Dégel États-Unis-Cuba : un cadeau empoisonné au castrisme

Castro credits chrisUK (licence creative commons)

Le dégel dans les relations entre ces deux pays pourrait annoncer la démocratisation de Cuba.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Castro credits chrisUK (licence creative commons)

Tout en n’étant pas Cubain, l’adhésion de l’auteur à la lutte pour la démocratie à Cuba est totale. Non seulement parce qu’une partie de sa famille s’y était implantée dans les années 30 du siècle dernier, fuyant une dictature impitoyable (celle de Trujillo en République dominicaine). Mais aussi, et surtout, parce que, appartenant lui-même à une famille de dissidents, et ayant vécu son enfance sous cette dictature-là, il sait parfaitement ce que l’on ressent quand on voit le monde tourner le dos aux vicissitudes d’un peuple privé de liberté.

Puissent ces propos liminaires servir à expliquer pourquoi l’auteur comprend aisément les critiques, émanant de personnalités aussi bien de l’exil cubain que de la dissidence intérieure, formulées à l’égard du rétablissement des relations diplomatiques entre les États-Unis et Cuba.

Or, comprendre ces critiques ne veut pas dire les partager. Car tout bien considéré, le dégel dans les relations entre ces deux pays pourrait s’avérer être une boîte de pandore de laquelle peut surgir l’instauration de la démocratie à Cuba.

À commencer par le fait que le castrisme n’aborde pas en position de force l’étape qui commence.
Lorsque le Président Raúl Castro obtempère aux demandes de l’« empire » et annonce la libération de 53 prisonniers politiques – au lieu d’entonner l’habituelle antienne de « Cuba n’est pas en vente » – la raison n’en est autre que le régime qu’il incarne est à bout de souffle après avoir détruit, non pas une, mais deux économies : d’abord l’économie cubaine, ensuite celle du Venezuela.

Pour le régime cubain, c’était une question de vie ou de mort que d’assurer le bon fonctionnement de l’économie du Venezuela, seul moyen de pérenniser l’aide astronomique qu’il reçoit de ce pays pétrolier. Or, par inertie idéologique, le castrisme utilisa l’écrasante influence qu’il exerce sur le gouvernement vénézuélien pour amener celui-ci à répéter les mêmes bêtises qui avaient fait couler l’économie de Cuba.

Maintenant, conscient du fait que l’aide fournie par le Venezuela ne pourra se maintenir aux niveaux actuels – car l’économie vénézuélienne est au bord de la paralysie après 15 années d’un « socialisme du XXIème siècle » d’inspiration cubaine – le régime castriste ne pourra facilement rejeter les appels des États-Unis à une ouverture politique en échange d’un plus grand apport commercial, financier et technologique.

Supposons que depuis sa future ambassade à La Havane, les États-Unis décidaient d’entamer un dialogue soutenu avec des représentants de la société civile et de la dissidence cubaine, et demandaient dans les enceintes internationales le respect des droits humains fondamentaux à Cuba. Que ferait alors le régime castriste ? Ouvrir à nouveau les hostilités en dénonçant une « ingérence inadmissible » dans les affaires intérieures de Cuba, et annihilant par là même les perspectives économiques ouvertes par ses nouvelles relations avec les États-Unis ? Ce serait un mauvais calcul.

Et si par hasard le régime cubain décidait d’agir de la sorte malgré le coût que cela entraînerait, vers quel saint se tournerait-il en quête de secours ? Vers un Venezuela mis à terre économiquement ? Vers un Brésil avec le triple handicap d’une inflation rampante, de comptes publics dans le rouge et d’un commerce extérieur déficitaire ? Vers une Russie aux prises avec le spectre de la stagflation ? Pas sûr que Cuba tirerait grand-chose de ces sources-là.

Il reste bien entendu Beijing. Or, la Chine a déjà investi massivement à Cuba, et ne le ferait davantage que si les perspectives économiques étaient prometteuses, ce qui pourrait être mis à néant par une nouvelle détérioration des relations avec les États-Unis.

Les adversaires du dégel soulignent qu’une éventuelle amélioration de la situation économique à Cuba grâce au dégel pourrait renforcer le régime castriste et ne conduirait pas nécessairement à l’instauration de la démocratie. Ils donnent pour preuve la Chine. Or, à cet exemple on pourrait opposer le cas de la Corée du Nord : voilà un pays fermé au monde, producteur de famines à répétition, battant des records de misère, et dont le régime tient malgré tout. Corollaire : l’isolement d’un régime totalitaire – comme le prônent les adversaires du dégel – n’en garantit pas l’effondrement.

Aussi convient-il d’analyser le cas cubain en fonction de sa spécificité. Et ce que l’on voit actuellement est un castrisme chancelant, vétuste, ayant perdu les illusions et l’aura des origines, prêt à se rapprocher de l’« empire » dans le but de survivre économiquement. C’est pourquoi les États-Unis sont en mesure de pousser le régime castriste à s’engager, certes à contrecœur, sur le chemin du respect des droits de l’homme.

Castro René Le HonzecLe fait que le Congrès des États-Unis, désormais sous le contrôle du Parti Républicain, soit hostile au dégel, offre à Obama, sur un plateau d’argent, l’épouvantail qu’il peut utiliser pour exiger au régime castriste une ouverture vers la démocratie afin d’éviter que le Congrès décide de durcir la législation à l’égard de Cuba.

D’autre part, l’élite au pouvoir à Cuba ne peut ignorer que le successeur d’Obama pourra assumer une posture plus exigeante vis-à-vis de Cuba si le dégel ne s’accompagne pas d’une amorce de démocratisation. Raison de plus, donc, pour Cuba de répondre positivement aux demandes formulées par le Président Obama.

Le pari de la démocratie à Cuba, à n’en pas douter, est loin d’être gagné. Mais le rétablissement des relations diplomatiques entre le régime castriste et les États-Unis ouvre des perspectives à ce sujet que plus d’un demi-siècle de rupture ne parvint jamais à créer.