Votation suisse du 30 novembre : la campagne s’anime

Suisse credits Romain Pittet (licence creative commons)

Verrons-nous autre chose qu’un triple Non aux initiatives sur le rapatriement de l’or, contre les forfaits fiscaux et contre la surpopulation ?

Par Stéphane Montabert, depuis la Suisse

Suisse credits Romain Pittet (licence creative commons)

Verrons-nous autre chose qu’un triple Non le 30 novembre ? L’hypothèse est peu probable mais pourtant pas complètement à exclure. Tous les sondages ne sont pas dévoilés et certains électeurs ont déjà commencé à voter par correspondance ! Un accident est toujours possible ! Aussi, échaudés par de récentes surprises en votation, les médias et la classe politique prennent les devants.

Au sujet de l’initiative sur l’Or, le 20 minutes d’aujourd’hui propose ainsi une belle page de propagande – une interview de Thomas Jordan où le directeur de la BNS, le devoir de réserve dans la poche, lance un plaidoyer à charge contre l’initiative sans aucun contradicteur. Merveille du journalisme d’information !

On lit dans ses propos des perles de sagesse comme « Peu d’or n’a jamais été un problème lors d’une crise » et autres stupidités tellement consternantes qu’il faudrait les encadrer pour les ressortir lorsque la vraie crise de la monnaie fiduciaire aura éclaté. Dommage qu’à ce moment les Suisses aient d’autres chats à fouetter… Mais aucun doute que M. Jordan touchera son salaire mirobolant jusqu’à la dernière extrémité, peut-être même sous les applaudissements de ceux qu’il a déjà ruinés.

Lac Léman Suisse Credit  Dmitry Shakin (Creative Commons)L’initiative de la gauche contre les forfaits fiscaux donne en revanche lieu à une couverture médiatique plus étendue, avec pas moins de trois reportages d’une RTS qui semble pour une fois avoir retrouvé un semblant d’information équilibrée. Si le reportage à Kusnacht, commune emblématique de la Goldküste, 5 ans après l’abolition du forfait fiscal, laisse l’auditeur sur sa faim – on remarquera par exemple que les statistiques des rentrées fiscales dues aux forfaits fiscaux chassés de Zurich s’arrêtent fort opportunément à 2010 – il n’en est pas de même pour les deux autres sujets sur le thème.

Le grand public apprendra ainsi que de nombreux pays d’Europe ont déjà des formules financièrement aussi intéressantes que le forfait fiscal, offrant autant de point de chute pour les riches étrangers. S’ils souhaitent quitter une Helvétie devenue hostile pour eux, ils n’auront pas à parcourir trop de kilomètres. Londres et la Belgique semblent des destinations privilégiées. Ceux qui pensent encore que la vie sur l’arc lémanique est une merveille inégalable devraient y songer à deux fois. Mention spéciale pour cette intervention de Linda Bourget sous-entendant avec finesse le cynisme international qui règne en matière de fiscalité des grandes fortunes.

L’autre argument vient des cantons romands craignant une diminution des recettes fiscales suite à un succès de l’initiative. Comme de coutume, on entend chanter le mantra du ceux-qui-restent-paieront-pour-ceux-qui-partent, argument central en faveur de l’initiative ; mais l’interview de Philippe Kenel, avocat fiscaliste spécialisé, change quelque peu la donne.

« [La comparaison entre cantons romands et alémaniques ne tient pas la route] tout simplement parce que les cantons alémanique, même sans l’imposition à la dépense, ils sont attractifs, ce qui n’est pas le cas des cantons romands !

Je prends un exemple : à Schwytz, impôt sur la fortune, 0,1%, c’est attractif ; à Genève, 1%, dix fois plus. Il est là le problème. »

Partiront-ils ? Maître Kenel n’en fait aucun mystère :

« Ah ils partiront ! Moi je suis en contact constant avec des clients pour trouver des solutions ailleurs si l’initiative passe. »

Eh oui : ceux-qui-restent pourraient bien être beaucoup moins nombreux en proportion qu’à Zurich, la faute à une fiscalité locale punitive pour les personnes physiques, comparé à la Suisse alémanique. Certes, m’objectera-t-on, ceux-qui-restent paieront donc peut-être encore plus, qui sait ? Il n’est pas interdit de rêver ! On peut se bercer, la foi chevillée au corps, de l’idée que nombre de riches étrangers se laisseront tondre. Mais soyons sérieux quelques secondes : on parle d’un facteur dix entre Genève et Schwytz. Même la classe moyenne déménagerait pour une telle différence. Et si un riche étranger décide de faire ses valises, pourquoi se contenterait-il de changer de canton alors que tant de pays lui tendent les bras ?

On saluera la prestation de l’inénarrable Jean-Christophe Schwaab venu encore une fois exprimer toute l’hostilité qu’il ressent envers les « riches » – une posture qui ne manque pas de sel venant du président romand de l’Association suisse des employés de banque (ASEB), un secteur immanquablement précipité dans les plus grandes difficultés si le Oui l’emporte. Toujours cette histoire de scie et de branche… Mais on a les leaders syndicaux qu’on mérite, n’est-ce pas !

suisse surpopulation rené le honzecQuant à l’initiative d’Ecopop, me direz-vous ? Infrarouge a consacré une émission à son sujet intitulée « Encore restreindre l’immigration ? ». Avec un tel titre, on a un aperçu assez évident des propos.

Une chose est sûre : ces grandes manœuvres augurent de résultats peut-être plus serrés que prévus au soir du 30 novembre. De quoi donner quelques sueurs aux responsables politiques et autres « faiseurs d’opinion », et rendre cette dernière ligne droite de campagne autrement plus animée.


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