Sommes-nous si fragiles ?

Au lieu de foncer tête baissée dans la gueule du loup, nous devrions affirmer et défendre ce en quoi nous croyons.

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Sommes-nous si fragiles ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 24 janvier 2015
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Le mauvais exemple américain doit nous servir de leçon dans la guerre contre le terrorisme.

Suite au 11 septembre, les États-Unis se sont lancés dans une lutte contre le terrorisme – une guerre contre le terrorisme. Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, ils ont adopté des mesures exceptionnelles.

À l’extérieur, ils sont entrés en guerre contre ce qu’ils considéraient comme des menaces en envahissant d’abord l’Afghanistan, puis l’Irak. Loin d’avoir repoussé le danger, ces invasions l’ont accru : le ressentiment des populations locales a grandi, s’étendant au-delà des seuls pays envahis. Les frappes pas si chirurgicales ont fait de nombreuses victimes civiles, et l’instabilité générée a donné du pouvoir à des groupes locaux dont on peut difficilement dire qu’ils ont les meilleures intentions. Les précédents détenteurs du pouvoir n’étaient pas forcément mieux intentionnés, mais de ce point de vue, la situation ne s’est pas améliorée. Le bilan est donc plus que mitigé, et le coût des opérations pèse sur le budget américain tout en donnant plus de poids au complexe militaro-industriel. Ils ont également eu recours à des méthodes dont ils ne sortent pas grandis, emprisonnant et torturant dans un cadre juridique plus que flou sur la base tout au plus de fortes suspicions.

À l’intérieur, ils ont déployé des mesures législatives et juridiques remettant en question les libertés fondamentales. La vie privée a peu ou prou disparu, pour les Américains et pour le reste du monde. La police est plus militarisée, la justice plus expéditive, et les mesures de sécurité sont plus humiliantes que rassurantes.

Prétendument pour protéger la liberté, le gouvernement américain l’a en fait réduite. Et c’est dans ce piège qu’il faut éviter de tomber à notre tour.

Suite aux attentats, les Français se sont mobilisés pour la liberté d’expression et en partie rassemblés derrière un gouvernement raffermi pour l’occasion. Les appels à une surveillance accrue et à la condamnation de ceux qui ont exprimé leur sympathie à l’égard des terroristes ne se sont pas fait attendre. Il est nécessaire de lutter pour protéger notre liberté, mais les enjeux sont trop importants pour se précipiter dans la gueule du loup. La lutte contre le terrorisme consiste à affirmer ce en quoi nous croyons, pas à y renoncer.

Si nous croyons à la liberté d’expression, nous devons lutter pour elle. Nous devons affirmer que toute opinion a le droit d’être exprimée, qu’elle nous plaise ou non. Nous devons affirmer le droit pour chaque individu de défendre ce qui lui est cher. Nous devons laisser s’exprimer – avec des mots, pas des armes – ceux qui pensent que la liberté d’expression a des limites, tout en débarrassant la liberté d’expression de ses limites actuelles. Il est douloureux d’entendre des gens faire l’apologie du terrorisme et soutenir, voire justifier, les crimes perpétrés ; mais, au nom des principes que nous défendons, nous devons leur en laisser la possibilité.

Ce n’est pas en empêchant certaines idées d’être exprimées qu’on lutte contre elles. C’est au contraire en défendant de meilleures idées, en démontant point par point les arguments creux. Quand quelqu’un a quelque chose d’idiot à dire, on lui fait une faveur en lui interdisant de s’exprimer. S’il se trouve des gens pour remettre en question les principes de liberté, pour considérer que les croyances et sensibilités individuelles sont plus importantes que les principes universels, devons-nous les condamner au nom de nos propres croyances et sensibilités, ou au contraire les laisser jouir de ces mêmes principes qu’ils aimeraient détruire ? Nous ne lutterons pas contre le terrorisme en s’en faisant le double.

