Raréfaction de l’emploi, redistribution et décroissance de l’État

chômeur credits isobrown (licence creative commons)

Comment distribue-t-on l’oisiveté en occident au XXIème siècle ?

Par Aster.

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« Nous vivons une crise grave. » « Le chômage va finir par se résorber. » Deux hypothèses fortes qui ne font qu’une seule. Ce ne sont que des hypothèses. Le monde et l’économie ne sont pourtant pas de grosses machines ronronnantes et immuables. Les dynamiques changent, nos sociétés avec.

Si le chômage explose c’est qu’il y a moins de travail, malgré les bullshit jobs, le travail se raréfie. S’agit-il d’un état temporaire ou d’une tendance de fond ? La France, pour ne parler que d’elle, s’asphyxie avec 10% de chômage officiel (30% ?), mais, vers combien glissons-nous ? 20 ? 30 ? Combien de « faux emplois » (voir l’article relatif aux bullshit jobs) va devoir soutenir l’économie d’ici 2034 (20 ans, c’est loin). Rappelons qu’en 1994 l’internet n’était probablement pas chez vous, vous n’aviez pas de téléphone portable, nous avions encore le franc, nous étions déjà « en crise » et le service militaire était encore là..

« La mine est vide, tous les filons sont épuisés. »
« Creuse encore ! »

Ne va-t-on pas tuer le malade à vouloir à tout prix le soigner ? Dans la configuration actuelle, on rejette tout ce qui détruit de l’emploi. Une machine magique coûte le salaire d’un ouvrier et permet de produire autant qu’avec 100 ouvrier, on l’arrête la frontière. La machine ci-dessus est symbolique, elle existe, mais on ne lui a pas encore barré la route. En revanche sous prétexte de « protéger l’emploi » on met des bâtons dans les roues à l’économie.

Parlons du psychodrame lié à l’absence de travail.

Le mythe du travail

Il y a de grandes corrélations économiques qui ne sont valables qu’un temps, celle de la quantité d’énergie et de la richesse d’un pays, celle de l’emploi et de la richesse d’un pays. Sont-elles en train de changer ?

Aujourd’hui plus que jamais perdre son emploi est une perte de revenus et de statut social importante. Notons que l’aspect statut social / espoir est peut-être plus important aujourd’hui qu’avant. Être en stage sans rémunération est mieux vu qu’être sans emploi.

Ce mythe du travail est malsain, on investit ressources monétaires et énergie au prétexte de le préserver, on remplit des administrations de cohortes « d’agents », on crée des « emplois d’avenir » dont le nom, approuvé par Orwell, reflète peut-être le fond du problème. Peut-on avoir un avenir sans avoir un emploi.

Qui peut soutenir devant un miroir qu’un droit du travail dont la taille se mesure en dizaine de milliers de pages (code et « conventions ») n’est pas une injure à l’équité face à la justice ?

La réflexion du temps de travail

Sous cet angle, la réflexion des 35h n’était peut-être pas dépourvue de sens. Sa mise en œuvre l’a transformé en une augmentation généralisée des salaires. Quand l’idée de départ était plus de constater la rareté du travail et d’en favoriser le partage, la mise en œuvre a consisté à rentre le travail plus cher et donc le raréfier encore plus.

Comment distribue-t-on l’oisiveté en occident au XXIème siècle ?

Si être un homme de 35 ans avec des études implique avoir un emploi ou être une merde. Pour d’autres, on a construit des images de retraité, d’étudiant, de mère au foyer où l’absence d’emploi est vue comme parfaitement normale.

Le passage d’un statut à l’autre se fait généralement difficilement.

Cette société nous coûte

Travailler coûte de l’argent, des locaux, du matériel, des déplacements, de la nourriture accessible. Ce coût est certain. La production du travail l’est moins. Ces armées de stagiaires aux archives, ces employés de l’avenir qui ne coûtent rien mais n’ont rien à faire… Ils sont tous heureux d’avoir un salaire ou une expérience en plus à mettre sur leur CV mais il n’est pas impossible qu’ils détruisent des ressources plus qu’ils n’en développent.

Je ne blâme personne ici, j’énonce des faits. Ils ne sont ni coupables d’avoir des ambitions, ni coupables d’être tombés au mauvais endroit au mauvais moment.

Maintenir la pression sur ceux qui ne trouvent pas d’emploi et soutenir cette subtile fiscalité incitative doit bien coûter quelques millions et probablement quelques milliards en frais directs et indirects.

Le revenu de base

On peut être libéral autant que l’on veut, je pense qu’il est un peu illusoire de croire qu’en chaque français un libéral radical sommeille. Le socialisme est bien ancré en France. Et la proposition de revenu de base à l’avantage de concilier une volonté de redistribution avec une équité et une facilité de gestion unique.

Cette notion est entourée de fausse questions et de faux principes : « comment peut-on donner de l’argent comme ça, il sortira d’où cet argent d’abord ? », « comment peut-on donner de l’argent à des gens qui ne travaillent pas ? ». L’argent coule déjà à flot de l’État, et des mannes sont dépensés en gestion et en flicage de ceux qui s’acharnent à chercher un travail là où il n’y en a pas.

La libéralisation de l’économie

Est-ce qu’il n’y aurait pas à travers ce revenu de base l’opportunité d’absorber d’autres aides, de délégitimer les législations autour de l’économie et du travail ? Pourquoi ne pas laisser plus de portes ouvertes si l’on s’assure que les individus qui composent la société se portent bien.

Les salaires minimums sont des gouffres pour les emplois à faible productivité. Un revenu de base c’est aussi rendre un peu plus sexy pour le travailleur les emplois moins bien payés. Nous ne sommes pas dans une économie où ces emplois à faible valeur ajoutée empêchent le développement d’autres activités, nous sommes dans une économie où il est impossible de trouver un emploi pour beaucoup.


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