Enseignement du numérique : le retard français

François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre Solfé Communications (Creative Commons)

À l’heure où François Hollande déclare vouloir une « école du numérique », quels sont les obstacles pratiques à son développement en France ?

Par Fabien Duval.

François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre  Solfé Communications (Creative Commons)
François Hollande Credit Photo Mathieu Delmestre Solfé Communications (Creative Commons)

 

Depuis une dizaine d’années, le numérique apparaît comme la valeur sûre de l’économie du futur. La multiplication des interconnexions et la prééminence grandissante d’Internet en font l’un des vecteurs de la croissance de demain. Études à l’appui, cette nouvelle technologie peut être source, en France, d’un accroissement de richesses. Pourtant, l’Hexagone accuse aujourd’hui un retard regrettable en la matière : en cause essentiellement : la tradition.

« Notre téléphone portable est devenu la télécommande de notre vie ». Ce constat, ce n’est ni le patron d’un grand groupe de téléphonie mobile, ni l’un des leaders américains du numérique qui le fait, mais bel et bien un Français. Pour Charles-Edouard Bouée, PDG du cabinet de conseil Roland Berger, il ne fait aucun doute que les données numériques représentent l’avenir du socle économique mondial ; il dresse à ce propos un autre constat, plus inquiétant : « Le 7ème continent, constitué de toutes les données produites… dans le monde, et qui représentent le nouvel or noir, nous échappe. » En cause, directement, une culture française, si ce n’est passéiste, en tout cas dépassée.

Une source de richesses indiscutable

L’Hexagone va pourtant devoir modifier ses habitudes – dignes du siècle précédent – s’il souhaite se raccrocher au wagon numérique, que certaines nations, comme les États-Unis, la Chine ou le Royaume-Uni dans une moindre mesure, ont pris depuis quelques années. Il en va donc de sa capacité à s’adapter au monde de demain, mais bien avant cela, à celui d’aujourd’hui également : le numérique est une réalité, que Paris se le dise. D’un point de vue économique, surtout, les études n’en finissent pas de montrer ses effets bénéfiques.

Une récente étude publiée par le cabinet de conseil McKinsey juge en effet que « le potentiel de valeur en jeu est considérable, à la fois pour les entreprises et pour l’économie française dans son ensemble ». Les analystes estiment ainsi que la part du numérique dans la richesse française équivaut aujourd’hui à quelque 110 milliards d’euros. Surtout, si la France se donnait les moyens, elle pourrait accroître son PIB annuel de 100 milliards grâce à ces nouvelles technologies. Plus que de simples données constatées, McKinsey fustige donc, d’une certaine manière, l’atmosphère quelque peu récalcitrante en France à l’égard du numérique. Sous-entendu : les entreprises et les autorités publiques tardent à créer l’environnement nécessaire à son déploiement.

Inertie des principaux acteurs du numérique : l’entreprise et l’école

S’il convient de reconnaître que le retard numérique des premières est inégal selon les secteurs – le tourisme est très avancé tandis que la banque s’y met –, toutes confessent un manque d’implication regrettable. Et là encore, la France renoue avec son éternel traditionalisme désuet : le numérique implique des modifications d’organisation et de management ; le verrou social a du mal à sauter. Certaines, cependant, reconnaissent qu’elles souffrent d’un réel déficit d’attractivité et ne trouvent pas la main-d’œuvre qualifiée dont elles auraient besoin pour assurer cette transition.

Ce problème provient, semble-t-il, plus ou moins directement des carences de l’éducation nationale en matière de numérique. Certains, comme Alain Finkielkraut, croient utile d’asséner des coups de semonce à l’égard d’une jeunesse qui favorise la tablette au livre. C’est pourtant en habituant dès le plus jeune âge l’individu à l’environnement numérique qu’on pourra « créer » des professionnels capables de maîtriser – dans leur philosophie mais également dans leur aspect matériel – les enjeux des nouvelles technologies. Car, contrairement au papier dont l’avenir est déjà passé, la Toile montre déjà, à travers ses multiples possibilités d’interconnexions par exemple, qu’elle est le tissu de l’économie du futur.

Le vecteur social du numérique n’est pas une chimère ; Jeremy Rifkin, économiste et essayiste américain spécialisé dans la prospective, estime que « la troisième révolution industrielle » mènera vers un « nouveau modèle économique, fondé sur le partage et les communautés collaboratives ». Et celui-ci de citer comme exemple l’éventualité d’un rapprochement entre la France et l’Allemagne « pour former un marché unique et intégré des réseaux ». Pourquoi pas. Sauf que l’élément psychologique reste un adversaire de taille, de ce côté-ci du Rhin en tout cas.

  • Fabien Duval est ingénieur informatique.
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