Pourquoi le tueur de Michael Brown aurait été acquitté

Justice (Crédits Michael Coghlan (licence CC-BY-SA)

Les témoignages discordants et le manque de preuves physiques rendaient le doute raisonnable plausible.

Par Jacob Sullum, depuis les États-Unis.

Justice credits Michael Coghlan (licence creative commons)

Étant donné les circonstances particulières de la mort de Michael Brown, on peut comprendre que bien des personnes aient été consternées par la décision prise par le grand jury de lever les accusations contre l’agent de police qui a tué ce jeune homme noir désarmé de 18 ans originaire de Ferguson, dans le Missouri, l’été dernier. Mais si Darren Wilson avait été inculpé, il aurait probablement été acquitté par la suite, justement parce que des détails importants de sa confrontation avec Brown restent flous.

Voilà ce qu’on peut considérer comme certain : un peu après midi, le 9 août, Wilson voit Brown avec un ami, Dorian Johnson, âgé de 22 ans. Ils se tiennent sur la chaussée et le policier leur dit de marcher sur le trottoir. Johnson répond qu’ils sont presque arrivés à destination, et Wilson les dépasse, pour s’arrêter ensuite juste à côté de Brown.

Ensuite, la confrontation a lieu, et là, les versions divergent selon les témoignages. Dans un cas, Wilson a attrapé Brown et a menacé de lui tirer dessus alors que Brown tentait de fuir, dans l’autre, Brown a donné un coup de poing à Wilson et essayé d’attraper son arme. Le pistolet de Wilson a tiré deux fois à l’intérieur du véhicule, et une des balles a frôlé la main de Brown. Brown et Johnson ont fui à ce moment-là, et Wilson est sorti du véhicule. Il a tiré 10 balles supplémentaires sur Brown, le touchant au moins six fois.

D’après certains témoins, Wilson a tiré sur Brown alors qu’il fuyait, et a continué alors qu’il faisait volte-face, les mains en l’air. D’après d’autres, quand le policier a tiré, Brown s’approchait de lui avec une agressivité évidente.

Wilson affirme qu’il a tué Brown pour se défendre, effrayé par l’adolescent d’1,95m et de 136 kilos qui aurait facilement pu l’immobiliser. Selon les lois en vigueur au Missouri, les tirs étaient justifiés si Wilson était raisonnablement convaincu qu’ils étaient nécessaires pour empêcher Brown de le tuer ou de le blesser grièvement. Wilson peut aussi utiliser une disposition qui établit que la police peut user de force létale si elle estime « immédiatement nécessaire » d’arrêter quelqu’un qui a « commis ou essayé de commettre une infraction grave ». Wilson affirme qu’il a arrêté son véhicule pour confronter Brown et Johnson après avoir entendu l’annonce d’un cambriolage sur sa radio et trouvé que les deux jeunes gens correspondaient à la description des suspects.

Des vidéos de sécurité montrent Brown en train de voler un paquet de cigares dans une supérette plus tôt dans la journée, poussant un employé en sortant. C’est bien un acte délictueux grave, et l’attaque supposée dans la voiture de Wilson en est un aussi. Cela signifie-t-il que Wilson était en droit de tirer sur Brown quand il a fui ?

Pas vraiment. Comme le souligne Paul Cassell, professeur de droit à l’Université d’Utah, le laxisme remarquable de la loi au sujet de la violence policière est « absolument inconstitutionnel », puisqu’il viole le quatrième amendement. Dans le cas Tennessee c. Garner de 1985, la Cour a déclaré qu’un officier de police pouvait user de force létale contre un suspect en fuite seulement s’il constituait une menace de « blessures physiques graves pour le policier ou d’autres personnes ». Quatre ans plus tard, dans Graham c. Connor, la Cour déclare que l’usage de la violence pendant une arrestation est constitutionnelle quand elle est « objectivement raisonnable », ajoutant que « le calcul de la raison d’être de cette violence doit prendre en compte le fait que les policiers sont souvent dans l’obligation de prendre une décision en une fraction de seconde – dans des circonstances tendues, incertaines et évoluant rapidement – sur le niveau de violence nécessaire dans une situation unique ». En bref, la police a le droit de tuer quelqu’un, mais pas aussi facilement que ce qu’affirme la loi du Missouri.

Le plus grand avantage de Wilson, s’il y avait eu procès, est commun à tous les accusés : l’accusation doit pouvoir apporter des preuves tangibles de sa culpabilité. Avec des preuves physiques ambiguës, des témoignages contradictoires et aucune réponse claire à des questions comme « qui est à l’origine de cette violence ? » ou « Wilson a-t-il tiré sur Brown alors que Brown fuyait, qu’il essayait de se rendre, ou qu’il tentait d’attaquer Wilson ? », on peut difficilement imaginer comment c’eût été possible.


Article original titré « Why Michael Brown’s Killer Would Have Been Acquitted » publié par Reason le 25.11.2014. Traduction de Lexane Sirac pour Contrepoints.

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