Ouvrons les portes à bien plus d’immigration !

porte credits wee keat shin (licence creative commons)

Les immigrés remonteraient-ils la moyenne ?

Par A. Barton Hinkle, depuis les États-Unis.

porte credits wee keat shin (licence creative commons)

En décembre 2012, le chef de la majorité à la Chambre des Représentants, Eric Cantor, a écrit l’esquisse d’une mesure soutenue par les républicains pour laisser entrer davantage de scientifiques et d’ingénieurs étrangers. Le texte, devant dessiner un changement post-électoral de position des républicains sur l’immigration, montre la ferveur avec laquelle certains conservateurs attendent le salut de leur parti d’une plus grande ouverture sur la question. Peut-être sera-ce le cas, ou peut-être pas. Mais ça pourrait constituer le salut du pays entier.

Comparés aux Américains de souche, les immigrants sont plus susceptibles de démarrer une entreprise, et plus encore d’en lancer une qui aura un succès foudroyant, plus susceptibles de travailler, et moins susceptibles de commettre des crimes. Ils sont également prêts à accepter des emplois que de nombreux Américains refusent.

Les immigrants constituent 13% de la population américaine, mais 18% des propriétaires de petites entreprises, note Jillian Kay Melchior dans la National Review, et ils emploient 4,7 millions d’Américains. Selon The Economist, les immigrés ou leurs enfants représentent 40% des fondateurs des sociétés du Fortune 500.

Le pourcentage d’immigrants, légaux ou non, au travail est plus élevé que celui des Américains nés dans le pays. Beaucoup d’entre eux, présents par un programme de visa temporaire dit visas H-2A, effectuent des travaux manuels difficiles, comme les récoltes ou travaillent dans les usines de volaille. Pourtant, parce que le programme ne permet pas suffisamment de travailleurs invités, « des directeurs d’usines dans les deux Carolines […] ont dû se tourner vers les prisons pour avoir assez le main d’œuvre sur leurs chaines de production » rapportent les McClatchy Newspapers. Hélas, le programme H-2A est bureaucratique, pesant, inefficace et labyrinthique. Il ne permet que des travailleurs saisonniers, et non ceux qui seraient employés à l’année. Et il ne « fournit pas les travailleurs assez vite quand les fermiers en ont le plus besoin », comme un autre titre récent le formulait.

Mais attendez un instant ; avec tant d’Américains sans emploi, pourquoi ne pas prendre des locaux plutôt que de demander des travailleurs étrangers ? C’est exactement ce que John Harold, agriculteur dans le Colorado, a voulu faire l’an dernier. « Il ne m’a pas fallu six heures pour me rendre compte que j’avais fait une sacrée erreur », a-t-il dit par la suite au New York Times. « Six heures m’ont suffi, pour que la première vague de travailleurs locaux prennent leur pause. Certains ne sont jamais revenus, sans donner de raison. Vingt-cinq d’entre eux ont explicitement dit, selon les registres de l’exploitation, que le travail était trop dur. »

L’histoire empire encore. En un peu plus d’une décennie, le nombre de visas que les États-Unis offrent aux travailleurs qualifiés a chuté d’un tiers, selon The Economist. Résultat : des talents qui auraient pu créer des emplois ici sont allés s’implanter ailleurs. Le magazine raconte l’histoire de Anand et Shikha Chhatpar, ingénieurs indiens, qui ont démarré une entreprise qui conçoit des applications pour Facebook. Malgré le succès de l’entreprise (qui a payé plus d’un quart de million de dollars d’impôts), leurs visas ont été refusés, et ils sont retournés en Inde. Selon The Economist, « la proportion de start-ups de la Silicon Valley dont un des fondateurs est immigré a chuté de 52% à 44% depuis 2005 ».

Les Américains qui n’apprécient pas d’avoir à rivaliser avec les immigrés pour les emplois souffrent d’une double illusion. Tout d’abord, ils supposent que l’offre d’emplois est fixe, et que nous serions tous mieux avec une population plus petite. C’est catégoriquement faux. Les immigrants ne sont pas seulement des salariés ; ils sont aussi employeurs et consommateurs. Deuxièmement, parler des immigrants qui prennent « nos » emplois suppose que certains ont des droits antérieurs sur des emplois pour lesquels ils n’ont pas été engagés. Le terme qui décrit le mieux cette attitude est « croire que tout leur est dû ».

Mais les immigrants ne font-ils pas grimper la délinquance ? En fait, non. Prenez l’Arizona, l’épicentre du sentiment anti-immigration. Comme le notait un article de 2010 dans le Washington Times, « dans la dernière décennie, au fur et à mesure que les immigrants illégaux ont été attirés en nombre record par le boom immobilier, le taux de crimes violents à Phoenix et dans tout l’État a diminué de plus de 20%, une baisse plus forte que le taux global de criminalité des États-Unis ». Il en va de même au niveau du pays tout entier : une étude de 2007 a conclu que « pour chaque groupe ethnique, sans exception, les taux d’incarcération chez les jeunes hommes sont plus bas pour les immigrés ». L’Immigration Policy Center, qui a produit ce rapport, a déclaré par ailleurs qu’« un siècle entier de recherche a démontré que les immigrés sont moins susceptibles de commettre des crimes […] que ceux qui sont nés dans le pays ».

Tout ce qui concerne les immigrés n’est certes pas aussi brillant. Dans l’article du National Review déjà cité, Melchior note que le nombre de non-citoyens qui reçoivent des coupons alimentaires a quadruplé depuis 2001. Toutefois, c’est surtout Washington qu’il faut blâmer. Que ce soit les radio-novelas produites par le Département de l’Agriculture américain poussant à l’inscription pour recevoir ces coupons alimentaires, ou bien les slogans du type venez-chercher-dès-maintenant-des-trucs-gratuits sur le site web WelcometoUSA.gov, il faut reconnaître que « l’extension délibérée de l’assistanat a été particulièrement dirigée vers les immigrants ». Étant donnée la tendance naturelle des immigrants à lutter pour s’élever dans la société, c’est profondément honteux.

Quoiqu’il en soit, la dépendance à l’État-Providence a explosé aussi chez les natifs. Il n’y a plus que 2,5 travailleurs pour chaque destinataire de Medicaid, contre 18 il y a 40 ans. Face à chaque personne qui dépend de l’aide publique, il n’y a que 1,65 personne (oui, vous avez bien lu) employée dans le secteur privé. Au fur et à mesure que les baby-boomers partent à la retraite, le fardeau des dépenses sociales ne fera que croître sur ceux qui resteront. Sans élagages massifs et donc politiquement improbables, il va falloir beaucoup plus d’épaules pour aider à le porter.


Traduction par Benjamin Guyot pour Contrepoints de « Let’s open the doors to lots more immigration » publié par Reason.