à l’écriture : « Je ne crois pas qu’on puisse écrire sans avoir lu beaucoup. En lisant, insensiblement, il apparaît comme possible de faire la même chose. »

La lecture est le lieu de l’imaginaire et de la séparation d’avec le monde réel : « Ouvrir un livre, c’est vraiment pousser une porte et se trouver dans un lieu où il va se passer des choses pour soi. C’est comme ça que je conçois la lecture, et s’il ne se passe rien pour moi, j’oublie très vite le lieu où le livre ne m’a pas emmenée finalement. »

L’écriture permet également de s’évader, même si, comme c’est le cas d’Annie Ernaux, son écriture est celle de la mémoire et de la réalité et ne se situe pas dans l’imagination. Ce qui lui fait dire que, pour elle, « il y a toujours une lutte au quotidien entre la vie et l’écriture » et qu’elle ne regrette pas d’avoir, parallèlement à l’écriture, exercé un métier.

Pourquoi écrit-elle ? Pour sauver quelque chose de ce qu’elle a vécu, non pas seulement pour elle-même, mais aussi pour les autres ; non pas pour « laisser sa trace en tant que nom, en tant que personne », mais pour « laisser la trace d’un regard, d’un regard sur le monde » ; pour « intervenir dans le monde » en partant de situations qui l’ont marquée profondément et, « comme avec un couteau », en creusant, en élargissant la plaie, hors d’elle-même.

Ce qui requiert Annie Ernaux ? « C’est le temps dans la mesure où il change continuellement les êtres, leurs pensées, leurs croyances, leurs goûts, d’où l’impossibilité de parler d’une identité fixe. » Or justement, selon elle, « écrire c’est créer du temps » : « La construction, c’est ce qui rivalise avec le monde et qui crée un autre temps que le temps vécu. »

En quoi son histoire personnelle peut-elle intéresser les autres ? « Ce n’est pas parce que les choses me sont arrivées à moi que je les écris, c’est parce qu’elles sont arrivées, qu’elles ne sont donc pas uniques. » On retrouve ce qui devrait être la préoccupation de tout écrivain, arrriver à saisir « l’indicible généralité » à partir de l’expérience particulière.

Proust disait que « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ». Pour Annie Ernaux c’est une évidence : « La littérature n’est pas la vie, elle est ou devrait être l’éclaircissement de l’opacité de la vie. » Mais y aurait-il de la littérature sans le style, qui est devenu un gros mot ? « C’est quoi, le style ? C’est un accord entre sa voix à soi la plus profonde, indicible, et la langue, les ressources de la langue. »

Annie Ernaux, confesse-t-elle, ne sait peut-être que difficilement parler de ses livres, encore que, mais elle y arrive « un peu plus » pour dire ce qu’est pour elle l’écriture, son vrai lieu.

Sur le web

 

Voir les commentaires (2)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (2)

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

Par Philbert Carbon. Un article de l'Iref-Europe

Amazon, pour ne prendre qu’un seul exemple, devrait réaliser près de la moitié (48 % précisément) du chiffre d’affaires du commerce en ligne aux États-Unis en 2018. Un chiffre d’affaires en croissance de 29 % par rapport à 2017 qui place la firme loin devant ses concurrents directs que sont Ebay et Walmart. Selon les analystes du secteur, Amazon capterait, toujours en 2018, 80 % de la croissance du commerce en ligne américain.

Avec 540 000 salariés dans le monde et 250 milliards d... Poursuivre la lecture

Par Vladimir Vodarevski.

Vous voulez organiser l’anniversaire de votre petit dernier : pourquoi ne pas le faire dans une librairie pour enfants ? Certaines organisent des après-midis de jeux pour les bambins. Vous aimez la Japan Expo ? C’est plus amusant d’y aller en groupe, avec des habitués de votre librairie favorite. Les librairies organisent de plus en plus souvent des événements. Une manière de résister à la déferlante Amazon ? Oui, selon le professeur Ryan Raffaelli, de la Harvard Business School, qui a étudié le... Poursuivre la lecture

On l'a vu : la France est en pointe dans l'innovation, tant qu'elle est fiscale. En revanche, la route vers le progrès et l'augmentation du pouvoir d'achat des Français est notoirement plus cahoteuse lorsqu'il s'agit des nouvelles technologies et de leur impact sur leur vie de tous les jours.

On a vu récemment que Facebook, Google, Expedia, Uber, Airbnb, Twitter et j'en passe étaient régulièrement la cible des vitupérations des uns et des autres, qui pour des raisons fiscales, qui pour des raisons corporatistes. Il y a quelques jours, ... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles