Étude atmosphérique, particules fines et politique grossière

pollution

contrepoints 938

On va tous mourir. C’est sûr. Et cette fois-ci, ce sont les maladies pulmonaires qui se chargeront d’en finir une fois pour toute avec l’humanité, en commençant par Paris, dont l’atmosphère est, décidément, bien trop irrespirable pour qu’un espoir subsiste. La conclusion est sans appel : vivre à Paris, c’est comme vivre au milieu d’un cendrier plein de mégots fumants

Et la presse s’en donne à cœur joie : en l’espace de quelques heures ont fleuri mille et un articles pour bien faire comprendre à quel point le Parisien moyen vivait dans un smog aussi néfaste que permanent. L’étude menée par AirParif, forcément scientifique, leur permet de balancer sans le moindre doute ce genre d’affirmation péremptoire :

Les conclusions de ces travaux sont claires : le fond de l’air n’est pas frais et il est plus que temps d’agir contre l’exposition chronique aux particules fines, qui serait chaque année responsable de 42 000 décès prématurés en France.

« Qui serait ». Probablement. Si on barbouille la causalité avec des grosses louches de corrélation, par exemple. Si on utilise tous les trucs & astuces statistiques pour amalgamer des effets et en faire autant des multiples causes sous le chapeau pratique et particulièrement vague de « pollution ». Si on veut effrayer le lecteur, aussi.

attention la pollution attaque

Ce ne serait pas la première fois. Ce serait même, en réalité, un classique du genre tant on a pris l’habitude, de nos jours, de nous vendre des vessies écolo-compatibles avec de gros morceaux de visées politiques bien spécifiques pour des lanternes médicales au bout de soi-disant solides lampadaires scientifiques. Cependant, comme je le notais déjà en janvier 2013, on se rend compte que les études qui aboutissent justement à ce chiffre magique effrayant de 42.000 décès supplémentaires sont notoirement plus prudentes que les reprises journaleuses qu’on nous distribue actuellement.

Ainsi, je notais alors le passage suivant de l’étude (en p.4) :

Sur la période 2000-2004, les excès de risque relatif (ERR) associés à une augmentation de 10 μg/m3 des différents indicateurs de pollution, PM10 et PM2.5 (particules de diamètre inférieur à 2,5 μm), NO2 et ozone, étaient respectivement de 1,4%, 1,5%, 1,3% et 0,9% pour la mortalité toutes causes non accidentelles dans la population générale.

Vous avez bien lu : il s’agit d’une augmentation de mortalité de 0,9% à 1,5% ce qui veut dire que si vous avez une chance sur mille de mourir d’un arrêt respiratoire ou cardiaque à cause de la pollution, la présence de PM10 ou PM2.5 ou NO2 ou O3 ou d’un des sept nains de Blanche Neige fait passer ce risque à 1,015 chance sur mille, ce qui bouleverse pas mal le tableau, on en conviendra. Comme j’en vois des sceptiques, mettons que vous ayez une chance sur deux (soit 0,50) de claboter dans la journée ; la présence de PM2.5 fait passer ce risque à 0,5075. L’ampleur de l’horreur saisit à la gorge, n’est-ce pas ?

Du reste, la même association AirParif, tirait en 2013 des conclusions un tantinet moins alarmistes (qui avaient, il faut le noter, assez peu intéressé les journalistes, ceci expliquant peut-être le bel effort présent) ; il est vrai qu’elle ne disposait alors pas des magnifiques équipements coûteux aux noms technicoïdes qui font sérieux comme le light optical aerosol counter qui permet de counter les aérosols au moyen d’un optical sensor assez light, ce qui fait toute la différence avec les années précédentes où on se contentait des moyens banalement habituels.

Et l’utilisation de ces bidulomètres archiprécis a permis d’étudier les particules inférieures à un micron. On est donc passé, en l’espace de quelques années, de particules de 10 microns (les fameux PM10) à des particules de 2.5 microns de large, puis, sentant que ce n’était pas encore suffisant pour prouver que l’air était irrespirable, on est passé à 1 micron. Je ne pense pas m’avancer beaucoup en imaginant que dans trois ou quatre ans, la prochaine étude financée par le contribuable aboutira à la conclusion que l’air parisien est toujours aussi nocif, notamment si l’on tient compte des nuages denses de particules de 0.25 micron de large.

