Les libéraux doivent passer de l’opposition à la proposition

L’élection de Nicolas Sarkozy devrait être un tournant dans la vie politique française ; on devrait passer, à l’UMP comme ailleurs, de l’opposition à la proposition.

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Les libéraux doivent passer de l’opposition à la proposition

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 décembre 2014
- A +

Par Jacques Garello.

liberté credits Stauffer (licence creative commons)

L’opposition a été la règle jusqu’à présent. Opposition entre les frères ennemis, tant à droite qu’à gauche : après le duel Fillon-Coppé, va-t-on vivre le duel Sarkozy-Juppé, voire même un quadrille Sarkozy-Juppé-Fillon-Le Maire ? Et chez les socialistes, la lutte sera-t-elle toujours aussi ardente entre majoritaires et frondeurs ? Les Français ont pris leurs distances avec la classe politique, qui a perdu tout crédit non seulement à cause de son incompétence, mais aussi à cause de son comportement.

Certes, les gens de l’opposition ont sauvé les apparences parce qu’ils se sont régalés des erreurs socialistes. Mais, d’une part, ils n’avaient fait guère mieux quand ils étaient au pouvoir ; d’autre part, il est plus facile de critiquer que de proposer.

À ce jour, les priorités des gens de l’opposition ont été pour l’essentiel électorales. Sur ce terrain, ils ont remporté des victoires faciles ; classiquement les élections locales vont à contre-sens des élections nationales. D’ailleurs, la majorité actuelle leur a donné un sérieux coup de main. Mais ils ont mangé leur pain blanc et, on attend d’eux autre chose, une vision d’avenir bâtie autour d’une doctrine solide et réaliste.

Je crains qu’il faille quelques semaines, sinon quelques mois, pour que l’opposition passe aux propositions. Comme vous, j’ai observé que l’élection de samedi et les discours qui l’ont accompagnée n’ont pas soulevé l’enthousiasme du peuple, sinon des militants. Sarkozy s’est proposé de « réunir sa famille ». Quelle famille ? La droite ? Mais l’opposition droite-gauche a-t-elle un sens en France quand l’une et l’autre ont confortablement installé le socialisme et le dirigisme dans notre pays ? On a aussi beaucoup parlé d’alliance, mais l’alliance procède d’une arithmétique purement électorale : comment être présent au deuxième tour en 1917, comment piper les voix des centristes et des frontistes ? Par contraste, Hervé Mariton a essayé de privilégier le débat d’idées, il n’en a pas été remercié par les militants.

Pour que le succès (au demeurant très relatif) de samedi ne soit pas une victoire à la Pyrrhus, il va donc falloir en venir aux choses sérieuses et proposer un vrai programme commun de gouvernement pour l’après Hollande. Commun comme celui qui a uni socialistes et communistes en 1973 (congrès d’Épinay) et les a portés au pouvoir en 1981 : collectivisme, laïcisme, nationalisme. Il était exécrable, mais il était utopie fédérative.

Des principes, pas des intérêts

Les libéraux peuvent dispenser l’opposition d’une recherche longue et difficile pour des politiciens qui de longue date ont été rebutés par l’effort doctrinal et s’en sont remis à « l’empirisme » ou à l’incohérente « troisième voie », alliance de la carpe et du lapin, elle aussi refus du choix doctrinal. Les libéraux ont un programme clair, fondé sur un principe simple : que les Français retrouvent leur liberté. Le principe a été rappelé dans le manifeste signé au début de l’automne par plusieurs centaines de personnes, à l’initiative de personnalités diverses, allant d’économistes comme Pascal Salin ou Jacques Bichot à des chefs d’entreprises comme Charles Beigbeder ou Axel Arnoux, en passant par des philosophes (Philippe Nemo, Chantal Delsol), des juristes (Jean Philippe Delsol, Jean-Philippe Feldman), des journalistes (comme Ivan Rioufol , Brice Couturier), des anciens ministres (comme Alain Madelin et Hervé Novelli), des parlementaires (comme Dominique Tian ou Philippe Vitel) et des centaines de gens de la « société civile ». Je regrette de ne pouvoir citer tous ces amis signataires, mais dans les rangs des libéraux, personne ne se proclame le chef et chacun s’occupe davantage de convaincre que d’apparaître.

