Éric Zemmour et i-Télé : une affaire privée

eric zemmour credits fondation France-Israel (licence creative commons)

Retour à froid sur l’éviction d’Eric Zemmour des plateaux d’i-Télé et de RTL.

Par Rafaël Amselem.

Eric Zemmour (Crédits fondation France-Israel, licence creative commons)Il n’a pas fallu longtemps pour que la nouvelle se fasse entendre. Éric Zemmour, après avoir tenu des propos douteux, une nouvelle fois, sur les musulmans, s’est fait remercier de chez i-Télé et RTL.

S’en est suivi avant les fêtes un déferlement de réactions sur les réseaux sociaux. Sous nos yeux se sont créés deux camps. Il y a d’abord ceux qui applaudissent cette décision avec joie. Les heures les plus sombres de notre histoire ne reviendront pas sur le terrain de la République laïque et sociale ! De l’autre côté, les soutiens d’Éric Zemmour crient au scandale de la dictature socialiste : la liberté d’expression disparaît !

Il n’est pas question ici de prendre l’une de ces positions. Il m’est juste d’avis que Éric Zemmour ne mérite aucunement notre attention. Il se perd dans ses idéaux collectivistes et haineux, et je suis surpris que personne ne soit capable de lui opposer de véritablement arguments. Pourtant les médias ne sont pas en manque « d’experts »…

Mais ceci est un autre débat. Il y a beaucoup de raisons à exposer pour éclairer cette question. Aujourd’hui, beaucoup de personnes pensent réellement que l’on porte atteinte à la liberté d’expression d’Éric Zemmour, y compris des libéraux. Il y a pourtant une erreur majeure dans cette idée.

i-Télé est dans son droit

En apparence, l’ex-chroniqueur ne peut plus s’exprimer sur les chaînes où il travaillait. Pourtant, il garde toute sa liberté d’expression. Si vous ne le croyez pas, il y a une simple question à se poser : l’État a-t-il ouvertement censuré la personne ? La justice a-t-elle pris la décision de réprimander les propos de Zemmour ? Au moment où j’écris ces mots, aucune nouvelle de la sorte n’est apparue. Le gouvernement n’est donc pas intervenu dans cette affaire, c’est un premier point. Intéressons-nous à i-Télé. Nous savons que c’est un journal, privé, avec des actionnaires, des salariés et une direction. Toujours privés. Ils ont donc leur choix dans leur ligne éditoriale, dans le matériel ou encore les horaires, que sais-je. Cela inclut aussi le choix des éditorialistes. Si pour une raison quelconque la chaîne veut se séparer d’Éric Zemmour, elle n’a pas de compte à rendre à qui que ce soit. Elle le payera peut-être par une baisse d’audience pour les mécontents. D’ailleurs des hauts cadres du Front National ont décidé d’aller dans ce sens, même s’ils ont pu profiter de cette chaîne pour déverser leur collectivisme puant… ou au contraire un gain d’audience pour ceux qui sont enchantés par la nouvelle.

Dans tous les cas, i-Télé est dans son droit le plus total en voulant se séparer d’un de ses salariés. Dans cette optique, la chaîne est libre de ses décisions.

Pour le moment, il y a déjà deux éléments montrant qu’Éric Zemmour ne subit aucune censure. Reste à savoir si son éviction l’empêchera, à l’avenir, de s’exprimer. Hormis son poste au Figaro par exemple, l’éditorialiste, via les moyens du marché, a la totale possibilité de s’exprimer. Il nous l’a encore prouvé en publiant un livre il y a quelques semaines. Il peut aussi écrire un blog, fonder son propre journal, ou créer sa propre webradio. Il pourrait ainsi avoir sa ligne éditoriale, ses convictions et employer tous ses camarades. Je ne vous garantis pas que je sois un de ses lecteurs, mais en tous cas, il peut le faire.

Si j’approuve en partie la décision de la part des deux chaînes d’information, ils ont fait néanmoins une grosse erreur. La même que pour Dieudonné. C’est-à-dire que, non seulement Éric Zemmour n’a pas disparu mais en plus, il se fait de plus en plus connaître. Et sa position de « victime » ne donnera que plus de crédibilité à ses propos. Il aurait été beaucoup plus intéressant, autant intellectuellement que médiatiquement, d’opposer à Éric Zemmour une véritable argumentation.

