Les libéraux doivent passer de l’opposition à la proposition

liberté credits Stauffer (licence creative commons)

L’élection de Nicolas Sarkozy devrait être un tournant dans la vie politique française ; on devrait passer, à l’UMP comme ailleurs, de l’opposition à la proposition.

Par Jacques Garello.

liberté credits Stauffer (licence creative commons)

L’opposition a été la règle jusqu’à présent. Opposition entre les frères ennemis, tant à droite qu’à gauche : après le duel Fillon-Coppé, va-t-on vivre le duel Sarkozy-Juppé, voire même un quadrille Sarkozy-Juppé-Fillon-Le Maire ? Et chez les socialistes, la lutte sera-t-elle toujours aussi ardente entre majoritaires et frondeurs ? Les Français ont pris leurs distances avec la classe politique, qui a perdu tout crédit non seulement à cause de son incompétence, mais aussi à cause de son comportement.

Certes, les gens de l’opposition ont sauvé les apparences parce qu’ils se sont régalés des erreurs socialistes. Mais, d’une part, ils n’avaient fait guère mieux quand ils étaient au pouvoir ; d’autre part, il est plus facile de critiquer que de proposer.

À ce jour, les priorités des gens de l’opposition ont été pour l’essentiel électorales. Sur ce terrain, ils ont remporté des victoires faciles ; classiquement les élections locales vont à contre-sens des élections nationales. D’ailleurs, la majorité actuelle leur a donné un sérieux coup de main. Mais ils ont mangé leur pain blanc et, on attend d’eux autre chose, une vision d’avenir bâtie autour d’une doctrine solide et réaliste.

Je crains qu’il faille quelques semaines, sinon quelques mois, pour que l’opposition passe aux propositions. Comme vous, j’ai observé que l’élection de samedi et les discours qui l’ont accompagnée n’ont pas soulevé l’enthousiasme du peuple, sinon des militants. Sarkozy s’est proposé de « réunir sa famille ». Quelle famille ? La droite ? Mais l’opposition droite-gauche a-t-elle un sens en France quand l’une et l’autre ont confortablement installé le socialisme et le dirigisme dans notre pays ? On a aussi beaucoup parlé d’alliance, mais l’alliance procède d’une arithmétique purement électorale : comment être présent au deuxième tour en 1917, comment piper les voix des centristes et des frontistes ? Par contraste, Hervé Mariton a essayé de privilégier le débat d’idées, il n’en a pas été remercié par les militants.

Pour que le succès (au demeurant très relatif) de samedi ne soit pas une victoire à la Pyrrhus, il va donc falloir en venir aux choses sérieuses et proposer un vrai programme commun de gouvernement pour l’après Hollande. Commun comme celui qui a uni socialistes et communistes en 1973 (congrès d’Épinay) et les a portés au pouvoir en 1981 : collectivisme, laïcisme, nationalisme. Il était exécrable, mais il était utopie fédérative.

Des principes, pas des intérêts

Les libéraux peuvent dispenser l’opposition d’une recherche longue et difficile pour des politiciens qui de longue date ont été rebutés par l’effort doctrinal et s’en sont remis à « l’empirisme » ou à l’incohérente « troisième voie », alliance de la carpe et du lapin, elle aussi refus du choix doctrinal. Les libéraux ont un programme clair, fondé sur un principe simple : que les Français retrouvent leur liberté. Le principe a été rappelé dans le manifeste signé au début de l’automne par plusieurs centaines de personnes, à l’initiative de personnalités diverses, allant d’économistes comme Pascal Salin ou Jacques Bichot à des chefs d’entreprises comme Charles Beigbeder ou Axel Arnoux, en passant par des philosophes (Philippe Nemo, Chantal Delsol), des juristes (Jean Philippe Delsol, Jean-Philippe Feldman), des journalistes (comme Ivan Rioufol , Brice Couturier), des anciens ministres (comme Alain Madelin et Hervé Novelli), des parlementaires (comme Dominique Tian ou Philippe Vitel) et des centaines de gens de la « société civile ». Je regrette de ne pouvoir citer tous ces amis signataires, mais dans les rangs des libéraux, personne ne se proclame le chef et chacun s’occupe davantage de convaincre que d’apparaître.

Le retour à la liberté est avant tout un retour à la dignité de l’être humain. À la société d’assistés doit se substituer une société de responsables, d’innovateurs. Transformer les Français « spectateurs critiques en acteurs responsables » dit Christian Saint Étienne. Pour cela, il faut rompre avec l’État-Providence et réduire la politique à son champ le plus étroit possible : la protection de la liberté et de la propriété.

La vision d’avenir, c’est le retour à l’entreprise privée et aux initiatives communautaires de tout ce que l’État s’est indûment et coûteusement approprié. Cela semble une utopie, car cela fait rêver, et on arguera toujours de l’exception française. Mais c’est une réalité, éprouvée partout et toujours, c’est la voie qu’ont empruntée les pays qui aujourd’hui ont renoué avec le plein emploi, résorbé leurs déficits et leurs dettes et retrouvé l’harmonie sociale. Le modèle n’est ni allemand, ni anglais, ni suédois, ni canadien, ni australien, il est universel et intemporel : « faisons la liberté, la liberté fera le reste », disait Jean-Marc Varaut.

Puisse l’opposition s’inspirer du programme libéral. De leur côté, les libéraux ont tout l’argumentaire voulu pour convaincre les Français de l’efficacité et de la justice d’une nation qui sait se débarrasser de l’État providence et promouvoir liberté et responsabilité. Que cet argumentaire soit diffusé et expliqué par tous ceux qui veulent rompre avec le socialisme. Reste à convaincre la classe politique : c’est plus difficile, mais « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer ».

Retrouvez le manifeste : « Français, retrouvons nos libertés ! »

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