Le retour à la liberté est avant tout un retour à la dignité de l’être humain. À la société d’assistés doit se substituer une société de responsables, d’innovateurs. Transformer les Français « spectateurs critiques en acteurs responsables » dit Christian Saint Étienne. Pour cela, il faut rompre avec l’État-Providence et réduire la politique à son champ le plus étroit possible : la protection de la liberté et de la propriété.

La vision d’avenir, c’est le retour à l’entreprise privée et aux initiatives communautaires de tout ce que l’État s’est indûment et coûteusement approprié. Cela semble une utopie, car cela fait rêver, et on arguera toujours de l’exception française. Mais c’est une réalité, éprouvée partout et toujours, c’est la voie qu’ont empruntée les pays qui aujourd’hui ont renoué avec le plein emploi, résorbé leurs déficits et leurs dettes et retrouvé l’harmonie sociale. Le modèle n’est ni allemand, ni anglais, ni suédois, ni canadien, ni australien, il est universel et intemporel : « faisons la liberté, la liberté fera le reste », disait Jean-Marc Varaut.

Puisse l’opposition s’inspirer du programme libéral. De leur côté, les libéraux ont tout l’argumentaire voulu pour convaincre les Français de l’efficacité et de la justice d’une nation qui sait se débarrasser de l’État providence et promouvoir liberté et responsabilité. Que cet argumentaire soit diffusé et expliqué par tous ceux qui veulent rompre avec le socialisme. Reste à convaincre la classe politique : c’est plus difficile, mais « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Retrouvez le manifeste : « Français, retrouvons nos libertés ! »

Sur le web

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  • Les libéraux sont certainement des gens sympathiques mais ne sachant pas trop quel est leur but ( le pouvoir , me semble t’il …) en effet , vous faites discuter deux libéraux en vue de constituer un parti politique en vue des présidentielles par ex , et vous vous retrouvez avec trois partis libéraux !!!

    • Leur but ultime est de discuter sans fin de la couleur de la politique économique. Quand vient le moment de la décision, ils font comme le PS, ils se divisent à l’infini.
      Le PS ou les libéraux, combien de divisions ? Autant que de membres. On peut sans problème remplacer le mot divisions par chapelles.
      Mais je les aime bien quand même à cause de leur côté anarchiste.

  • Au quatrième paragraphe, il y a une faute, je pense qu’il s’agit de 2017 et non de 1917 pour le maintient au second tour de l’élection.

  • Vous voulez donner le bâton pour vous faire battre, non ? Sacrifier vos idées dans la bouche de menteurs pour leurs faire perdre toute crédibilité auprès du public ?

  • SVP messieurs les commentateurs, n’en jetez plus ! On croule sous les propositions !

  • Le manifeste est aussi creux que toutes les professions de foi de tout candidat.

    Je l’avais bien évidemment lu, sans y lire une quelconque source d’espoir.

    Je suis toujours aussi abasourdi qu’aucun politique ambitieux ne se soit emparé de ce créneau liberal.

    Pour être audible, et affronter les scepticismes comme les sobriquets ultra ci ou ultra ça.

    1- la liberté doit impérativement être associée à la responsabilité.
    2- la liberté se définit par la propriété et le consentement
    3- une etape intermédiaire est indispensable pour sortir de l’assistanat : fondre toutes les aides et subventions, niches et allocations dans un revenu universel.