Alors où se trouve la censure ? Peut-être dans l’imagination de ceux qui voudraient imposer leur vision de la France. Dans leurs fantasmes réactionnaires et collectivistes, ils sont pourtant du même acabit que tous les autres ravis de son départ médiatique. Je ne suis pas de ceux qui l’applaudissent. La raison est évidente : ces mêmes personnes seront toujours enclines à la censure envers des personnes incitant à la haine. Si les raisons pouvant amener à vouloir que l’État le censure peut être louable, je tiens à les avertir des dangers de cette position.

La liberté d’expression : fondement de notre société

Éric Zemmour a des positions très critiquables. Tant par son acharnement sur les musulmans, que sur les immigrés, et sa philosophie prônant un collectivisme d’État français. On pourra toujours dire qu’il est raciste, qu’il appelle à la haine. On pourra l’accuser de tous les maux. Mais ce n’est pas ainsi qu’il sera possible de contredire ses arguments. Ce n’est pas non plus en voulant le priver de parole, comme certains appellent l’État à le faire. Tout ce que vous y gagnerez, c’est de ramener Zemmour au rôle de victime, de celui dont les propos dérangent. Si ces propos n’avaient rien de particulier, pourquoi le faire taire ? Au final, nous ne parlerons que de lui, ce que je fais en ce moment même par ailleurs. En l’occurrence, des paroles choquantes ne sont pas à réprimander par la force, mais par la raison philosophique. D’autres personnes s’en chargeront bien mieux que moi. Mais je tiens à défendre la liberté d’expression.

Qu’est-ce qui peut amener un peuple à vouloir, par la force collective,  réprimander un individu ? Il n’y a rien à y gagner. D’autant plus que cela va à l’encontre des droits humains.

La liberté d’expression est l’une des composantes de la liberté. Elle est inscrite dans les droits de l’Homme, elle fait partie de l’histoire de la Révolution Française. Elle permet, à chacun d’entre nous, de pouvoir évoluer et innover dans ce monde. L’individu doit pouvoir exprimer tout ce qu’il pense, cela fait partie du jeu démocratique. Avoir une opposition permanente face à soi permet de se remettre en question, et de puiser dans sa raison pour exprimer ses idées. C’est tout un principe d’évolution qu’offre la liberté d’expression par la confrontation des mots. Même les propos les plus choquants doivent pouvoir être exprimés. Certes, on peut ne pas être d’accord. S’ils sont exprimés sur une radio, vous pouvez l’éteindre. S’ils sont exprimés sur une chaîne de télévision, vous pouvez aussi l’éteindre. Lorsque des mots n’ont aucun écho, le silence ne tarde pas.

Mais en France, il y a cette pulsion de vouloir tout réprimer, derrière des mots comme « laïcité », « république », « égalité ». Des mots tellement utilisés qu’ils en perdent tout sens. L’affaire Dieudonné nous l’a prouvé. Malheureusement, toute idée a ses dérives. Et la censure n’échappe pas à la règle. Elle est la première arme de tout État totalitaire. Imposer une idée dans les esprits permet d’imposer une morale collectiviste haineuse. L’histoire nous le prouve. En voulant donc censurer Zemmour, le résultat ne sera qu’une gradation en hausse de la haine. Les citoyens ont une opinion, qu’il faut respecter, en utilisant ces mêmes mots, comme « valeurs républicaines » pour défendre la liberté d’expression.

Ne tombons pas dans l’amateurisme et la facilité, combattons la haine par la réflexion. L’affaire Zemmour sera peut-être une de ces affaires qui tombera dans l’oubli total en 2015, et espérons le ! Mais à force de se répéter, les idées nuisibles ne feront que gagner du terrain. i-Télé et RTL ont certes fait une erreur en prenant cette décision, mais ils sont dans leur droit. Ne répétons pas les mêmes erreurs, laissons-le s’exprimer, et combattons-le, si telle est la volonté des citoyens. Et laissons la liberté exister.