Celui qui se bat contre des monstres doit prendre garde de ne pas devenir lui-même un monstre. Et si vous regardez longtemps un abîme, l’abîme vous regarde aussi. – Friedriech Nietzsche

Ce n’est pas non plus en renforçant et en donnant une base légale à une surveillance déjà étendue, en renonçant à une partie de notre liberté, que nous gagnerons plus de sécurité. Renoncer à la liberté au profit de l’État contre la promesse qu’il fera le meilleur usage de ses pouvoirs étendus est une erreur.

L’expérience montre que ceux qui contrôlent les citoyens feront tout pour s’affranchir d’un contrôle par les citoyens. Aux États-Unis, les écoutes révélées par les lanceurs d’alerte s’effectuent dans un cadre juridique dont on peut au mieux affirmer qu’il est flou. En France, les attaques n’ont fait que légitimer des mesures déjà votées.

L’expérience montre également que la surveillance généralisée est inefficace – ou plutôt, ne montre en rien qu’elle serait efficace. Les moyens sont là, les résultats, non. Faut-il renforcer le pouvoir de services de renseignements qui ont avant tout fait la preuve de leur propension à en abuser ?

Et dans le principe même, ce n’est pas en renonçant à nos principes qu’on peut espérer les préserver. Les principes n’ont de sens que s’ils sont absolus, et il en va ainsi des principes de liberté. La propriété privée n’existe pas si n’importe quelle loi peut soudain la remettre en question ; il en va de même de la liberté d’expression. Ce n’est pas aux politiciens de décider ce que l’on est en droit de penser ou d’exprimer, et le légal est loin d’être toujours légitime.

La force et le courage, ce n’est pas de répondre à la violence par la violence et de censurer les apprentis censeurs. Ce n’est pas de pondre quelques lois de plus, de défiler un crayon à la main, d’acheter un journal qu’on ne lit pas, de s’indigner en permanence. La force et le courage, c’est d’affirmer avec conviction nos principes et de veiller à ce qu’ils soient respectés.

Et pour cela, il faut les définir. On ne peut se contenter d’une vague défense de notre « civilisation », de notre « société », de notre « héritage ». Quel est cet héritage, et dans quelle société voulons-nous vivre ?

Pour ma part, j’aspire à une société qui protégerait l’individu en lui garantissant libertés fondamentales, sûreté et propriété privée, et ne le priverait pas des moyens de les défendre. Et vous ?

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  • La dissuasion nucléaire ne fonctionne que si l’on sert quelques fois, aujourd’hui plus personne n’y croit, car on a pas lancé de bombes depuis longtemps.

  • Je suis complètement d’accord.

    Ce qu’il faudrait c’est que l’état se recentre sur ses missions régaliennes et augmente les budget dévolus à la défense ( service militaire par ex. ), à la police, et à la justice.

    Et abandonne certaines compétences… cela ferait crié au loup de nombreux citoyens et certains diraient qu’on les privent de leur liberté…. alors qu’au contraire, l’état vous dirait moins comment penser…

    • romaric: « et augmente les budget dévolus à la défense ( service militaire par ex. ), à la police, et à la justice. »

      Tant que la justice par idéologie décide de relacher les criminels récidivistes il n’y a aucune raison de dépenser de l’argent pour les arrêter.

      Coulibaly avait été condamné 7 fois pour un total de 20 année il n’en a fait que 5.
      Pleins de rébus comme lui ne finissent pas terroriste mais terrorisent quand même la population à coup de rackets, violences, dégradations et vols en toute impunité.

      En France les citoyens n’ont plus beaucoup de leurs droits assurés et si vous avez envie de racketer votre voisin a coup de poing ne vous génez pas, c’est tout a fait rentable et vous ne risquez quasi rien:
      http://www.lefigaro.fr/politique/2013/08/04/01002-20130804ARTFIG00148-100000-peines-de-prison-ferme-non-executees.php

      • C’est vrai, c’est celui qui a la plus grande gueule et de mal politesse qui gagne le plus en France.

        C’est un système qui favorise le développement de champignons saprophytes.
        La politique est un peu une grosse mérule qui a contaminée l’ensemble de la maison France.

        Il faut la raser (la maison) ! Ou la brûler (la mérule) !

