La chute non surprenante du mur de Berlin, 25 ans plus tard

Chute du Mur de Berlin CC Flickr Raphaël Thiémard

Ce 9 novembre marque le 25e anniversaire de la chute du « mur de la honte ».

Par Pierre-Guy Veer.

Chute du Mur de Berlin CC Flickr Raphaël Thiémard

Ce 9 novembre marque le vingt-cinquième anniversaire de la chute du mur de la honte. À cette occasion, outre la diffusion en boucle de Wind of Change, plusieurs affirmeront que la chute du mur, et l’effondrement du communisme qui s’en est suivi, furent une surprise totale pour tous.

Pour tous… sauf les tenants de l’École autrichienne d’économie. Non seulement cette école de pensée fut la plus farouche opposante au communisme et à l’étatisme des cent dernières années, mais elle fut aussi la seule à prédire l’impossibilité de sa réalisation.

Le tout a commencé au XIXe siècle avec Carl Menger, le fondateur de l’école autrichienne. Indépendamment avec deux autres économistes, il a découvert le principe de l’utilité marginale : si vous avez soif, le premier verre d’eau est une bénédiction. Mais chaque verre supplémentaire apporte de moins en moins de satisfaction. Et comme certains sont davantage assoiffés, il n’existe pas de façon objective de calculer la soif.

En d’autres termes, il n’existe pas de façon objective de connaitre les préférences des individus, la valeur est subjetive. Cette théorie se reflète dans le salaire ; en effet, ce dernier n’est pas déterminé par la quantité de travail mais bien par la quantité de « valeur » produite, c’est-à-dire l’utilité de ce travail pour les autres. Ainsi, malgré toute leur attention, des travailleurs ont peu de chance de gagner beaucoup s’ils construisent une Ford Modèle T.

Marx était donc dans l’erreur avec ses théories économiques qui défendaient la valeur objective des salaires. C’est ce qui lui a inspiré ses sornettes sur la plus-value volée aux travailleurs.

Un système voué à l’échec

Mais au-delà des erreurs de Marx sur la valeur, personne n’a posé une question fondamentale : est-ce que le communisme peut fonctionner ? Les marxistes l’affirmeront, la victoire du communisme est inévitable, tout comme celle du capitalisme qui a supplanté le féodalisme, quand « le bon temps » sera arrivé. Après la Seconde Guerre mondiale, le communisme était même vu comme une alternative valable au capitalisme et un modèle pour tous les travailleurs durant le boom d’après-guerre.

Heureusement, les Autrichiens n’ont pas été dupes de cette acceptation de la tyrannie. Ludwig von Mises, un des plus grands économistes du XXe siècle, a prédit la chute du communisme en 1921. Il a démontré que les marxistes devaient recourir à des attaques ad hominem en désignant leurs critiques comme des « sycophantes de la bourgeoisie » afin de pallier leur manque d’argument dans la défense de leurs théories.

Mais surtout, il a montré l’impossibilité patente de la planification centralisée. En effet, l’allocation efficace des ressources ne peut s’effectuer qu’à l’aide des prix, qui ne peuvent exister qu’avec la propriété privée. En supposant une inflation nulle, les prix permettent de refléter la rareté d’un produit et/ou sa demande.

Par exemple, les prix du pétrole ont fortement chuté durant les derniers mois. Cela est dû à une baisse de la demande à cause de la fin de l’été et/ou une trop forte production par rapport à la demande mondiale. Cela expliquerait pourquoi des pays de l’OPEP veulent diminuer leur production.

Mais sous un régime communiste sans propriété privée, il est impossible de savoir si les ressources sont bien utilisées. Produit-on assez de chaussures ? Cette route a-t-elle le bon tracé ? Devrait-on planter du maïs ou du blé ? Sans prix, ces questions demeurent sans réponse. Il y aura donc un fort gaspillage, comme ce fut le cas en URSS. Par exemple, les fabricants de clous étaient payés selon la masse de la production totale. Toutefois, les clous étaient inutilisables car trop gros. Si les fabricants avaient pu faire des profits, ils auraient immédiatement su que leur produit était peu demandés.

L’étudiant le plus célèbre de Mises, le Prix Nobel Friedrich Hayek, a aussi démontré les dangers du communisme et de la planification centralisée. Dans son chef-d’œuvre La route de la servitude, il a montré que les gouvernements voulant planifier l’économie deviennent invariablement des dictatures.

Il ne peut en être autrement. Dès que l’autorité centrale a décidé de la marche à suivre, elle doit s’assurer qu’absolument rien n’en dévie. Du contrôle de la presse à celui de la science, absolument tout doit être consacré à la réalisation du plan. Cela explique l’archaïsme est-allemand ; les planificateurs devaient s’assurer que rien « d’indésirable » ne se présente pour s’assurer qu’on ne questionne pas la « sagesse » de leurs plans.

La chute du communisme était inévitable, avec ou sans la « Guerre des étoiles » de Reagan, et seule l’École autrichienne l’a vue venir. Puisque les Autrichiens voient l’économie pour ce qu’elle est vraiment, à savoir une étude de l’action humaine et non une série de formules compliquées et inutiles, ils ont pu prédire que l’URSS allait s’effondrer. Ils ont même vu venir la bulle immobilière dès 2001 car l’argent facile ne conduit pas à la prospérité durable.

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