États-Unis : l’Obamacare comme arme politique

La complexité d’Obamacare n’est pas seulement réelle mais voulue, comme le révèle son concepteur.

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Obama at the John S. Knight Center Credit Beth Rankin (CC)

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États-Unis : l’Obamacare comme arme politique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 13 novembre 2014
- A +

Par Aurélien Chartier.

Obama at the John S. Knight Center Credit Beth Rankin (CC)

Les libéraux, quel que soit leur pays d’origine, émettent régulièrement des critiques sur la complexité réglementaire qui découle de la volonté de tout réguler émanant des personnalités politiques qui considèrent que tout espace de liberté est une zone de non-droit qu’il faut absolument supprimer. Dans un contexte francophone, on connait désormais l’exemple célèbre du Code du travail et ses 3648 pages, sans oublier la loi ALUR, que son rapporteur présentait comme un texte parmi « les plus longs de la Ve République ». Aux États-Unis, cette complexité en devient une arme politique dans le cadre de l’Obamacare.

Professeur au MIT, Jonathan Gruber est un spécialiste des lois concernant la santé. Contributeur aux réformes de Mitt Romney dans son État du Massachusetts, il a ensuite été un consultant sur le projet de réforme de l’assurance santé du gouvernement Obama, pour lequel il a été payé près de 400 000 dollars. Membre du parti démocrate, il a aidé la Maison Blanche dans la conception de l’Obamacare, au point d’être envoyé au Capitole pour aider les membres du Congrès à rédiger le texte de loi. Conséquence de son rôle central dans cette réforme, il est qualifié d’architecte de l’Obamacare. C’est pourquoi son intervention récente sur ce sujet prend une certaine ampleur quand il déclare que le manque de transparence était nécessaire au passage du texte de loi.

Je cite :

Le texte a été écrit de façon alambiquée pour éviter que le CBO [NdT : Congressional Budget Office, l’équivalent de la Cour des Comptes aux États-Unis] ne fasse passer les contributions comme impôts. Si c’est le cas, le texte ne peut pas passer. Donc, le texte est écrit pour faire en sorte d’éviter ça. En termes de subventions, si vous avez une loi qui spécifie que les gens en bonne santé vont payer pour les gens malades, la loi ne peut pas passer… Le manque de transparence est une arme politique importante. En gros, vous pouvez appeler ça la stupidité de l’électeur Américain ou ce que vous voulez, mais c’était critique pour que la loi passe. J’aurais aimé que le texte de loi puisse être transparent, mais l’objectif principal, c’est que la loi passe.

Jonathan Gruber admet donc que la loi est passée de façon à court-circuiter les recours usuels du processus législatif américain et que l’un des effets principaux de l’Obamacare sera de faire payer les gens en bonne santé pour ceux qui sont malades. Contacté par plusieurs chaînes de télévision pour s’expliquer sur cette vidéo, l’économiste a refusé de s’exprimer chez les conservateurs de Fox news et préféré s’exprimer sur la chaîne progressiste MSNBC.

Dans cette interview, il déclare regretter ses commentaires, avant d’expliquer que rendre un texte de loi illisible est une pratique courante, en remontant aux mandats des présidents américains précédents, Bill Clinton and George W. Bush.

Passant outre la complicité quasiment affichée de l’interviewer de MSNBC, ces commentaires reflètent malheureusement la tendance actuelle de la politique aux États-Unis de laisser le pouvoir aux technocrates, en considérant qu’ils savent mieux que le reste de la population ce qui est bon pour eux. Jonathan Gruber ne s’excuse d’ailleurs pas d’avoir écrit le texte de façon alambiquée, mais juste d’avoir fait des commentaires inappropriés. Il se pourrait cependant que les électeurs américains ne soient pas aussi stupides qu’il ne le pense, eux qui ont voté massivement pour le parti Républicain aux dernières élections.

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  • Rien de neuf.

    Souvenez-vous, le débat sur Obamacare, en 2010.

    La crapule Nancy Pelosi lâchant, dans un délire orwélien terrifiant : « nous devons voter le texte pour découvrir ce qu’il y a dedans ».

    « We Have to Pass the Bill to Find Out What’s In It »

    http://www.youtube.com/watch?v=hV-05TLiiLU

    Pelosi.. la patronne des démocrates !

    Même phénomène lors des premiers stimulus packages, votés en urgence sous Bush dès octobre 2008… Ils votaient sans lire.

