Bruno Le Maire, ce « connard » candidat à la présidence de l’UMP

Bruno Le Maire UMP Photos (Creative Commons)

Selon un sondage, Bruno Le Maire est préféré par un Français sur deux pour diriger l’UMP.

Selon un sondage, Bruno Le Maire est préféré par un Français sur deux pour diriger l’UMP. Portrait de cet ambitieux qui pourrait faire de l’ombre à Nicolas Sarkozy.

Par Robin Lewis

Bruno Le Maire UMP Photos (Creative Commons)

C’est un scrutin bien inégal qui s’offre aux adhérents de l’UMP cette année pour l’élection de leur président. D’un côté du ring se trouve Hervé Mariton, le candidat déclaré « libéral-conservateur », et Bruno Le Maire, jeune promu (45 ans), né à Neuilly-sur-Seine, diplômé de l’École Normale Supérieure (ENS) Ulm et de l’ENA, ancien dircab de Dominique de Villepin et ancien ministre de l’Agriculture sous Nicolas Sarkozy. Ce dernier, que l’on retrouve justement à l’opposé du ring, face à ces deux premiers candidats. Dernier arrivé en lice mais premier de par sa stature, l’ancien président est bien entouré, a des moyens et moult réseaux et associations qui le soutiennent. La bataille semble donc inégale, bien qu’il pointe cependant un arrière-goût de « rien n’est joué » en bouche.

L’alternative Bruno Le maire

20h15, tout le monde a pris place, le show peut commencer. Bruno Le Maire arrive sous les vivats des jeunes militants qui forment son avant-garde et se saisit du micro. Seul hic, il ne se tient pas sur mais devant l’estrade. Il est sur le même plan que son public.

Le début de sa prestation est assez banal, reprenant le traditionnel « Hollande est le pire président de la Ve République », critiquant ce dernier sur son manque de priorité aux jeunes, en l’enfonçant sur son « Moi président » et enfin en abordant le thème de la sécurité pour bien montrer que l’on est à un meeting UMP : « Tous les délinquants en prison ! » Cela fait plaisir au public de ce soir (moyenne d’âge : 55 ans) mais ne sait-il pas que nos prisons sont pleines à craquer ? Quid d’une possible réinsertion ?

Suivent les sujets habituels de tout bon meeting et qui ne présentent que peu d’intérêt de par leur récurrence dans la bouche des politiques et leur non-développement ce soir. Forcément, Le Maire a le désir de redonner confiance aux militants en l’UMP, entachée depuis deux ans de scandales politico-financiers à répétition, le dernier en date frappant l’ancien premier ministre François Fillon : « Je désire insuffler à notre mouvement une voie nouvelle pour retrouver confiance en la droite républicaine » ; autant dire que l’on part de loin.

Contrairement à son rival direct, Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire se porte candidat à la présidence de son parti et non à la présidence tout court. En effet, il expose clairement un projet de reconstruction d’une opposition stable et surtout crédible. Ainsi fusent les termes « reconquête », « territoires », « échéances locales », « régionales ». Les idées sont là et plaisent. Le petit nouveau a l’air déterminé à faire le ménage et à « tourner la page du passé ». Seulement, dans un parti comme l’UMP, c’est plus facile à dire qu’à faire. « Je ferai la lumière sur toutes les affaires en cours », clame-t-il. Certes, mais en aura-t-il les moyens ? « Je rendrai les comptes du parti transparents. » Pense-t-il sérieusement qu’on le laissera faire ? Tout dépend de ce qu’on entend par « comptes du parti » car pourra-t-il tout dévoiler à tout le monde en toute impunité ? On le lui souhaite. Bruno Le Maire veut aussi faire la chasse aux élus ne payant pas leur cotisation annuelle au parti ; riche idée mais qui ne fera pas avancer grand-chose. Ainsi, le jeune candidat espère redonner de la crédibilité à son parti qui se trouve au fond du gouffre. C’est beau, frais, plein d’entrain et rassurant pour l’avenir. Seulement, qui peut encore croire à ce genre de promesses idylliques ?