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Mais bon. Lorsqu’on regarde les petits graphiques, la conclusion est pourtant sans grand débat : la qualité de l’air est en constante augmentation à Paris, et, de façon générale, dans les grandes villes de France, même en tenant compte de l’industrie et des automobiles. Certes, on observe logiquement une augmentation de la quantité des moteurs diesel ce qui entraîne une plus grande quantité de PM10 et PM2.5 relâchés. Au passage, il est bon de rappeler que cette augmentation du parc diesel est directement provoquée par … les taxations en folie sur l’essence et le fait que l’État a poussé les Français à se procurer des voitures avec cette motorisation (alors même, doit-on préciser, que les capacités de raffinage locales ne permettent pas de répondre à la demande, et que le diesel est un facteur connu depuis longtemps de production de ces particules fines). Tout ceci est parfaitement logique et politiquement incohérent.

a little crazyBelle gestion que celle de l’État : dans un parfait exemple de politique de Gribouille, on le voit d’un côté faire des pieds et des mains pour prétendre obtenir un air aussi pur que possible (vérifié au micromètre, même) en subventionnant moult associations de lutte pour l’Air Pur Et Des Petits Oiseaux Qui Gazouillent, et de l’autre, on constate qu’il rend ses propres efforts beaucoup plus compliqués en favorisant le diesel au détriment de l’essence, dans une gesticulation fiscale difficilement compréhensible, ou qu’il martyrise les voitures individuelles au profit de gros bus crados, ce qui provoque des bouchons abominables qui entraînent encore plus de pollution et de rejets. Implacable.

Ici, soyons clairs. Il ne s’agit pas de dénigrer l’étude elle-même qui avait précisément pour but de trouver des gros nuages opaques de particules méchantes, et qui les a trouvés, ce qui montre qu’elle a été correctement réalisée. Et comme on abaisse progressivement les seuils de déclenchement des alertes pollution (il suffit de regarder l’historique des normes pour s’en rendre compte) le nombre d’alertes pollution ne peut pas diminuer. Si nous avions conservé les mêmes normes qu’il y a 10 ans pour jauger de la qualité de l’air, AirParif aurait assez peu de grain à moudre et d’alertes à lancer. Cependant, toute scientifique et pointue cette étude soit-elle, il me semble pour le moins hardi d’en conclure comme les journalistes, avec le dramatisme habituel et le badigeon épais de conditionnels, que cette pollution-ci entraîne ces 42.000 morts-là.

Mais au fait, quelle peut-être la raison de ce grand gentil ramdam sur la méchante pollution qui n’arrête pas de grossir et de tuer par dizaine de milliers de pauvres Français innocents (forcément innocents) ? Elle est donnée dans les dernières lignes des articles consacrés à la question : un « plan » (quinquennal ?) est en préparation pour début 2015, assure le brave Christophe Najdovski, frétillant élu à la mairie de Paris (encarté EELV, bien évidemment — le hasard, en politique, n’existe pas). Pour notre Cricri de Combat, le plan aura deux axes : tabasser l’automobiliste en réduisant le volume de la circulation automobile, et tabasser l’automobiliste en faisant ce qu’il faut pour modifier le parc roulant composé de méchants véhicules diesel. Parions que ce tabassage réjouira l’automobiliste et qu’il y aura encore moins d’embouteillages.

Moyennant une pluie d’interdictions, de restrictions et de taxations bien musclées, ces deux axes très complémentaires l’un à l’autre permettront de revenir à l’air sain et pur de Paris, celui du début de la civilisation où seule l’odeur un peu chaude et lourde du caca des bœufs utilisés pour tracter les chariots des habitants (et remplir les programmes électoraux de leurs dirigeants) pouvait troubler les narines locales.

C’est-y-pas formidable, ça, mes petits amis ?

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