« La Barrière des peaux » de Claire Genoux

Avec Claire Genoux, les mots ne sont pas de simples mots : ce sont des notes musicales qui sont en harmonie avec les images qu’ils suscitent.

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« La Barrière des peaux » de Claire Genoux

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 septembre 2014
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Par Francis Richard.

francis richardL’esprit souvent vagabonde. À qui n’est-il pas arrivé de lire les lignes d’un livre et de s’apercevoir tout d’un coup qu’il ne se souvient pas de ce qu’il vient de lire ? À qui n’est-il pas arrivé de penser à des événements vécus qui se succèdent dans son esprit dans un ordre bien à lui, qui est tout sauf chronologique ?

L’esprit de l’héroïne du roman de Claire Genoux, La Barrière des peaux, vagabonde ainsi :

« Luna ne sait plus vraiment dans quel ordre se sont produits les événements de sa vie et lesquels ont entraîné les autres. »

Aussi est-ce au lecteur de reconstituer les morceaux du puzzle de sa vie chaotique. À huit ans, Luna a appris que sa maman était partie pour un voyage et qu’elle lui écrirait. Mais il était vraisemblable que c’était un voyage dont elle ne reviendrait pas. Car la maison familiale a été vendue. Luna a été envoyée en pensionnat. Ils se sont occupés de tout. Ils ? Vraisemblablement ses grands-parents :

« Tu vas profiter d’un beau pensionnat dans la nature. Tu vas apprendre l’anglais. Tu vas apprendre les mathématiques, tu vas pouvoir jouer. Tu te rends compte la chance que tu as. Tu crois qu’on nous aurait appris l’anglais à nous. Tu crois qu’on aurait eu cette chance. »

Quelques années plus tard, avec Rémi, Luna projette d’acquérir un appartement-terrasse en ville. Encore faut-il que la vieille qui y habite passe de vie à trépas :

« Elle est en mauvais état. À l’âge qu’elle a, c’est une affaire de quelques semaines même si elle a de la chance. Il n’y a pas à se bouffer le ventre pour ça. »

Justement, en attendant, Luna a mal au ventre. En restant indéfiniment en vie, la vieille les a contraints, Rémi et elle, à s’installer provisoirement dans un studio, qui se trouve à proximité :

« Quand elle est couchée, Luna ne peut pas le nier, ça la bousille du dedans cette histoire de la vieille. Pourquoi elle ne laisse pas la place. Pourquoi elle s’incruste. Elle s’est glissée dans les trous, bien profond, elle mord de l’intérieur là où les mots et les cris d’avant sont enterrés. Maintenant cela fait une boule froide sous le pull qu’elle peut toucher avec les doigts. »

En attendant, pour faire quelque chose de ces jours – Rémi, lui, a sa musique – Luna se met, par exemple, à écrire un poème, assise à une terrasse de café, dans son cahier à spirales :

« Elle écoute le grattement de la plume, le mince déchirement que ça fait sur la page. Elle n’écoute rien d’autre. Elle regarde l’image du poème, reste un long moment dans cette minute comme dans une journée d’hiver où la mer n’agit plus. »

Luna s’est inscrite à l’atelier d’écriture de D., écrivain qui jouit d’une certaine notoriété ici et qui nourrit de grandes ambitions outre-Atlantique. Elle fantasme sur cet élégant et impénitent fumeur de cigarettes, qui a toujours un paquet de Dunhill rouge et or sous la main :

« Elle se demande comment ce serait d’embrasser les lèvres de D., s’il y a le goût très fort de la cigarette ou non, s’il y a beaucoup de salive dans la bouche. »

Au long du récit les contours des différents morceaux du puzzle de sa vie finissent par se dessiner de manière de plus en précise. Ce qui permettra finalement de les emboîter. Le lecteur apprend ainsi par touches successives ce qui est arrivé à la maman de Luna, ce qu’il advient du projet d’acquisition d’appartement-terrasse, ce que Luna écrit à l’atelier de D et en dehors, ce que lui réserve la fréquentation de D. au milieu de ses étudiantes et surtout quelle boule mystérieuse s’est formée dans son ventre.

Avec Claire Genoux, les mots ne sont pas de simples mots : ce sont des notes musicales qui sont en harmonie avec les images qu’ils suscitent. Sensuels, ils s’accordent également avec le récit, lequel est par moment d’une sensualité intense. Poétiques, ils sont propices à entraîner le lecteur dans le tourbillon des vies réelle et rêvée de Luna et à lui ouvrir la barrière des peaux pour y découvrir les secrets qu’elles recèlent.

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