Tabac : la liberté plutôt que la répression

cigarette credits corrie (licence creative commons)

« Je propose donc au gouvernement d’essayer une voie nouvelle pour lutter contre la tabagie : la seule que nous réclamons : la liberté et sa fidèle compagne, la prospérité. »

Par Olivier Méresse.

cigarette credits corrie (licence creative commons)

Le paquet de cigarettes dit neutre, c’est-à-dire dépourvu de logotype et de toute décoration commerciale, est la mesure phare du plan anti-tabac présenté le 25 septembre dernier par Marisol Touraine, notre ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes. Le 8 octobre, elle nous a assuré qu’il devrait arriver début 2016 dans les bureaux de tabac.

Pour l’instant, seule l’Australie a mis en place une telle mesure et vous conviendrez qu’il faut être vicieux pour aller aux antipodes copier la seule législation fasciste de ce pays par ailleurs exemplairement libéral. Ce qu’on appelle un paquet neutre est tout sauf neutre puisque les photos de gangrène ou de cancer ainsi que de fort peu subtils avertissements sanitaires occupent la majeure part de sa surface. La marque et le type des cigarettes n’y est noté qu’en tout petit dans une typographie standardisée sur le bas du paquet, ce qui ne devrait pas faciliter la vie des buralistes.

Cette mesure s’inscrit dans une vaste lignée de mesures délirantes : taxation à 400 % ; augmentations continues du prix du paquet ; interdiction du tabac à la télévision, dans les lieux publics, dans les cafés, bars, brasseries, restaurants, bureaux, ateliers, tous lieux on ne peut plus privés ; interdiction de la publicité pour les industries du tabac ; campagnes anti-tabac toujours plus nombreuses en revanche ; multiplication des avertissements sanitaires ; informations dans les écoles, et tant d’autres. Pourtant, les adolescents, particulièrement les jeunes filles, n’ont jamais été aussi nombreux à fumer et il serait peut-être temps de s’interroger sur l’inefficacité de toutes ces mesures.

Généralement, ce sont les cadres qui vont faire un peu de course à pied au bois le dimanche matin tandis que ce sont les chômeurs qui vont au bistrot du quartier dépenser leurs allocations. C’est l’exact contraire de ce que nous devrions observer puisque la course à pied coûte beaucoup moins cher que de boire des canons de rouge sur le zinc. L’explication que je me permets de donner à cet apparent paradoxe est que le cadre se projette dans l’avenir tandis que le chômeur s’efforce de supporter le présent. Le premier surveille et entretient son rythme cardiaque là où le second essaie d’oublier dans l’instant, par une jouissance immédiate, la misère de sa condition.

Je propose donc au gouvernement d’essayer une voie nouvelle pour lutter contre la tabagie : la seule que nous réclamons : la liberté et sa fidèle compagne, la prospérité. Laissez-nous travailler, laissez-nous investir, laissez-nous nous enrichir : cela nous redonnera l’envie de penser à long terme. Montrez aux adolescents que la vie n’est pas qu’une succession de formulaires à remplir, d’impôts à supporter, de taxes à acquitter. Qu’il existe d’autres horizons que de se faire prélever ou subventionner, interdire ou obliger. Laissez à ces enfants des raisons de croire que demain peut être meilleur qu’aujourd’hui, de croire en l’avenir, en un avenir enthousiasmant… et vous les verrez prendre soin d’eux.

Je vous propose de concentrer vos efforts sur les fumeurs. Pour ses deux paquets de Marlboro quotidiens un gros fumeur est maintenant amputé de plus de 400 euros chaque mois. Redonnez-lui du pouvoir d’achat plutôt que de l’enfoncer dans sa condition misérable de toxicomane, et lui aussi pourra se remettre à faire des projets, partir en vacances, peut-être même faire du sport.

Lors de la dernière augmentation des prix du tabac je me souviens avoir vu au journal télévisé une femme âgée ayant beaucoup de classe, parlant fort bien et fort bien apprêtée — ce pourrait être votre mère — expliquer qu’elle était passée au tabac à rouler pour des raisons budgétaires. N’avez-vous rien de mieux à faire, vous qui nous gouvernez, que de dégrader cette noble dame en la contraignant à se comporter comme un vieux tatoué, mataf sur son rafiot ou taulard en cabane ?

Une fois encore le gouvernement prête à la publicité plus de pouvoir qu’elle n’en a. Et par quel mystère les jolis paquets colorés feraient-ils fumer les adolescents tandis que les campagnes anti-tabac ne parviendraient pas à les en dissuader ? Le rôle des marques, des emballages ou de la publicité a d’abord pour effet d’orienter les clients vers les cigarettes légères, ou sans additifs, vers la cigarette électronique ou toute autre innovation salutaire.

Chers gouvernants, essayez la prospérité, et qui sait si vous n’y trouverez pas certains avantages, d’autres effets bénéfiques induits ? Tout ce à quoi vous êtes parvenu pour l’instant est de donner une odeur à la liberté, celle de ces volutes de fumée que vous vous échinez à réprimer sans succès.