« La Boisselière » de Sylviane Chatelain

Dans « La Boisselière », Sylviane Chatelain met en présence des personnages vivant une période troublée.

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« La Boisselière » de Sylviane Chatelain

Publié le 11 octobre 2014
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Par Francis Richard.

richardDans les époques troubles, il est bien difficile de savoir quel comportement adopter. D’aucuns, poussés par la nécessité, font ce qu’ils ne feraient pas d’ordinaire, d’autres révèlent leur vraie nature, qui peut être de subir sans regimber ou, au contraire, de s’imposer, sans scrupules et sans gêne.

Dans La Boisselière, Sylviane Chatelain met en présence de tels personnages, dans leur diversité. La période est troublée. L’auteur ne précise pas pourquoi. En tout cas, il semble que les villes ne soient pas sûres et que, finalement, les villages et les demeures isolées dans les campagnes le soient davantage.

La Boisselière est le nom d’une maison de retraite, qui a connu son heure de gloire et qui comprend d’un côté d’une route étroite goudronnée un manoir, une villa, une remise, de l’autre un jardin avec des pelouses, des plates-bandes, des allées dallées et des bancs, le tout situé près d’une forêt, loin de toute habitation, à l’exception d’une ferme, sur les hauteurs, celle du vieil Armand.

Les pensionnaires ne sont plus très nombreux. Il y a Henriette et son chat, Hortense, le couple Bertin. Le personnel est réduit de même, puisqu’il n’est composé que de Robert, le responsable de l’établissement, d’Hugo, l’homme à tout faire, et de deux femmes, Hélène et Sarah, laquelle est toujours un peu triste et n’a qu’un souhait, celui de s’en aller retrouver Jérôme qu’elle aime et qui ne lui écrit plus.

Le narrateur, pour reconstituer cette histoire, tant bien que mal, ne dispose que de peu d’éléments. Il a lu le journal d’Hélène, le carnet d’Henriette, les lettres que cette dernière a reçues de son fils, il a trouvé également sur la place, maintenant désertée, quelques photographies, quelques mots sur des feuilles isolées, des vêtements et des objets laissés par les uns et les autres : « Je dois comprendre, savoir pourquoi ils sont partis, ce qu’ils sont devenus. »

Trois couples et les enfants de deux d’entre eux viennent faire halte à La Boisselière : Marc, Julie et leurs deux petits garçons, Etienne et David ; André, mal en point, Marthe et leur fille Chloé, accompagnée du chien Martin ; Paul et Irène. Ils fuient la menace imprécise. Ils veulent gagner un village, où ils ont de la famille, à quelques jours de marche. En fait, ils vont rester plus longtemps que prévu en ce début d’hiver : « Le temps passe et la maison s’engourdit. »

Un jour, Robert ouvre la porte à trois hommes, en exode eux aussi, Léo, Denis et Daniel, lequel paraît encore très jeune. Mais ils n’ont rien à voir avec les premiers arrivés. Ils sont pour le moins inquiétants. Robert n’aurait pas dû leur ouvrir. Car ils vont s’incruster, bouleverser l’ordre précaire des êtres et des choses, construire, dans un but inconnu, une cabane, aujourd’hui détruite par un incendie…

Le narrateur n’apparaît que de temps en temps, à la première personne. Le reste du temps, jouant son rôle, il narre, recréant l’atmosphère lourde qui règne alors dans ces murs, la menace imposée de l’intérieur par les trois derniers arrivés s’ajoutant à la menace extérieure indéfinie, qui fait fuir les gens sur les routes ; reconstituant souvent les mêmes événements du point de vue de l’un des personnages, puis de celui d’un autre.

Une des seules lueurs dans cette sombre histoire, où les départs se succèdent et où le mystère ne se dissipe finalement qu’en partie, est cette branche d’arbre qui s’appuie à la fenêtre de la chambre d’Henriette et qui apparaît comme l’aile d’un ange à ses yeux… Une autre est le style superbe de l’auteur qui, par exemple, décrit en ces termes le retour timide du printemps :

« Le temps passe. Les heures transparentes d’un après-midi de printemps. Les feuilles ne sont pas encore ouvertes, leurs petits poings tendus entre les mailles serrées des branches. Les prés sont rêches, l’herbe meurtrie par le gel. D’innombrables piques d’un vert acide en percent la surface, seule partie visible d’une armée engourdie dans les profondeurs de la terre, qui attend pour s’ébranler le signal du départ, la première brûlure du soleil. »

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