  • valls à dit , je cite : il va falloir apprendre à vivre avec le dangers du térrorisme ; ce qui reviend à dire , : français , démerdez vous pour vous protéger puisque l’état ne le fera pas ;merci à tout ces cons de dirigeants français de nous avoir mis dans ce merdier via leurs immenses incompétences à tout les points de vue ; eux la haut sont à l’abris….quand à nous….

  • La France est morte.

  • Tout à fait d’accord: on ne défend pas les valeurs républicaines en les piétinant. Faute d’être au clair sur lesdites valeurs, le gouvernement fait les deux. Mais quand on voit qu’une proportion importante de Français approuvent, il y a vraiment de quoi être inquiet. Résultat de plusieurs décennies de soviétisation…

  • Aujourd’hui l’union , «l’union sacrée» qui a fait pleurer Hollande de joie, s’amenuise entre les partis. Par contre dans les quartiers et dans les écoles, et sur le web, les non-dits de la grande manifestation du 11 janvier sont difficiles à gérer. En réalité la grande manif populaire était d’abord pour dire « nous sommes chez nous, mort aux islamistes qui nous attaquent » Et a été malhonnêtement récupérée sur le thème de la liberté d’expression en vue d’interdire toute critique de l’islam et de la politique de l’immigration. Le député PS d’Asnières, RAPPORTEUR DE LA LOI SUR LE TERRORISME à embauché à la mairie un proche de Coulibaly? S’il n’avait pas su qu’il n’était pas vierge, il aurait demandé le casier judiciaire de son protégé, comme c’est la règle absolue. Mais à quoi bon. Sûr de son impunité avec la ministre de la justice, de la pureté de ses convictions anti-islamophobes et de l’irresponsabilité habituelle des politiciens français quoiqu’il arrive, il a agit anormalement mais raisonnablement, comme un bon républicain discipliné.

  • « Suite au 11 septembre, ils sont entrés en guerre contre ce qu’ils considéraient comme des menaces en envahissant d’abord l’Afghanistan, puis l’Irak. » FAUX… l’invasion de l’Irak n’a rien a voir avec le 11 septembre… sinon pourquoi l’administration W Bush s’est elle s’échinée a brandir tant mensonges même à l’ONU tels que les ADM, Palais souterrain, sosies de Saddam ou fiole ?

  • On est dans une situation qui rapelle étrangement la déunte république de Weimar.Soit des extremistes violants qui sème le chaos et la mort pour des raisons idéologiques , un régime politique en pleine décomposition menant une ploitique au mieux stupide , et des socialistes nationaux qui sont en embuscade et sont proches du pouvoir…On sait comment cela s’est fini…Enfin avec ce type de mesures ( torture, proccès sommaires, surveillance généralisée) de lutte contre la criminalité terroriste ( ce sont avnt tout des criminels de droit commun) on perd notre ame et on en fait des martyrs…

  • 2 points de désaccord d’ abord les libéraux n’ ont hélas pas encore compris que le droit de propriété ce n’ est pas que des sous , des terres , etc .. le TEMPS m’ appartient et lorsqu ‘on me contraint à le rectifier 2 fois/an on s’ attaque à mon droit de propriété ( ce n’ est pas si anodin que vous le pensez
    autre point il s’ agit ( pour l’ instant ) de lutte contre l’ obscurantisme pas de terrorisme
    et si on adopte l’ opinion que le socialisme c’ est aussi une religion force est de constater qu’ il y a des obscurantistes socialistes – que ce soit par stupide idéologie ou par intérets

    • Je crois que vous vous avancez un poil trop du bord de l’affirmatif !
      Selfie ?

      Je ne me considère pas « complètement » libéral, et pourtant, la liberté est pour moi égale au temps !
      Pas à l’argent.

      Je vous dirais même ma logique:
      Je préfère être pauvre et avoir de la liberté et du temps, quitte à décevoir le FISC et l’Etat exsangue.

      D’ailleurs, il me relance en ce moment pour de l’argent que je n’ai pas gagné…..

      L’Etat n’a plus mon consentement à l’impôt ! Qu’il vienne donc chez moi me voler mon temps !!!!

  • Les commentaires sont fermés.

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