« 42 » : Jackie Robinson et le capitalisme

Le film « 42 » montre que le capitalisme constitue une force anti-raciste : dans un système de libre-marché, le racisme est très coûteux.

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Jackie Robinson swinging a bat in Dodgers uniform, 1954, Photo by Bob Sandberg (image libre de droits)

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« 42 » : Jackie Robinson et le capitalisme

Publié le 30 novembre 2014
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Par le Minarchiste, depuis Montréal, Québec.

Jackie Robinson swinging a bat in Dodgers uniform, 1954, Photo by Bob Sandberg (domaine public)

J’ai récemment visionné le film « 42 », relatant l’histoire du premier joueur de baseball noir des ligues majeures, Jackie Robinson. Le film se passe en Amérique d’après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle les Afro-Américains ont combattu vaillamment pour vaincre l’une des idéologies les plus racistes qui soit, le national-socialisme allemand. Néanmoins, les lois ségrégationnistes de Jim Crow sévissaient encore à l’époque dans le sud et la ségrégation était appliquée informellement dans plusieurs villes du nord, si bien qu’après avoir vu le fascisme tomber dans le monde, les Noirs le vivaient encore aux États-Unis.

Le baseball ne faisait pas exception. Il y avait une ligue pour les Noirs, pendant que les 400 joueurs des ligues majeures étaient Blancs. C’est en 1947 que cela allait changer. Le propriétaire des Dodgers de Brooklyn eut une idée folle : embaucher un joueur noir.

En fait, cette idée était loin d’être folle. Les Blancs de l’époque s’imaginaient vraiment que les Noirs étaient des sous-hommes qui seraient incapables de jouer au baseball aussi bien que les Blancs. On pourrait donc dire que Branch Rickey, le propriétaire des Dodgers à l’époque, était le seul propriétaire doté d’un cerveau fonctionnel, étant bien conscient que les bons joueurs noirs pourraient non-seulement bien s’intégrer aux MLB, mais en plus améliorer son équipe. Et il a eu bien raison !

D’une certaine manière, ce qui se passa au baseball en 1947, à l’initiative résolue de Rickey, fut le tout premier pas du mouvement des droits civils américains. Un an avant que Truman abolisse la ségrégation dans l’armée, 7 ans avant la décision de la Cour suprême dans l’affaire Brown vs Board of Education, 8 ans avant que Rosa Parks refuse de céder sa place dans un autobus, 10 ans avant qu’Eisenhower ne permette aux « Little Rock Nine » d’aller à l’école, 16 ans avant le discours « I Have a Dream » de Martin Luther King Jr. et presque deux décennies avant le Civil Right Act de 1964.

Mais Rickey n’était pas un activiste des droits humains, c’était un capitaliste. Comme il le mentionne à son assistant au début du film : « Les billets de banque ne sont ni blanc, ni noirs, ils sont verts ! »

Comme il l’explique à Robinson plus loin dans le film, Rickey croyait que des joueurs noirs lui permettraient d’atteindre les séries mondiales, et cela ferait grandement augmenter ses profits. Il croyait aussi qu’il y aurait moins de Blancs racistes qui boycotteraient le baseball que de Noirs qui se mettraient à s’y intéresser.

42Au début du film, l’autobus de l’équipe de baseball noire de Jackie (les Monarchs) s’arrête dans une station-service un peu isolée. Pendant que le pompiste remplit le réservoir, Jackie descend du bus et se dirige vers des toilettes où il est écrit sur la porte « Whites Only. » Le pompiste blanc lui signale qu’il ne peut pas y aller. Jackie lui ordonne alors d’arrêter de remplir le réservoir. « Nous allons acheter nos 99 gallons d’essence ailleurs », dit-il. Après quelques secondes de réflexion, le pompiste lui indique qu’il peut finalement utiliser les toilettes et se remet à remplir le réservoir, s’étant rendu compte que ce n’était pas très payant d’être raciste !

