« Aventures de » de Pierric Tenthorey

Une déconstruction qui fait penser à la version de Mulholland Drive, de David Lynch, où le chapitrage du DVD est aléatoire et où ce film mythique révèle ainsi toutes ses facettes…

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« Aventures de » de Pierric Tenthorey

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 8 octobre 2014
- A +

Par Francis Richard.
richardL’être humain est doué de raison et il éprouve une solidarité naturelle à l’égard de ses semblables. D’accord. Mais il y a aussi en lui une part d’irrationnel qui ne demande qu’à s’épanouir et une autre part, de misanthropie celle-là, qui ne manque pas de se nourrir du spectacle des autres. Dans son roman Aventures de, dont le titre est inachevé comme peuvent l’être les textes qu’il contient, Pierric Tenthorey, fait place à ces deux parts que recèle l’être humain.

Avez-vous déjà lu un livre où les numéros de pages se trouvent à la fin de l’ouvrage, à charge pour le lecteur de les découper et de les placer où bon lui semble ? Avez-vous déjà lu un roman, que le lecteur doit monter lui-même à partir de nouvelles en kit ? Avez-vous lu un ouvrage où les notes parsemées dans les textes pourraient bien être aussi, voire plus, importantes que ces textes eux-mêmes ?

Eh bien, Aventures de est ce type de livre, ce type de roman, composé de neuf chapitres, numérotés, eux, en chiffres romains, mais qui ne sont pas vraiment la suite des uns des autres. Cette déconstruction me fait penser à la version de Mulholland Drive, de David Lynch, où le chapitrage du DVD est aléatoire et où ce film mythique révèle ainsi toutes ses facettes…

Certes, tout lecteur, quand il habite un livre, le vit à sa façon, le ressent même parfois d’une manière imprévue par l’auteur qui l’a commis, mais il est tout de même guidé, quels que soient les allers et retours, voulus par l’auteur, qu’emprunte le récit dans le temps. Dans Aventures de, rien de tel.

Le lecteur y est laissé à l’abandon. Alors, à tout prendre, il vaut mieux qu’il s’abandonne vraiment, qu’il ne cherche pas obstinément à trouver un sens à ce qu’il lit, qu’il fasse appel à ses sensations, comme le narrateur qui en engraisse un carnet, et qu’il grappille tout ce qui peut évoquer quelque chose en lui.

Le narrateur dit: « Il est facile de commencer une histoire, mais il est également facile d’en finir. » Mais il ne veut pas céder à ces facilités. Il ne veut pas non plus, semble-t-il, que le lecteur y cède non plus. Alors, il commence à raconter plusieurs histoires et n’en achève qu’une (pour lui montrer combien c’est facile de le faire), mais il ne veut pas qu’il prenne pour autant de mauvaises habitudes…

Si le lecteur y songe un tant soit peu, la vie n’est-elle pas composée que de passages inracontables, parce que « la vie, ça ne s’embrasse pas »? Quand l’esprit vagabonde, ne saute-t-il pas du coq à l’âne ? ne se raconte-t-il pas des histoires sans queue ni tête ? Ici, sont-ce bien des histoires ? Ne sont-ce pas des digressions ? Ne disserte-t-il pas, par exemple, à plusieurs reprises sur les correspondances entre lumière et musique : « La musique donne un rythme extérieur comme la lumière une couleur extérieure »?

Le récit est le plus souvent anonyme. Mais le narrateur ne veut pas la mort du lecteur. Alors il lui concède, ici ou là, quelques noms propres pour ne pas le désespérer. S’il ne veut pas le désespérer, il sait tout de même le faire attendre. Aussi n’évoque-t-il la rencontre avec « elle » qu’au chapitre V, pour dire au chapitre VI, qui le suit peut-être un peu, qu' »il n’était pas question du mot de 5 lettres entre eux ».

Avec Deleuze, le narrateur dit qu’une rencontre avec l’une d’elles, c’est toujours décevant, tout en admettant que « c’est joli quand elles sont dans l’âge où on ne sait pas si on doit dire fille ou femme », tout en ajoutant qu’il n’y a pas de risque à plaisanter: « L’humour de séduction ne met pas en danger celui qui le formule. » Plus loin, au chapitre VII, apparaît une petite lueur:

« Donc il y a lui et il y a elle et ils se rapprochent et on regarde. Ils essaient de se voir à travers le miroir et ça ne marche pas si mal. Sauf quelques erreurs, des « tu aimes ça toi? Ah bon. », des « tu ne m’as pas écouté, hein ? », mais on ne s’en tire pas si mal. »

Parmi les références de l’auteur il y a donc Deleuze, mais aussi Beckett, mentionné dans les notes et rangé parmi les grands. Pour les belles phrases, il cite Flaubert et Proust, valeurs sûres, qui figurent également dans les notes, confirmant l’importance de celles-ci, qu’un lecteur, les croyant futiles a priori, aurait donc tort de négliger.

Tandis qu’il écrit des mots comme il les pense dans sa petite tête, en disant les choses également comme il les pense, le narrateur se demande, à propos des livres, s’il est bien raisonnable « de vouloir ajouter encore alors qu’on n’a pas fini de comprendre le tout déjà là » et, en silence, il n’a pas peur de s’affliger cette pensée, non dénuée d’humour : « Rajouter Les Aventures de quand on n’a pas lu Homère ! »

Pourquoi pas. Mais il serait bien dommage de ne jamais lire Homère…

Pierric Tenthorey, Aventures de, L’Age d’Homme, 112 pages.

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