Les questions au gouvernement que vous n’entendrez pas cet après-midi

Bernard Cazeneuve (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Les #QAG qu’on ne risque pas d’entendre cet après-midi à l’@AssembleeNat !

Par Le Parisien Libéral.

Bernard Cazeneuve (Crédits Parti Socialiste, licence Creative Commons)

Deux mille milliards d’euros de dette, la note de crédit de la France dégradée, 5 millions de chômeurs, mais que font les politiciens ?

Certains se déguisent en vrais gens de la téléréalité, pour « comprendre ce que les Français vivent ». D’autres, si on en croit la presse people, compteraient fleurette à des journalistes, que ce soit à gauche de la gauche ou à l’extrême droite du spectre politique. Enfin, tous se battent sur le nombre de jours durant lesquels les Français devraient travailler… Comme si c’était aux politiciens de s’exprimer sur le sujet, et non les gens eux-mêmes.

Ils ont pourtant été élus pour accomplir une mission essentielle : incarner le corps législatif, c’est-à-dire une des trois composantes de la représentation politique, notamment pour voter le budget et contrôler l’action du gouvernement. Pour cela, ils ont à leur disposition plusieurs outils, notamment les questions au gouvernement.

Parions cependant sur le fait que les questions au gouvernement suivantes ne seront pas posées aux ministres :

Question pour le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron
Vous avez vu, dimanche dernier, à l’instar de 2,8 millions de Français, l’émission Zone Interdite sur M6, consacrée au sujet suivant : « Normes, RSI, quand l’administration nous rend fou ! » Vous avez également lu l’ordonnance en référé du TGi de Nice du 11.12.2014 qui condamne le RSI. Celui-ci ne peut justifier de son immatriculation au registre national des mutuelles. Monsieur Macron, allez-vous officiellement demander à la représentation nationale, non seulement qu’elle annule l’alourdissement des sanctions récemment votées contre les assujettis désireux de quitter le RSI, mais qu’en plus elle reconnaisse, en conformité avec la législation européenne, la liberté de choix en matière de protection sociale ?

Question pour le ministre des Finances, Michel Sapin
La note de la dette de la France vient d’être dégradée par l’une des trois plus grosses agences de notation. Nous n’avons pas vu votre réaction, et de manière plus générale, la presse se demande où vous êtes, et ce que vous faites. Monsieur le ministre, où en est la réforme de l’État, et son recentrage sur ses seules missions régaliennes, police, justice, armée et diplomatie ?

Question pour la ministre de l’Écologie, Ségolène Royal
Vous avez indiqué hier sur BFM TV que vous souhaitez un gel des tarifs des autoroutes en 2015 et que vous attendez un effort d’un milliard d’euros des sociétés concessionnaires qui pourrait prendre la forme d’une taxe sur leurs bénéfices (en plus de l’impôt sur les société et des taxes domaniales, donc), parce que « les tarifs des autoroutes ont trop augmenté par rapport au coût de la vie ». Allez-vous, si on suit votre logique, demander une baisse des tarifs de la SNCF, puisque le prix des billets de train a lui aussi augmenté plus vite que le niveau général des prix ? Puisque vous semblez être disposée à voir baisser les tarifs des autoroutes, allez-vous demander la baisse de la redevance domaniale ?

Question pour Christian Eckert, secrétaire d’État au budget
Le gouvernement est en train de mettre en place l’impôt sur la nationalité sans même passer par la case Parlement, comme l’avait d’ailleurs déjà mentionné le philosophe et militant du Parti Libéral Démocrate Gaspard Koenig. De qui vous moquez-vous ? De quel droit modifiez-vous un principe de l’impôt sur le revenu ? Allez-vous respecter la souveraineté du Parlement en ce qui concerne la fiscalité ? Cette nouvelle philosophie est-elle la contrepartie du cadeau fait aux contribuables situés dans la première tranche ?

Question pour le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve
Bravo, malgré la mort du jeune manifestant Rémi Fraisse, vous êtes toujours en poste. Vous vous félicitez également du « bon fonctionnement » de la plateforme téléphonique de signalement des djihadistes potentiels, et ce malgré les évidentes limites d’une telle réponse. Avez-vous, sur cette plateforme, reçu des appels concernant certains hypermarchés de région parisienne qui vendent des livres appelant au djihad ? Avez-vous discuté avec votre collègue Laurent Fabius, qui proposait, il y a moins de deux ans, de combattre certains despotes du Proche Orient en aidant ceux qui allaient devenir les dirigeants de l’État islamique en Irak et au Levant ? Pourquoi surveiller les réseaux sociaux et les Français à travers un dispositif qui ridiculise la NSA, alors qu’il suffit d’aller faire ses courses en banlieue parisienne ou d’étudier les options politiques du Quai d’Orsay ?

Question pour le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius
Allez-vous proposer une minute de silence pour les 132 enfants de Peshawar assassinés par les talibans ? Estimez-vous que le retrait des forces combattantes françaises d’Afghanistan, précipité par le président Hollande, était une bonne idée ? Ou bien estimez-vous que nous n’avons rien à faire dans la région, et dans ce cas comment conciliez-vous ce point de vue avec la présence française au Mali, au Tchad et en Centrafrique ?

Question pour Sylvia Pinel, ministre du Logement
Libération revient sur les questions de deux députés socialistes qui suggèrent de limiter les ventes immobilières qui ne passent pas par des agences. Allez-vous rejeter une fois pour toute cette idée saugrenue et liberticide ?

Question pour Manuel Valls, Premier ministre
Votre ministre des Relations avec le parlement, Jean-Marie Le Guen, ne semble pas être intéressé par une PPL visant, comme le propose l’association Contribuables Associés, à rendre inéligible à vie les élus fraudeurs. Il est vrai que lui-même avait été pris la main dans le sac, avec la sous-évaluation de son patrimoine. Allez-vous, M. le Premier Ministre, reprendre cette proposition et bâtir cette république irréprochable sur laquelle vous aviez tant communiqué ? Comprenez-vous que la présence au sein de cette assemblée de délinquants avérés (Jean-Marc Ayrault, Sylvie Andrieux, Patrick Balkany, etc.) ou potentiels est une insulte jetée à la face des Français qui doivent présenter un casier judiciaire vierge pour un simple poste de vigile ?

Les députés, de l’opposition comme de la majorité, pourraient poser toutes ces questions, et bien d’autres. Mais non, certains préfèrent servir de faire valoir au gouvernement, pendant que les ministres commentent les interviews d’essayistes d’extrême droite.


Lire également les précédents épisodes de la série : 

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