À un autre moment du film, l’employée d’une compagnie aérienne indique à Jackie et sa femme qu’ils doivent annuler leurs billets puisque l’avion sera trop pesant. Elle accorde ensuite les billets à un couple de Blancs, ce qui força les Robinson à prendre l’autobus pour se rendre en Floride. Évidemment, la compagnie aérienne n’a pas encouru de perte monétaire suite à cet acte puisque l’avion était plein de toute manière, mais une telle stratégie aurait été perdante à long terme pour la compagnie, qui se serait aliéné les Noirs au profit de ses concurrents.

Un peu plus loin dans le film, le propriétaire des Phillies de Philadelphie, un raciste, oblige son entraineur-chef à « faire la paix » avec Jackie après lui avoir lancé des tas d’insultes méchantes et après avoir fait des commentaires racistes dans les journaux de manière à préserver l’image des Phillies. Était-ce sincère ? Non, mais c’était un passage obligé pour une entreprise capitaliste voulant faire du profit.

Il est intéressant de noter que Jackie Robinson était un républicain, qui a supporté la nomination à la présidence de Richard Nixon, et qu’à l’époque décrite par le film, c’était les démocrates qui étaient contre la déségrégation. C’est d’ailleurs Dwight Eisenhower, un républicain, qui intervint de manière retentissante pour permettre aux « Neuf noirs de Little Rock » de se rendre à l’école en 1957 (ici).

Si vous faîtes une recherche Google avec les mots « racisme » et « capitalisme », vous obtiendrez toute une panoplie de sites gauchistes décriant que le racisme est une composante essentielle du capitalisme ! Il faut passer plusieurs résultats avant de trouver un texte de George Reisman qui détruit ce mythe. En fait, vous trouverez une immense quantité de texte qui affirme que le capitalisme s’est implanté grâce à l’esclavage et/ou que l’esclavage est une conséquence inévitable du capitalisme pur (voir ceci). Cela est saugrenu quand on sait que l’esclavage est l’antithèse du capitalisme.

Imaginez que des ouvriers noirs puissent être embauché à un salaire de 10% inférieur à celui des Blancs à compétence égale. On verra rapidement un concurrent opportuniste embaucher ces Noirs et avoir un avantage de coût sur les autres entreprises de l’industrie. Cette entreprise gagnera des parts de marché et évincera les entreprises plus racistes. De plus, cette embauche réduira le nombre de Noirs à la recherche d’un emploi (donc l’offre), ce qui fera grimper les salaires des Noirs. Et comme cette entreprise gagne des parts de marché, elle continuera d’embaucher des Noirs à une escompte de plus en plus petite sur le salaire des Blancs. De leur côté, les concurrents qui perdent des parts de marché en viendront à renvoyer des employés blancs, ce qui fera baisser les salaires des ouvriers blancs. On observera  donc une convergence entre les salaires des ouvriers noirs et des ouvriers blancs dans cette industrie, jusqu’à ce que la différence soit négligeable.

Le même raisonnement s’applique si un commerçant refuse de servir des clients noirs. Des concurrents non-racistes émergeront et gagneront des parts de marché. C’est de cette manière que le capitalisme constitue une force anti-raciste car dans un système de libre-marché, le racisme est très coûteux.

Conclusion

J’ai trouvé ce film rafraîchissant dans la mesure où pour une fois, plutôt que de blâmer le capitalisme pour tous les problèmes du monde, on le présente sous un angle favorable en démontrant qu’il fut une force antiségrégationniste et, par le fait même, un vecteur de soutien aux droits humains.

Évidemment, il ne faut pas être naïf : le capitalisme ne vaincra pas le racisme à lui seul. Il faut aussi que les gens changent leur manière de penser et adoptent des principes moraux plus équitables. D’ailleurs, Branch Rickey n’a pas fait tout cela que pour l’argent, il était aussi motivé par un désir de justice et le sentiment profond que la société ségrégationniste était inéquitable (dans le film, il relate une anecdote concernant un receveur noir œuvrant dans la même équipe universitaire que lui, qui l’avait énormément affecté et qui a peut-être déclenché une certaine empathie envers les Noirs).