    Ces 3 thème s peuvent se décliner dans tous les sens, mais il sera difficile de passer de linfantilisation actuelle au libre arbitre. Il sera difficile de passer d’une économie sous perfusion archi administrée, etc à des patrons libres, responsables,…

    • « Je suis toujours aussi abasourdi qu’aucun politique ambitieux ne se soit emparé de ce créneau libéral. » qu’y a t il de si étonnant à ça? Nos politiciens sont tous sans exception des gens orgueilleux, à l’égo surdimensionnée et qui se drogue au pouvoir. si ces gens là s’entre déchirent pour accaparer les manettes ce n’est certainement pas pour diminuer leur emprise sur la France et les Français mais tout le contraire, par définition ce sont des anti libéraux acharnés comme il est très facile de le constater depuis des dizaine d’année. le dernier (et le seule à ma connaissance) libérale ayant occupé un poste ministériel était Alain Madelin et il a duré 3 jours…Seul un nouveau crack, une nouvelle sévère dépression pourrait peut être donnée une opportunité au libéraux. Encore qu’étant donné l’aversion des français pour le libéralisme et leur croyance quasi mystique dans l’homme providentiel, nous aurons certainement une dictature plutôt qu’un gouvernement libéral.

  • Personnellement, je crois que la réponse à votre question se trouve dans l’intention de l’article que nous commentons. Classiquement en France, les libéraux se sont toujours vécus comme force d’appoint de la droite. C’est ce que propose encore Monsieur Garello : demander à l’UMP d’adopter une plateforme libérale et tout ira bien. Interrogeons-nous plutôt sur les raisons pour lesquelles l’UMP au pouvoir n’a jamais été libérale, Sarkosy l’ayant d’ailleurs ouvertement proclamé. Un président en France, c’est d’abord le chef de l’Etat, c’est-à-dire un type qui dispose de 53% du PIB, qui est à la tête d’une dette de 2000 milliards d’Euros, qui dirige 5 millions de fonctionnaire. C’est cela son pouvoir, c’est de cela qu’il est président. Il n’est Président ni de vous, ni de moi. Il exige de nous que nous financions son pouvoir et il l’exige des entreprises également. Le chômage ne serait pas son problème s’il ne représentait pas un manque à gagner pour les finances publiques. Les problèmes des entreprises ne seraient pas le sien si l’impôt des entreprises n’était pas sur le déclin. Les libéraux sont la seule force du pays qui veuille mette un terme à cela. Force complètement impuissante car assimilée à la droite, inféodée à la droite, s’imaginant avoir fait son travail lorsqu’elle a combattu le socialisme. Aujourd’hui, le mot d’ordre le plus important c’est de laisser tomber la droite et le centre, sans rejoindre ni l’extrême droite, ni la gauche, ni l’extrême gauche. Alors les débats entre libéraux cesseront peut-être de n’être que les aimables bavardages de qui discute sans enjeu, juste pour le plaisir de taquiner le concept.

  • Chirac et Sarkozy m’ont déçu. Démocratie libérale et Liberté Chérie n’ont pas percé. Aujourd’hui Nous Citoyens apporte des réponses. Pas toutes, pas aussi loin qu’on souhaiterait, mais parmi les partis audibles c’est ce que nous avons de mieux.

    Aller plus loin nécessite d’observer l’organisation de l’adversaire. De quoi dispose un militant collectiviste ?
    – associations collectivistes étudiantes
    – syndicats collectivistes chez les enseignants et universitaires
    – centrales syndicales collectivistes de la fonction publiques
    – medias publics avec des rédactions étatistes et parfois collectivistes
    – medias privés financés par la publicité rarement libéraux
    – hauts-fonctionaires au minimum étatiste, et anti-libéraux
    – partis politiques collectivistes au Gouvernement

    Cherchez de quoi dispose le militant libéral ?

    Certes il a un bagage logique plus efficace et pratique(le libéralisme n’est-il pas la collection empirique des solutions qui fonctionnent le mieux à la satisfaction de tous ?) mais il n’a pas le porte-voix syndical et mediatique de son adversaire.

    A quoi servent les riches ? Ils pourraient au moins financer le combat pour la liberté économique généralisée ! (TV, radio, presse web et papier.)

  • Les commentaires sont fermés.

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