Promesse, menace et confiance

Le libéralisme prévient le conflit en évitant les écueils des autres systèmes politiques : la promesse et la menace.

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who is john galt credits seth anderson (licence creative commons)

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Promesse, menace et confiance

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 25 janvier 2015
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Par Baptiste Créteur.

who is john galt credits seth anderson (licence creative commons)

Ayn Rand disait que le processus de civilisation était d’affranchir l’individu du groupe, et que le bénéfice que chacun pouvait retirer des fruits de l’expression de son plein potentiel devait lui bénéficier en premier lieu, même s’il représentait en réalité (mais de façon secondaire) un bénéfice plus important pour la société dans son ensemble.

Cela a du sens : lorsque l’échange est libre et volontaire, les échanges s’effectuent sur la base d’une valeur subjective. On ne consent à l’échange que si la valeur perçue de ce que l’on reçoit est plus grande que celle de ce que l’on donne. Ainsi, le créateur de richesse contribue plus à la société qu’il ne reçoit d’elle – sinon, les échanges n’auraient pas lieu.

Quand chacun jouit des fruits de son travail, tout le monde y gagne. Mais Rand prônait l’individualisme pour lui-même, allant jusqu’à parler d’un « égoïsme rationnel ».

Son souci de faire passer les droits de l’individu avant le bénéfice pour la société est compréhensible. Promouvoir la liberté au motif d’un prétendu « intérêt général » donnerait des arguments au premier démagogue venu qui voudrait conditionner la liberté à son orientation vers d’autres objectifs, ce qui reviendrait à tuer la liberté : la liberté, c’est de pouvoir dire non. Et c’est ce qui donne toute sa valeur au oui.

La plus belle chose que puisse faire un individu est d’être heureux. Être pleinement heureux et accompli, en vivant à fond ses valeurs, sa nature. Il faut pour cela comprendre la réalité telle qu’elle est. L’objectivisme d’Ayn Rand est en ce sens une discipline mentale où l’on cherche à distinguer aussi fidèlement que possible la réalité pour donner le meilleur de soi-même.

Pour savoir reconnaître le beau, aussi. Le héros randien n’est pas toujours un créateur doté d’une implacable estime de soi ; il sait reconnaître le bonheur et l’émotion chez les autres, même lorsqu’il n’en comprend pas la portée.

« Andrei, did you like the opera?
— Not particularly.
— Andrei, do you see what you’re missing?
— I don’t think I do, Kira. It’s all rather silly. And useless.
— Can’t you enjoy things that are useless, merely because they are beautiful?
— No. But I enjoyed it.
— The music?
— No. The way you listened to it. » — Ayn Rand

« Andrei, as-tu aimé l’opéra ?
— Pas particulièrement.
— Andrei, t’aperçois-tu de ce que tu manques ?
— Je ne pense pas, Kira. Tout cela est assez bête. Et inutile.
— Ne peux-tu pas apprécier les choses inutiles, seulement parce qu’elles sont belles ?
— Non. Mais j’ai apprécié.
— La musique ?
— Non. La façon dont tu l’écoutais. »

Mais en prônant l’individualisme, en défendant la liberté pour chacun de vivre sa propre vie, Rand expose la pensée libérale à une critique sévère : en refusant l’idée que l’individu a des devoirs envers les autres, sa pensée est souvent caricaturée en une défense de l’égoïsme le plus brut. La concurrence, dont les bienfaits ne sont plus à démontrer, est souvent perçue comme une menace – surtout par ceux qui préfèrent le confort d’une rente à l’émulation et la stimulation créative.

Le libéral ne craint pas la concurrence ; il n’y croit pas. Il n’y a pas de compétition, pas de lutte pour être le meilleur d’entre tous. L’ambition d’un libéral est d’être le meilleur de soi-même.

Que le meilleur gagne – en nous.

L’origine du conflit est toujours le désir mimétique : la volonté d’au moins deux individus de posséder la même chose1. Pour prévenir le conflit, le libéralisme empêche la contrainte : toute interaction et tout échange requièrent toujours le consentement mutuel de ceux qui y prennent part. Les autres systèmes, eux, reposent sur d’autres mécanismes : la promesse et la menace, qui s’opposent à ce qui constitue la base des échanges pour les libéraux 2 : la confiance.

Au lieu de prendre aux uns pour donner aux autres, le libéralisme offre à chacun la possibilité d’obtenir ce qu’il mérite, d’exprimer ce qu’il y a de meilleur en lui-même et de jouir des fruits de son effort. Au lieu de promettre des lendemains meilleurs en l’échange des sacrifices d’aujourd’hui, ou des jours difficiles si l’on s’y refuse, le libéralisme offre à chacun de ne pas vivre par et pour le sacrifice.

Je jure, sur ma vie et sur l’amour que j’ai pour elle, de ne jamais vivre pour les autres ni demander aux autres de vivre pour moi. – Ayn Rand

Il s’agit donc pour chacun d’obtenir ce qu’il mérite, ni plus, ni moins.

Laissez-moi vous donner ma définition de la justice sociale : je garde ce que je gagne et vous gardez ce que vous gagnez. Vous n’êtes pas d’accord ? Alors expliquez moi quelle part de ce que je gagne vous revient, et pourquoi. – Walter E. Williams

Le libéralisme est le système le plus simple qui soit : les échanges sont volontaires, chacun fait ce qu’il veut de sa propre vie dans la mesure où il respecte les droits qui constituent la fondation de la vie humaine : ne pas attenter à l’intégrité physique d’autrui, à sa propriété ou à la possibilité pour lui de penser et exprimer ce qu’il veut.

Tout écart par rapport à cette situation initiale devrait donc être justifié par ses partisans, d’autant plus que les autres systèmes ont chacun fait la preuve des dangers qu’ils comportent. En légitimant l’usage de la force – quel qu’en soit le motif – ils ont tous conduit à des excès, dont on comprend aisément la cause. En remplaçant la victoire du meilleur par la loi du plus fort (littéralement), ils permettent à certains de s’attribuer ce qui revient à ceux qui l’ont créé. Ils créent les conditions d’un parasitisme destructeur, dans lequel certains vivent aux crochets des autres.

Leur manque d’imagination les pousse à considérer que certaines choses sont possibles sous la contrainte et impossibles en liberté. Construire des routes, soigner les malades et instruire les enfants seraient impossibles dans une société libre. Tout système ne repose cependant que sur les hommes, et ils sont capables de mieux quand ils sont libres d’exprimer le meilleur en eux. Si seulement on le leur permet.

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