Que faire pour préparer l’après-catastrophe économique ?

Petit tour d’horizon non catastrophiste des actions dont la mise en œuvre est des plus urgentes.

À l’heure où ne cessent de fleurir en librairie les diagnostics le plus souvent passéistes décrivant la situation économique alarmante dans laquelle se trouve plongé notre pays, il apparaît nettement plus vital de se demander, comme Lénine il y a cent douze ans dans un tout autre contexte, que faire pour préparer l’après-catastrophe. Petit tour d’horizon non catastrophiste des actions dont la mise en œuvre est des plus urgentes. À l’attention de ceux qui ont vraiment le souci de leurs descendants, ce qui n’est bien sûr pas le cas de nos gouvernants.

Par Florent Ly-Machabert.

couteau suisse credits brian hertzog (licence creative commons)

Si vous avez cédé aux sirènes médiatiques en acquérant le dernier essai commis par Éric Zemmour, alors j’ai l’ambition, dans cet article, de vous en apprendre plus sur les quarante années qui vont refaire la France que vous n’en avez appris dans les cinq cent quarante-quatre pages du Suicide français, tellement tourné vers le passé que le propos en devient très vite rance et donc très indigeste.

Notre ennemi (en réalité l’un de nos ennemis) n’a pas changé de visage : c’est toujours l’interventionnisme étatique, auteur du plus grand hold-up de tous les temps contre les entrepreneurs et les ménages, dont il frappe de taxes, le plus souvent aveuglément, revenus et patrimoine (Sarkozy puis Hollande en ont ainsi créé près de trois cents nouvelles sur la seule période 2011-2013) ; dont il réglemente la vie économique et prétend régenter la vie privée de façon toujours plus insistante, plus insidieuse et plus indécente (le Code du travail a atteint le rythme de croisière d’une page de plus tous les trois jours) ; qu’il leurre et manipule sans vergogne en agitant sous leur nez la monnaie de singe – j’ai nommé l’euro, mais le dollar n’est évidemment pas en reste – que les banquiers centraux, dont nos gouvernants sont les affidés, ont l’invraisemblable pouvoir de créer ad nauseam, depuis l’annonce par Richard Nixon en 1971 de la fin de la convertibilité du dollar en or et l’effondrement de Bretton Woods.

Il faut avoir le courage de « remettre l’État à sa place », même si, et surtout parce qu’il est déjà « trop tard pour la France », comme l’annonce clairement Cécile Philippe en première de couverture de son dernier ouvrage. S’il ne fait plus de doute – cela n’en a, en réalité, jamais fait – que l’euro ne survivra pas encore dix ans à la crise de confiance qui finira par faire plier, les unes après les autres, toutes les monnaies fiduciaires (c’est-à-dire, rappelons-le au passage, fondées sur la seule confiance qu’on daigne leur accorder), entraînant dans sa chute quelques grandes banques nationales qui jonglent à l’heure où je vous parle, pour les cinq plus importantes, avec un encours de crédits équivalant à près de quatre fois le PIB de la France (ce chiffre, connu de tous, devrait d’ailleurs à lui seul nous faire réfléchir), il n’en reste pas moins que l’État, pour sa part, fera tout pour ne pas être emporté par le péril monétaire et bancaire. Comme sur une île bien connue de l’Union Européenne et en dépit des annonces qui ont été faites, l’État, acculé devant la menace de défaut de paiement, n’hésitera pas à chyprer l’épargne que tant de Français ont mis tant de temps (la faute aux 46,3% de prélèvements obligatoires) à accumuler sur leur livret A, leur livret de développement durable, leur plan d’épargne logement, voire leur assurance-vie, dont il suspendra sine die le remboursement des titres obligataires.

« Originellement nous ne pensons que pour agir. C’est dans le moule de l’action que notre intelligence a été coulée. La spéculation est un luxe, tandis que l’action est une nécessité. » — Henri Bergson

Aussi, sur le plan économique, car il y aurait tant à dire sur les plans politique (c’est-à-dire celui des institutions) et sociétal (c’est-à-dire en réalité spirituel) qui feront l’objet d’articles ultérieurs, trois mesures d’urgence, consensuelles dans les milieux libéraux, s’imposent-elles à compter d’aujourd’hui, ou, pour les procrastinateurs, les amateurs de sensations fortes et de films-catastrophe, et naturellement – car il paraît qu’il en reste – les aveugles interventionnistes, une fois l’édifice bien à terre :

–  Abaisser d’au moins vingt points le niveau des prélèvements obligatoires, en commençant par les impôts frappant les revenus, et réduire conjointement dans la même proportion les dépenses publiques, de façon à avoir un budget enfin à l’équilibre, pour stopper l’engrenage du seul service de la dette (les intérêts annuels) qui pèse autant que le budget du ministère de l’Éducation nationale ; cette mesure inclut notamment la suppression de la TVA, de l’ISF et de bon nombre de cotisations sociales côté recettes et la réduction du périmètre de l’État aux fonctions régaliennes côté dépenses, à savoir la sécurité intérieure (police, justice), la sécurité extérieure (armée), le Trésor. Plus que quatre ministres !

–  Déréglementer et redynamiser simultanément le marché du travail, ce qui passe par la suppression du salaire minimum, l’allègement des charges (tant patronales que salariales) évoquées au point précédent et la flexibilisation des embauches et des licenciements. Certes avec la suppression du SMIC, certains salaires vont baisser, mais surtout des chômeurs vont enfin pouvoir percevoir un revenu du travail et la concurrence accrue qui pèsera entre employeurs fera peu à peu progresser les rémunérations, notamment de ceux qui auront d’abord vu fléchir la leur.

–  Reprendre le contrôle de sa monnaie en réintroduisant une monnaie marchandise (l’or) et en mettant fin au système des réserves fractionnaires à l’origine de la folle création monétaire des quarante dernières années et de l’emballement du crédit fiduciaire, qui a conduit à financer des projets non rentables et à prêter à des emprunteurs non solvables, générant peu à peu des tensions inflationnistes et donc une demande artificielle de biens immobiliers et de titres financiers, en même temps qu’une offre non moins artificielle de titres de dette.

Aussi le salut se trouve-t-il dans une indépendance accrue des ménages et des agents économiques, à la fois vis-à-vis du système bancaire (la désormais fameuse débancarisation), qui prendra utilement la forme d’un investissement défensif dans des actifs tangibles (selon les appétences et compétences de chacun : la pierre, le foncier, les métaux précieux, le vin, les œuvres d’art…), et vis-à-vis de l’État, ce qui suppose d’abord de faire sienne la thèse de la désobéissance civile d’un Thoreau, pour ensuite espérer changer les institutions vers un régime plus protecteur des libertés civiles et politiques, et plus généreux envers elles.

Sur ce dernier point, l’Histoire de France a apporté des réponses précises et efficaces. Reste à analyser dans quelle mesure elles le seraient encore dans un siècle qui demeure encore largement à écrire…