    Les « bills » font maintenant des milliers de pages. Les élus ne les lisent pas.

    L’interview de Gruber est extraordinaire, car n’étant pas un politicien, il se révèle avec une remarquable ingénuité (et même une bonne dose de stupidité).

    Le passage le plus important est sans doute celui sur la « stupidité des électeurs américains ».

    C’est bien le coeur du problème, qui pollue tout le reste.

    Pelosi une arch-crapule. Mais elle n’a été « rendue possible » que par l’insondable bêtise du populo, au fil des années.

    Même chose chez nous : Sans-Dent, Royal, Montebourg, Valls, Sarkozy… et tous leurs complices.

    Ils ne sont pas là par hasard. Et ils ne sont pas ce qu’ils sont par hasard.

    Reflet vomitif de nous-mêmes. Miroir abject.

  • C’est impressionnant !!!
    Je ne comprends pas comment on peut être à la fois prof au MIT (une des plus prestigieuses universités mondiales) et être socialiste et fourbe à ce point.
    Car le socialisme invoque une profonde méconnaissance de la nature humaine et des principes qui forment une société libre. Le socialisme n’a rien de rationnel. Comment peut-on taffé dans une école glorifiant la raison et la science et dire des conneries pareilles.

    • Mais ce ne sont absolument pas des « conneries ».

      Gruber, comme tous les cinglés qui veulent faire notre bonheur, s’appuient bel et bien sur la nature humaine, contrairement à ce que vous dites.

      Oui, il était relativement facile d’intoxiquer les veaux-électeurs US avec Obamacare.

      Oui, il aurait été beaucoup plus difficile de les enfumer si les enjeux et les moyens avaient été clairement expliqués.

      En quoi ce sont des « conneries » ?

      C’est simplement une volonté de puissance, ou du cynisme. Appelez cela comme vous voulez.

      Mais une chose est certaine : ça marche.

      Et ça marche grosso modo depuis… que l’homme est homme.

      La seule chose comique c’est que lorsqu’un complice dévoile le pot aux roses, périodiquement, les gens poussent des cris d’étonnement.

      • Les gens qui révèle le poteau rose sont la plupart du temps pointé du doigt, méprisé.

        La colère se dirige contre celui qui a pointé du doigt l’arnaqueur plutôt que contre l’arnaqueur.

        J’imagine un agent d’immeuble devant un juge dire qu’il était nécessaire de cacher les vices sinon l’acheteur aurait refusé de l’acheter.

        Mais dans ce cas précis, personnes n’ira en prison pour escroquerie.

    • Il est impossible d’être à la fois socialiste, intelligent et honnête…

  • J’avoue que je ne comprends pas bien: dans tout système d’assurance, celui qui est indemne paye pour celui qui est atteint, non? Le système s’appuie simplement sur le fait que les indemnes sont plus nombreux que les atteints. Cela s’appèle la mutualisation du risque.
    Alors pourquoi chercher à le présenter autrement?

    • Ce n’est pas le sujet. Mais, oui, tout système d’assurance privé fonctionne comme ca.
      Obamacare rajoute le fait que les gens ne payent pas en fonction du risque (un sportif sain paye autant qu’un obèse qui fume 3 paquets par jour), ce qui donne de mauvaises incitations, et le fait qu’il n’y a aucune compétition, ce qui supprime toute incitation à une bonne gestion ou à une amélioration qualitative des soins.

      • Le gros diabétique fumeur coûtera moins longtemps que le sportif donc pas bcp plus cher voir moins. Ce qui coûte cher ce sont les vieux .

      • S’il faut se mettre à calculer le risque que chaque individu représente, avec les progrès de la génétique, on n’a pas fini!

  • Gruber est (maintenant) honnête, et je ne pense pas que ça date d’hier et d’Obama. David Friedman donne un exemple vécu : cacher des faits n’allant pas dans le sens voulu. Ici :
    http://daviddfriedman.blogspot.com/2014/11/implications-of-academic-dishonesty.html

    La démocratie dont avoir des règles particulières si elle mérite son nom : voir des implicationsvariées pour la France, sur Turgot :
    http://blog.turgot.org/index.php?post/Braun-charte

