Dilma Rousseff réélue : le Brésil divisé

Dilma Rousseff CC Flickr Sala de Imprensa

La candidate du Parti des travailleurs a remporté les élections avec 51,6% des voix.

Par Juan Carlos Hidalgo

Dilma Rousseff CC Flickr Sala de Imprensa

Il n’y avait aucune surprise à attendre des élections au Brésil : comme l’avaient annoncé quelques jours auparavant les sondages, la présidente Dilma Rousseff a battu le sénateur Aécio Neves de plus de 3 points (51,6 % contre 48,6 %). Malgré une forte inflation, les affaires de corruption généralisée et les menaces de récession, le Parti des travailleurs (PT) actuellement au pouvoir a remporté un quatrième mandat sans précédent.

La carte électorale du Brésil dessine un pays divisé : la population pauvre des États du nord et du nord-est a voté pour Rousseff tandis que la plupart des riches des États du sud et du sud-ouest ont opté pour Neves. Cette fracture s’est renforcée au cours des années de règne du PT, à mesure que le parti au pouvoir augmentait les dépenses sociales à chaque nouvelle élection et alertaient les électeurs sur la façon dont l’opposition se débarrasserait de ces programmes si elle était élue.

Bresil 2014

La présidente Rousseff a prononcé un discours placé sous le signe de l’apaisement : elle a promis l’union des Brésiliens, d’être « une bien meilleure présidente » que lors des quatre précédentes années, et d’engager les réformes économiques nécessaires. Peut-elle tenir ces engagements ? Vu le ton acerbe de sa campagne, il sera difficile pour Rousseff de gagner la confiance de la moitié de l’électorat qui a voté pour Neves. Sa campagne électorale n’était pas fondée sur des promesses de lendemains qui chantent, mais sur un discours alarmiste visant à discréditer Neves auprès des pauvres. Par ailleurs, de nouvelles révélations sur les scandales de corruption concernant la firme Petrobras, qui semblent indiquer que Rousseff et son prédécesseur Lula da Silva étaient au courant des magouilles impliquant le géant pétrolier appartenant à l’État, menacent d’entacher son deuxième mandat.

Brésil divisé rené le honzecConcernant l’économie, Rousseff a déclaré durant la campagne qu’elle remplacerait son ministre des Finances, Guido Mantega, accusé d’être responsable des piètres performances économiques du pays. Toutefois, la bourse a accusé le coup aujourd’hui avec une chute de 3 %. Le mauvais état de l’économie n’a pas joué de rôle décisif dans l’élection pour deux raisons : le chômage est demeuré faible – beaucoup de Brésiliens parmi les plus jeunes restent à l’université au lieu de chercher du travail – et le gouvernement a différé la publication des mauvaises statistiques après l’élection.

Dilma Rousseff est-elle disposée à réformer le pays ? C’est peu probable. Comme le souligne Mary O’Grady dans le Wall Street Journal, « Mme Rousseff a mené une campagne en tant que candidate de l’État-providence et de l’anticapitalisme ». Avec une faible croissance inférieure à 1 % et un taux d’inflation extrêmement élevé, les Brésiliens s’interrogent : Rousseff va-t-elle mener des réformes ou miser sur un renforcement des politiques interventionnistes ? En tout cas, il faudra accorder une attention particulière à la liberté de la presse. Nous avons pu constater que, dans d’autres pays d’Amérique latine dirigés par des gouvernements de gauche, lorsque l’économie s’effondre et que les scandales de corruption éclatent, les autorités renforcent leur mainmise sur les médias via un arsenal règlementaire. Le Brésil suivra-t-il ce modèle ?

Pour les quatre années à venir, il y a de bonnes raisons de ne pas être optimiste pour le Brésil.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.