Ceci dit, la recherche du profit aide certainement ce cheminement alors que le gouvernement, du moins à l’époque, faisait pleinement partie du problème puisque la ségrégation avait force de loi. D’ailleurs, dans le film, lors d’un match préparatoire des Royaux de Montréal en Floride, un policier municipal décide d’expulser Jackie du stade simplement parce qu’il est noir et qu’il joue bien au baseball, chose qu’aucune loi n’aurait permis même à cette époque, mais aucun fonctionnaire n’aurait fait quoi que ce soit contre ce policier. Un peu plus loin dans le film, on présume que la police n’aurait pas pris la défense de Jackie s’il était resté dans la résidence où il était logé en Floride où des racistes planifiaient de s’en prendre à lui.

En somme, le libre-marché était une institution bien plus fiable que le gouvernement dans la quête de justice et d’équité des Noirs afro-américains.

  • 42, biopic américain de Brian Helgeland, avec Chadwick Boseman, Harrison Ford, Christopher Meloni, durée 2h8min, sorti en cinéma en 2013 et sorti en DVD en 2014.


Sur le web.

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  • Merci, ça m’a donné envie de voir le film !

  • « Évidemment, il ne faut pas être naïf : le capitalisme ne vaincra pas le racisme à lui seul. Il faut aussi que les gens changent leur manière de penser et adoptent des principes moraux plus équitables. »

    Je me suis fait lyncher sur ce site pour avoir tenu exactement le même propos. J’affirmais, à la suite de l’article « Libéral ou hypocrite? », que :

    « C’EST IMPOSSIBLE d’avoir des opinions racistes et de respecter la liberté des autres.
    Car le raciste ne considère pas qu’une agression raciste est une agression.

    Un raciste pense que ceux qui n’ont pas sa couleur de peau lui sont inférieurs, et que par conséquent les traiter comme des esclaves est une chose naturelle plutôt qu’une atteinte à leur liberté. »

    • Manifestement vous n’avez pas compris pourquoi vous vous êtes fait « lynché », ce qui m’incline à penser que votre soi-disant lynchage n’était qu’une légitime remise à votre place

      Quelle importance ce que croit « le raciste », et (plus hypothétique encore !) ce que vous croyez que croit le raciste ? Une agression est une agression, quoi qu’en pense l’auteur, quoi qu’il pense de sa victime.
      Et votre phrase est bien trop générale, elle s’applique à n’importe qui de la même façon. La preuve :
      « « C’EST IMPOSSIBLE d’avoir des opinions antifa et de respecter la liberté des autres.
      Car l’antifa ne considère pas qu’une agression d’un soi-disant fasciste est une agression.
      Un socialiste pense que ceux qui n’ont pas ses opinions lui sont inférieurs, et que par conséquent les traiter comme des esclaves est une chose naturelle plutôt qu’une atteinte à leur liberté. »

      Au fond, vous vous êtes fait lynché parce que vous raisonnez sur la base d’abstractions collectives, comme « le raciste ». C’est un travers très bien distribué dans la population, mais ils conduit à dire n’importe quoi.

      • Votre première réaction face à un lynchage virtuel auquel vous n’avez pas assisté, c’est de prendre parti pour les lyncheurs. Bravo ! Vous pouvez être fier de vous ! Cela en dit déjà long sur votre « impartialité » sur la question du racisme…

        Vous me demandez : « Quelle importance ce que croit le raciste ? »

        Cela revient à demander naïvement en quoi est-il important qu’une population estime que les blancs et les noirs sont égaux ? que les hommes et les femmes sont égaux ? que les hétéros et les homos sont égaux ?

        Quiconque n’est pas conservateur ou naïf comme vous, comprend immédiatement que c’est important, parce qu’aucune société libre ne peut perdurer si préalablement la population ne souhaite pas que tout le monde ait les mêmes droits. Aucune société libre ne peut perdurer par la seule force du capitalisme que vous avez l’air de considérer comme un dieu tout-puissant.