Enfin sont abordées les réformes d’opposition : abrogation des 35h, suppression des régimes spéciaux, réforme du corps législatif, non-cumul de mandats des parlementaires dans le temps. Ce genre de réformes est vital pour la sauvegarde de notre pays enlisé depuis trop longtemps dans la crise. Les propositions du candidat Le Maire sont, dans leur majorité, dignes d’intérêt voire salutaires pour l’avenir de la France. Seulement, nous sommes en droit de nous demander si elles sont véritablement réalisables, applicables. Tant de belles paroles au milieu de ce flot de babillages politiciens, nous promettant la pluie et le beau temps pour finalement ne rien mettre de concret en place ni résoudre un tant soit peu l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. Comment croire un discours aussi réaliste soit-il sans penser un seul instant que de tels changements dans le contexte politique actuel vont bousculer l’ordre établi des oligarques qui nous gouvernent depuis près de 30 ans ?

Le renouveau, c’est maintenant ?

La première chose que l’on peut conclure suite à cette expérience « lemairienne » sur le terrain est que cet homme sait donner de l’espoir à ceux qui viennent l’écouter. Bruno Le Maire sait se mettre en scène, interagir avec son public ; il prend d’ailleurs bien à contre-pied ses rivaux beaucoup plus solennels. Il sait utiliser sa candeur de jeune politique afin de mettre en confiance son auditoire et pouvoir rendre crédible sa vision du renouveau. Le renouveau justement, parlons-en, il sonne comme un air de déjà entendu – « Avec Jospin c’est clair, le président du vrai changement », devise de campagne de Lionel Jospin en 1995, « Le changement c’est maintenant », devise de campagne de François Hollande à l’élection présidentielle de 2012 – qui ne convainc que difficilement car réchauffé. Pour ce qui est du jeu de mots pathétique à la José Bové – « Ah si j’osais Bové », campagne présidentielle de 2007 – n’en parlons pas.

On peut aussi regretter son manque de prise de position quant à l’avenir des motions au sein de l’UMP qui divisent tout le monde sur le caractère de leur existence. Point à éclaircir donc.

Bruno Le Maire a en revanche pris position quant à une possible alliance avec le centre dominé actuellement par l’UDI de Jean-Christophe Lagarde, son président fraîchement élu : « Il y aura des primaires ouvertes à l’UDI » dixit l’intéressé qui prend à nouveau ses distances avec Nicolas Sarkozy sur ce point.

Dans toutes les brèves présentations de Bruno Le Maire que l’on peut entendre actuellement dans les médias, peu, sinon aucune, ne font mention de son parcours au sein de l’École Nationale d’Administration (ENA), école dont sortent près de 50% de nos politiques actuels : ministres, conseillers, secrétaires, cabinets. Comment prôner le renouveau et la différence quand on a le même parcours que ses prédécesseurs ? Les énarques et autres hauts fonctionnaires ont mené notre pays au bord du gouffre de par leur éloignement avec la réalité, et ce serait à l’un d’entre eux de nous annoncer, encore une fois, que cela va changer ?

Sur le thème de la confiance, l’éternelle question du jeune promu ayant peu d’expérience revient sur la table. En effet, au vu de tous les scandales financiers qui frappent tant la droite (Bygmalion, Copé, Kadhafi, Serge Dassault, Bernard Brochant) que la gauche (affaire Cahuzac, le phobique Thévenoud, le trouble Guérini, l’incertain Huchon, etc.), comment gérer une telle machine à imbroglio ? Cela demande de l’expérience, une assise puissante, de gros soutiens, un charisme sans faille, une détermination indéfectible. Bruno Le Maire détient-il toutes ces clefs ? La réponse n’est pas simple à l’heure où chaque soutien compte et où les campagnes se gagnent à quelques voix.

Pour l’heure, les conclusions sont difficiles à établir. Le jeune candidat ambitieux à la présidence de l’UMP suscite un certain espoir chez une proportion non négligeable des sympathisants du parti – ils seraient 31% à le préférer aux deux autres candidats pour la présidence du parti, selon un sondage d’Odoxa publié ce week-end. Il suscite également davantage d’intérêt auprès des Français, qui sont désormais 48% à souhaiter le voir élu à la tête de l’UMP contre 34% à Nicolas Sarkozy, selon ce même sondage. Mais beaucoup d’aléas et de paramètres entrent en jeu dans un tel scrutin et dans une situation aussi tendue que celle que traverse actuellement la droite, voire la politique, française.  On ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec la campagne menée par Jean-Christophe Fromantin, député-maire de Neuilly-sur-Seine, pour la présidence de l’UDI cet automne. Là aussi nous avions face à nous un candidat plutôt jeune, sortant des ornières politiques, possédant un parcours atypique et proposant une réforme globale de la vie politique et de l’économie de notre pays. Le seul hic dans tout cela ? Fromantin a fini dernier de la course à la présidence de son parti avec un score de 11%.


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