Comment le gouvernement va-t-il gérer ses incohérences ?

puzzle credits jugbo (licence creative commons)

Alors que le discours officiel semble prendre en compte les vrais problèmes, voici qu’arrivent de nouvelles idioties…

Par Thibault Doidy de Kerguelen.

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Les dernières déclarations du ministre de l’économie sur le gel du SMIC pendant cinq ans sont probablement maladroites. Ce n’est sûrement pas la bonne solution. Elles font néanmoins preuve d’une prise en compte du vrai problème de l’économie française : le coût de la main d’œuvre et le plafond du SMIC.

La productivité nécessaire pour assumer une embauche est en France la plus élevée du monde

Le coût de la main d’œuvre, ce n’est pas seulement le salaire net que perçoit le salarié. Ce ne sont même pas seulement les charges (soi-disant patronales ou salariales). Ce sont aussi toutes les charges imposées légalement, réglementairement ou par les conventions collectives (transports, médecine du travail, administration des cotisations, des fiches de paie, absentéisme, équipement spécifique etc.). Parler du « coût du travail », c’est en fait l’addition sur un exercice de tous les frais inhérents à l’embauche d’un salarié – frais que l’on peut rapporter au nombre d’heures travaillées durant cet exercice.

Cela permet de calculer la productivité que l’employé doit dégager pour ne rien coûter à l’entreprise. Plus ce montant est élevé, moins les employés à faible valeur ajoutée ont des chances de trouver du travail. S’il apparaît que le coût de l’embauche rend la couverture de cette embauche hypothétique, alors entre en ligne de compte la plus ou moins grande facilité avec laquelle l’entreprise pourra mettre fin à l’expérience.

De cette évidence économique, niée idéologiquement par nos dirigeants socialistes depuis leur élection, est né ce truisme, « le coût de la main d’oeuvre, en particulier peu qualifiée, est trop élevé en France ».

Les grandes pistes de réflexion

Face à ce constat, différentes pistes de réflexion se présentent :

  • La famille « libérale orthodoxe » vous dira qu’il faut maintenir les cotisations sociales, assouplir les rigueurs administratives d’embauche, mettre en place le contrat de travail unique et laisser la loi du marché réguler les rémunérations.
  • La famille « libérale pragmatique » vous dira qu’il faut transférer tout ou partie du coût de la politique sociale sur la consommation, alléger les contraintes administratives, assouplir les contrats de travail à durée déterminée et maintenir le SMIC.
  • La famille « sociale réformiste » vous dira qu’il ne faut rien changer à la situation actuelle mais accorder de larges exonérations de cotisations, accorder des dérogations au SMIC et ne pas toucher au SMIC pendant plusieurs années pour provoquer un effet de rattrapage.
  • La famille « socialiste orthodoxe » vous dira que le coût du travail n’est pas trop élevé en France et que si la productivité nécessaire par poste est si élevée, c’est parce que les affreux capitalistes s’en mettent plein les poches.

Les « coups partis » vont-ils couper l’élan « social réformiste » ?

Si aujourd’hui la tendance « sociale réformiste » semble l’emporter au sein de ce gouvernement, il n’en demeure pas moins que les effets de la politique stupide menée par les socialistes orthodoxes continuent de se faire sentir.

Ainsi, tandis que M. Macron, en bon militant du Parti Socialiste, suggère de bloquer le SMIC pendant cinq ans, faisant ainsi peser sur les salariés le coût du nécessaire rattrapage, voici qu’arrive en application une mesure prise par les orthodoxes précédemment, le « compte pénibilité ». Sans engager de débat sur le fait de savoir si cette mesure est juste, normale, humaine, sociale, ou simplement stupide et mal goupillée, nous ne pouvons que constater qu’elle vient à un moment de notre histoire où nous n’avons tout simplement pas les moyens de la financer.

En augmentant le coût du travail, elle va, comme chaque augmentation du SMIC ou augmentation des charges, provoquer du chômage supplémentaire. Pire, alors que nous manquons cruellement dans notre pays d’emplois industriels, c’est précisément là, sur ce secteur industriel, que le coût de cette mesure va se faire le plus sentir, c’est précisément parmi les emplois industriels dans les entreprises « borderline », celles qui comptaient sur le CICE pour passer cette année et la suivante que l’effet « Pôle Emploi » va le plus se faire sentir.

Le coût du « compte pénibilité » « s’élèvera à un montant compris entre 500 et 600 euros par an et par salarié », selon une tribune du délégué général du patronat de la métallurgie UIMM, Jean-François Pilliard, publiée par le Journal du Dimanche.

Les organisations patronales font semblant de s’agiter

« L’opération sera coûteuse pour les entreprises », affirme le responsable patronal, précisant que « selon une enquête réalisée par l’UIMM auprès d’entreprises métallurgiques de toute taille, le financement et la mise en œuvre du compte personnel de pénibilité s’élèvera à un montant compris entre 500 et 600 euros par an et par salarié, qu’il soit ou non concerné par le dispositif. »

À la veille d’une semaine de mobilisation patronale, le responsable du Medef a repris les critiques de son organisation sur le « compte pénibilité », jugé « contreproductif », « improvisé » et « mal conçu ». Selon lui, il s’agit d’un « dispositif antinomique avec l’objectif d’amélioration de la compétitivité industrielle expressément affiché par les pouvoirs publics. »

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