Centristes : l’approche ratée de Manuel Valls

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits : Parti Socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Faut-il se réjouir du fait que le Modem et l’UDI signifient une fin de non recevoir aux avances du PS ? Assurément oui.

Par Le Parisien Libéral.

Manuel Valls en juin 2014 (Crédits Philippe Grangeaud Parti Socialiste, licence Creative Commons)

En général, quand quelqu’un est en train de se noyer, on ne rejette pas son bras qui tente de s’agripper au canot de sauvetage. On tend sa main vers la sienne, afin de le hisser à bord. Alors, faut-il se réjouir du fait que, bien que François Hollande et Manuel Valls fassent de l’œil aux centristes en leur proposant une « alliance des progressistes », le Modem et l’UDI lui signifient une fin de non recevoir ?

Eh bien oui !

Les centristes ont raison de ne pas vouloir s’associer à un François Hollande et à un Manuel Valls en perdition, et ce pour des raisons de forme aussi bien que de fond. Elles portent sur la personnalité et le bilan de François Hollande et Manuel Valls aussi bien que sur l’opportunité de s’allier à une gauche dont elle prouve tous les jours qu’elle coule et qu’elle entraîne le pays dans son sillage.

Hollande est en permanence dans le flou

François Hollande est passé du statut de député de la première circonscription de la Corrèze et président du conseil général de la Corrèze à celui de président de la République grâce à trois éléments :

  • l’explosion en vol de Dominique Strauss-Kahn,
  • les mensonges de François Hollande durant la campagne (ce qui ne veut pas dire que le programme de Sarkozy était valable),
  • la coalition de votes et de soutiens aux intérêts pourtant divergents : le Parti Socialiste, les communistes et les écolos, et Bayrou.

Sur ce dernier point, ne nous trompons pas. Hollande a rendu hommage au communisme, un système qui a pourtant généré 100 millions de morts. Question : comment des centristes, donc attachés à la démocratie libérale, au fédéralisme européen, à la libre entreprise et aux quatre libertés fondamentales de l’UE, pourraient gouverner avec une personne assez cynique pour rendre hommage au communisme ? Que Bayrou ait trahi les valeurs de sa famille politique ne change rien à l’affaire. Ce faisant, le maire de Pau s’est exclu du centre, qui s’est reconstruit autour de l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI), clairement anti-socialiste. Il n’aura fallu que l’erreur du retour de Bayrou à l’occasion des Européennes pour laisser croire que le Modem existe encore. Valls, fin connaisseur de la vie politique du pays, ne peut ignorer cela.

Le PS est républicain, pas démocrate

Contrepoints-Le-Honzec-valls-ultraliberalToujours au niveau des valeurs, Manuel Valls prouve, jour après jour, qu’il ne partage en rien les valeurs centristes. Ne cesse-t-il pas de répéter que son objectif est de défendre la République, y compris au détriment, s’il le faut, de la démocratie ? Où est le respect de la séparation des pouvoirs ? L’esprit de Montesquieu ne souffle plus à Matignon depuis un moment, mais Manuel Valls a bien fait en sorte qu’il n’y revienne plus.

Et Hollande, quand cela l’arrange, n’affirme-t-il pas que la Commission n’a pas à nous dicter ce que nous avons à faire ? Où est le respect du schéma institutionnel européen que François Hollande, contre l’avis d’une majorité des Français en 2005, y compris au PS, a toujours soutenu ? Tenir de tels propos, contre son avis, mais en ligne avec l’opinion, n’est-ce pas le principe du populisme ?
Enfin, Valls et Hollande, par leurs attaques incessantes contre l’Europe, ne légitiment-ils pas Marine Le Pen, une socialiste cohérente puisque clairement nationaliste ?

Valls est un instable, et change sans arrêt d’avis, comme Hollande

Quel Valls faut-il écouter ? Celui qui déclame sa flamme à la Palestine, ou celui qui énonce son attachement éternel à Israël ? Celui qui dit que la GPA doit être autorisée en France, ou celui qui affirme avec force son opposition à cette pratique ? Celui qui veut affirmer l’autorité de l’État, ou celui qui piétine en public l’autorité de son supérieur hiérarchique, Jean-Marc Ayrault ?

Quel François Hollande faut-il croire ? Celui qui affirme qu’il veut une France apaisée, ou celui qui porte envers et contre tout le mariage pour tous ? Celui qui se dit proche du peuple, ou celui qui dîne chez Laurent et se repose à la Lanterne ? Celui qui affirme que son ennemi c’est la finance, ou celui qui a pour trésorier de campagne un gérant de fonds implanté aux îles Caïmans ?

Hollande a passé dix ans à faire la synthèse entre des gens aussi radicalement différents que Ségolène Royal, Arnaud Montebourg ou Jean-Luc Mélenchon. La seule constance, chez lui, c’est sa recherche du pouvoir.

Soyons quand même précis. Valls et Hollande ne sont pas instables sur tous les sujets. Sur un point précis, ils poursuivent une route précise, route d’ailleurs privilégiée par 99% de la classe politique française : celle du toujours plus d’État, toujours plus de lois.

Pourquoi s’associer à un Premier Ministre et à un Président en situation d’échec ?

Manuel Valls laisse entendre dans les médias que le quinquennat souffre de l’absence des centristes au sein de l’exécutif. C’est faux. Le quinquennat souffre des erreurs d’analyse du PS, qui prouve jour après jour son inaptitude en économie. En 2012 et jusqu’à ce que les frondeurs se réveillent, Hollande avait de quoi mener sa politique : majorité absolue à l’Assemblée Nationale, majorité relative au Sénat, contrôle par le PS des principales villes du pays (Paris, Lyon, Lille, Nantes…), des principaux ministères (Intérieur, Économie, Défense, Affaires étrangères…), des principales collectivités locales (large majorité des régions et départements) et soutien des journalistes.

Ce n’est pas l’absence de centristes au gouvernement qui a abouti à :

  • l’absence d’inversion de la courbe du chômage,
  • la poursuite de plans sociaux comme chez PSA Aulnay sous Bois,
  • l’échec en matière de sécurité (Trocadéro ?),
  • la violente répression de la Manif pour Tous,
  • le bourbier de Notre-Dame-des-Landes,
  • les guerres au Mali, en Centrafrique et en Irak,
  • l’absence de révision des traités européens et le Nein d’Angela Merkel,
  • le vote de nouveaux impôts au lieu de baisser les dépenses,
  • les nombreux scandales internes au PS (Cahuzac, Andrieux, Thévenoud, Kaltenbach, Guérini, Dalongeville, Kucheida…).

Ce sont des décisions de François Hollande ou des faits sur lesquels le PS avait le levier pour agir seul qui ont abouti à cela.

Ce n’est pas la faute des centristes si Hollande a délibérément choisi d’interdire l’espace aérien français à l’avion du président d’un pays contre lequel nous ne sommes pas en guerre. Ce n’est pas la faute des centristes si Valls a choisi de livrer à la justice espagnole une jeune française accusée en Espagne pour des faits non répréhensibles en France.

Il faut que les socialistes assument leurs actes. Apparemment, ce n’est pas leur fort ! Si le PS se sent incapable de gouverner, il sait ce qu’il doit faire : proposer à François Hollande de démissionner, après avoir dissous l’Assemblée Nationale.

En tout cas, voila ce que les centristes doivent demander, sur le plan institutionnel. Après tout, avec leur contre-gouvernement, ne prouvent-ils pas qu’ils sont prêts à gouverner ?


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