        (C’est pour cette raison que l’article ici présent à l’intelligence de dire : « Évidemment, il ne faut pas être naïf : le capitalisme ne vaincra pas le racisme à lui seul. Il faut aussi que les gens changent leur manière de penser et adoptent des principes moraux plus équitables. »)

        Votre problème à vous les pourfendeurs des « gauchistes antiracistes », c’est de croire que parce que notre société actuelle est très tolérante (en comparaison d’époques antérieures) cette tolérance est une chose acquise, éternelle, qui ne peut pas disparaître. Par exemple vous vous dîtes : « on peut laisser des racistes traiter Obama de sous-homme et Taubira de singe, parce que de toute façon ces racistes resteront toujours minoritaires. On peut laisser des racistes nier qu’Obama est le symbole du rêve américain, qu’il est arrivé là où il en est par ses propres efforts. Ces racistes resteront à jamais minoritaires. »

        • Voyez, vous continuez à raisonner
          * à partir de ce que vous imaginez (de moi en l’occurrence)
          * sur la base de collection, d’abstraction : on parle du « raciste », hop, vous êtes incapable d’envisager la personne et vous sautez immédiatement à « la population ».
          Que voulez vous qu’il en ressorte ?
          Rien. Tout cela est parfaitement absurde.

          Et pour votre gouverne, des « gauchistes antiracistes » ça n’existe pas (en tout cas je n’en ait jamais vu un seul) et par conséquent je ne peux pas les pourfendre. Les gauchistes sont tous fondamentalement des racistes, c’est à dire qu’ils raisonnent sur la base d’un aspect d’une personne et module ses droits en fonction de cet aspect. Le fait de choisir un aspect génétique, phénotypique, culturel ou social ne fait évidemment aucune différence de principe ou de fond.

          Et non, je ne me dis pas
          « on peut laisser des racistes […]. Ces racistes resteront à jamais minoritaires. »
          Je dis : mais enfin vous ne voyez pas que Obama est un pur produit du racisme ? Que Nixon a du démissionner simplement pour avoir espionner ses adversaires politiques, et qu’on tolère d’Obama, juste parce qu’il est noir et dans le camps du bien, qu’il lance le fisc aux trousses de ses adversaires politiques ? que Taubira est une raciste patentée ? Que c’est du racisme pur que de refuser qu’elle soit représentée en singe dans la tradition de « ces animaux qui nous gouvernent » ?
          Les racistes ne sont pas minoritaires. Ils gouvernent. Et ils gouvernent parce que VOUS votez pour eux (pas moi). Et ils gouvernent dans le sens que VOUS souhaitez : moins de tolérance, moins de liberté, plus de « bien », plus « d’antiracisme » (soi-disant), coute que coute, à coups de matraque et d’amende et d’impôts.
          Plus tolérante, notre société ? sérieusement, vous y croyez ? Moi je crois que vous êtes bien de votre époque, bien aligné avec ses croyances, « mainstream », et que du coup vous ne pouvez même pas voir ses intolérances puisque ce sont aussi les vôtres.

          • @P :
            Nixon a bombardé le Cambodge, causant la mort de plus d’un demi million d’innocents, ce qui augmenta le soutien des civils pour la dictature des Khmers rouges. Mais rien n’y fait: aux yeux des pourfendeurs des gauchistes, c’est Obama le pire président de tous les temps, il est pire que Nixon, pire que Bush, pire que tous les « Vrais Américains » qui l’ont précédé, et qui eux au moins avait un vrai certificat de naissance.

            Il est temps que les gauchistes ouvrent les yeux ! Obama n’est pas responsable de ses succès, de ses diplômes, de ses enfants bien éduqués ! (par contre il est responsable des échecs de Bush.) Ouvrez les yeux ! Les succès d’Obama résultent des privilèges dont lui et les minorités jouissent ! Ne comprenez-vous donc pas ! Les minorités ont tous les droits ! Tandis que les soi-disant racistes n’ont même pas le droit de comparer Taubira à un singe ! Où est donc passé son humour à cette Taubira ? On ne peut plus rien dire dans notre société multiculturaliste actuelle, il y avait beaucoup plus de tolérance avant ! Du temps des lois ségrégationnistes de Jim Crow ! Cessons la propagande gauchiste des « mainstream media » !

            • Je partage totalement votre opinion.
              Et je complète en estimant qu ‘ avec les recul du temps, les Sud-Africains avaient raison.

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