Cours du baril : « les marchés ont toujours raison »

al naimi credits CSIS (licence creative commons)

Même si les marchés ont toujours raison…. le baril à 100$, est-ce fini ?

Laissons les marchés décider, telle était la conclusion d’Ali al-Naimi – ministre du pétrole saoudien – après la conférence de l’OPEP du 27 novembre… Et pour décider, ils décident ! La chute des prix du baril depuis est là pour en témoigner. Est-ce un bien pour un mal ?

Par Aymeric de Villaret.

al naimi credits CSIS (licence creative commons)

Deux graphes (évolution du cours du Brent jusqu’au soir du 6 janvier 2015 depuis quatre ans et depuis 1987) résument bien les questions posées : à quel niveau la chute va-t-elle s’arrêter et quand ?

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La crise (relativement récente de 2008-2009) avec les variations extrêmes connues (plus de 100$/b de chute en 6 mois) prêche pour la modestie quant aux prédictions : le 6 janvier, nous n’en étions, si l’on peut dire ainsi… qu’à 64 $… de baisse depuis les sommets de juin 2014 !

Force est de constater que les prix actuels ne relèvent plus de l’économie mais de la politique, car à 50$, tant les coûts marginaux de production de l’huile de schiste américaine, des sables bitumineux canadiens, que les prix du baril nécessaires pour équilibrer les budgets des pays de l’OPEP (Venezuela, Iran et même Arabie Saoudite) et de la Russie ont été enfoncés.

Équilibre budgétaire pour les pays (en $/b)

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Avec un Brent à ce jour dans la zone des 50$/b (environ 51$ pour le Brent au soir du 6 janvier), on voit bien que l’Arabie est loin d’équilibrer son budget et qu’au sein des grands pays producteurs de brut, le Venezuela, la Russie et l’Iran souffrent.

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Au niveau purement coûts de production, en revanche l’Arabie Saoudite et l’OPEP, en général, ont des coûts très bas. C’est plus les budgets (voir graphes précédents) qui pêchent avec un Brent à 50-55 $.

Quant à l’huile de schiste américaine, aux sables bitumineux et aux productions du Brésil (pétrole des présalés), ils sont (même si bien sûr, le point mort varie selon les régions pour l’huile) dans les plus élevés.

La question réelle est de savoir qui va céder ? Ali al-Naimi cite des noms…

Le bras de fer engagé par l’Arabie Saoudite lors de la réunion de l’OPEP de fin novembre est clair et les déclarations de Ali al-Naimi fin décembre sont là pour en témoigner : « Ce n’est pas dans l’intérêt des producteurs de l’OPEP de réduire leur production, quel que soit le prix, qu’il soit de 20 dollars, 40 dollars, 50 dollars ou 60 dollars, cela n’a pas de sens », avait-il affirmé dans un entretien à la revue Middle East Economic Survey repris par l’agence de presse saoudienne.

Comme il dit, l’Arabie Saoudite refuse de jouer le rôle de « swing producer » ou producteur d’appoint qui régule le marché en augmentant ou en réduisant sa production. Certes, dit-il, si l’Arabie Saoudite baissait sa production « les prix repartiraient à la hausse » mais les « Russes, les Brésiliens et les producteurs américains de pétrole de schiste prendraient notre part ».

Ainsi en citant à la fois les Russes, les Brésiliens et les producteurs américains, Ali al-Naimi indique bien qu’il s’agit d’un problème de part de marché et cela alors que le Brésil et les États-Unis souffrent avec la chute du baril.

« Ils seront blessés avant que nous ressentions la moindre douleur ». Une phrase qui en dit long sur la pensée de l’Arabie Saoudite…

Et nous ne serions pas surpris que pour l’Arabie, ce soient les États-Unis qui soient la cible prioritaire. N’oublions pas qu’il y a eu des rencontres entre les Russes et l’OPEP avant la réunion du 27 novembre.

Casser la montée en puissance des États-Unis…

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Évolution de la production de pétrole (y.c. GNL –Gaz Naturel Liquéfié- et condensats depuis 2000)

Ce graphe se dispense de commentaires, montrant les craintes de l’OPEP face à la montée de la production américaine…

Conclusion : faut-il penser comme Ali Al-Naimi que le baril à 100$ c’est fini ?

Même si Ali Al-Naimi le déclare, « est-ce pour autant vrai ? », nous ne le dirions pas car :

  1. Le passé prêche pour la prudence,
  2. Les chutes d’investissements en cours entraînent d’ores et déjà une baisse des forages aux États-Unis,
  3. De nombreux grands projets sont repoussés,

À la différence de 2008, c’est une guerre entre l’OPEP et les non-OPEP qui est déclarée. En 2008, c’était la récession.

Or nous pouvons espérer que cette chute du baril va redonner un souffle à la croissance… et les investisseurs réfléchiront de nouveau avant de se relancer dans de nouveaux projets. Difficile de dire le timing, mais il est logique d’escompter un rebond.

Ainsi alors que nous considérions que le baril serait durablement dans la zone des 100$, nous devrons nous habituer à une plus forte volatilité, ce qui n’est pas sain pour une industrie si capitalistique…