  • je vous conseille de lire John C. Goodman spécialiste du système de santé américain. aux usa, le système de santé et d’assurance maladie est loin être un système libre, et présente de nombreux dysfonctionnements qui sont non pas une conséquence du marché libre, mais des interventions étatiques. Des règlementations coûteuses sur les assurances ou l’exercice de la médecine, des montants délirants accordés en dommages-intérêts pour les patients (donc des assurances responsabilité civile faramineuses pour les médecins et hôpitaux), des pratiques inefficientes (telles que la césarienne systématique pour les accouchements…). lisez ceci (et les liens externes en dessous de l’article): http://www.wikiberal.org/wiki/Assurance_maladie_aux_%C3%89tats-Unis En 2009 aux usa, 49% des dépenses de santé étaient couvertes par l’État et 34% par les assurances privées. la santé américaine ne ressemble pas vraiment à un marché de concurrence pure et parfaite, mais plutôt à une jungle de conflits d’intérêts et de monopoles privés. Les régulations en vigueur sont titanesques et font tout pour bloquer la concurrence plus que pour l’aider. Les États-Unis ont probablement le pire système de santé qui soit parmi les pays développés. le budget de santé total est à 17% du PIB pour les USA . l’État américain a dépensé en 2009 en moyenne 3700$ par habitant. ce système de santé en plus ce système coute très cher et c’est en grande partie à cause des avocats. faire un procès pour pomper de l’argent à son médecin est un sport national. cette petite étude de 96 dont les résultats sont là http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/8678157 explique le problème. SUr trois ans d’étude sur un seul campus medical du Michigan de 92 à 94, entre 28% et 35% du Chiffre d’affaire a été payé en dommages et intérêts. Pour comprendre le pillage des avocats, seul 12% de ces sommes là ont été versés aux plaignants …
    Ces chiffres sont vieux et aujourd’hui encore le pillage organisé par les Avocats sur la médecine mais aussi et surtout toute l’économie US s’est encore accéléré. EN ce qui concerne la médecine. A ce surcout énorme, il y a une pratique qui s’est développée qui s’appelle la « defensive medecine ». C’est à dire que pour limiter la ruine que les avocats font peser sur la tête des médecins, ceux ci multiplient les actes inutiles et donc fait exploser le coût pour le client final. Ce que Bastiat dans la vitre cassée disait « ce qui ne se voit pas ».
    Pour faire simple. EN france vous allez voir le médecin car vous avez mal à la tête. Il va vous renvoyer chez vous avec de l’aspirine et si ça ne passe pas, on fera des études supplémentaires … Dans 99% des cas, ça s’arrête la. Aux Etats Unis, si par malheur vous faites partie du 1% des cas, le médecin sera ruiné. DOnc il va vous prescrire pour 5000 dollars d’études diverses et variées à titre préventif. Bien entendu, c’est aussi son intérêt puisqu’au final il aura gagné plus d’argent sur votre dos dans 99% des cas !!!
    J’étais tombé sur une étude de al Duke University qui affirmait que le système légale américain coutait au pays en moyenne 1,8% du PIB chaque année … Voilà la taille de la fraude. Il faut comprendre qu’en France les technocrates sont les fonctionnaires, ils tiennent l’état et l’assemblée ils font les lois et pillent le pays. AUx Etats Unis, ce sont les avocats. Ils possèdent l’état, le parlement et le système judiciaire. Ils votent donc les lois pour leur enrichissement personnel. Là ou en France le pillage passe par l’état (ce sont des fonctionnaires), aux Etats Unis, cela passe par le privé et le vote systématiques de lois qui permettent aux avocats de se saisir de tout. Par bien des aspects le système légal américain est une poubelle. Par exemple il n’existe aucun système de responsabilité. Par exemple, vous attaquez n’importe qui pour n’importe quoi et même si vous perdez, il n’y a pas de dommages et intérêts sauf si dans un deuxième temps on vous attaque pour cela. C’est assez pratique pour permettre aux avocats de développer leur business en toute impunité.
    Nous vivons une époque ou les technocrates irresponsables se sont saisis des leviers de l’état t partout ils utilisent la loi pour piller les pays à leurs intérêts exclusifs. Les Etats Unis sont un système qui est je pense à bien des égards n’a rien à envier au pillage des énarques français.
    La loi et son usage est au coeur du problème partout.
    Il n’existe pas de système de santé qui soit parfait mais s’il y a un modèle de santé à suivre c’est celui de singapour (et non pas celui des pays bas). http://accessh.org/wp-content/uploads/2014/08/affordable-excellence-French.pdf http://www.minarchisteqc.com/2010/01/privatisation-du-systeme-de-sante-lexemple-de-singapour/

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