Deux réformes libérales de gauche

Supprimer l’assistanat des entreprises et rendre les salariés actionnaires : deux réformes libérales qui pourraient faire partie d’un programme de gauche.

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Deux réformes libérales de gauche

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 20 septembre 2014
- A +

Par Emmanuel Bourgerie.

travailleurs credits jarvis (licence creative commons)

Le libéralisme est souvent perçu comme une doctrine dite « de droite », qui serait fondamentalement opposée aux idées de gauche. J’ai publié de nombreux articles pour tenter de démontrer que non, ce n’est pas incompatible en soi, et que si la majorité des libéraux actuels s’identifient comme appartenant à la droite, ce n’est pas une caractéristique fondamentale du libéralisme, mais tout au plus une coïncidence historique. Il y a aussi l’idée récurrente qu’un libéral serait de droite sur les questions économiques et de gauche sur les questions sociétales, ce qui je pense est un raccourci grossier. J’aimerais donc ici proposer deux réformes économiques profondes et libérales qui pourraient très bien faire partie d’un programme « de gauche ».

Supprimer l’assistanat des entreprises

Les entreprises ne sont pas des personnes, elles n’ont pas à être aidées financièrement quand elles vont mal. Il y a au total 110 milliards d’aides en tous genres pour les entreprises, et il serait très légitime de poser la question de leur efficacité.

Si une entreprise va mal, elle n’a pas besoin du biberon de l’État, mais de se remettre en question. Si elle n’est plus en mesure de fournir des produits et services qu’attendent ses clients, alors elle doit faire faillite. La concurrence impose aux entreprises une discipline extrêmement stricte, mais pour de bonnes raisons : personne ne veut payer pour soutenir un patron qui ne fait pas son travail.

Personnellement, je trouve intolérable que l’argent des impôts aille aider les patrons incompétents. Ils ont pris des risques en parfaite connaissance de cause, font des profits quand ils s’en sortent mais doivent assumer leurs pertes s’ils se débrouillent mal. Quant à l’inquiétude vis-à-vis des salariés, elle est légitime, mais chaque euro donné à une entreprise en mauvaise santé est un euro de moins qui aurait pu financer un emploi durable dans une autre entreprise.

J’ai parfaitement conscience de l’opposition politique qui se manifesterait face à une telle mesure, mais il faut se rendre compte que le maquis actuel n’est pas de la politique économique vertueuse, mais du corporatisme pur et simple, que socialistes comme libéraux pourraient souhaiter voir disparaitre du paysage économique français.

Rendre les salariés actionnaires

Un des problèmes de l’économie française est que nous avons un fort taux d’épargne, mais que cette épargne ne va pas irriguer l’investissement des entreprises françaises. Dans le même temps, une contradiction m’échappe : un des thèmes chers à la gauche est la volonté que chaque salarié ne soit pas un simple outil dans son entreprise mais qu’il détienne une « part du gâteau » si je puis dire.

contrepoints 711 libéralisme de gaucheEh bien pourquoi alors avoir mis en place un système de retraites intégralement par répartition, et s’apparentant à une Pyramide de Ponzi, alors que si les salariés avaient eu moins de cotisations à payer, ils auraient pu (même au travers d’outils encadrés) accumuler de l’épargne et du capital ? Nous n’aurions jamais eu aujourd’hui cette concentration extrême du capital dans quelques mains. Je sais que c’est un sujet assez complexe, touchant à de nombreux autres sujets comme la retraite, la taxation du capital, etc., mais il reste la place pour une réforme de gauche, favorisant moins de répartition et plus de capitalisation.

Le capital est ce qui alimente la croissance du secteur marchand, et c’est un placement. Il y aurait la possibilité d’écrire une formidable réforme qui ne coûterait rien à court terme aux travailleurs, mais à plus long terme leur permettrait de bénéficier eux aussi des profits que font les entreprises. Si les actionnaires font des profits indécents, pourquoi tenter de les interdire ou de les taxer quand on peut faire des salariés des actionnaires eux aussi ?


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  • Je ne sais pas si c’est le même auteur qui répété la même bêtise, mais plusieurs lecteurs de contrepoints ont déjà fait remarqué à plusieurs reprises dans les commentaires qu’il n’y a pas 110 milliards d’euros d’aide par an à l’état, la majorité de ces « aides » sont constitués d’exonérations de charges…

    • pourquoi imposer un smic que l’on compense par une exonération d’une partie de la rémunération ?

      Il serait plus sain de laisser les patrons fixer le salaire librement, de verser le salaire complet aux salariés( charge à eux de souscrire aux assurances sociales) et de redonner le complément aux personnes ( neotion de revenu universel) ?

      nous preferons faire autrement… c’est plus compliqué.

      • Oui tout à fait mais justement retirer les exonérations de charge actuellement existante nous éloignerait de l’objectif de suppression total des charges.

      • @ cap2006

        « nous preferons faire autrement… c’est plus compliqué. »

        Ce n’est pas seulement plus compliqué. Ca permet à l’état d’alourdir les fardeaux de l’entreprise sans impacter le salarié puisque souvent (pas toujours) ans impact sur le salaire brut ou net du salarié, mais le salarié le payant par le chomage à cause de ce p’tain de patron.

        Si le contrat de travail mentionnait le salaire super brut* du salarié, celui-ci verrait son salaire directement affecté par toute nouvelle charge ou variation de charge décidés par l’état sans compensation par son employeur et il pourrait donc clairement identifier le responsable.

        Si c’est sa compagnie d’assurance il en changera suivant le concurrence sur le marché. Si c’est l’état il en changera quand il aura à faire des choix.

    • Cet article s’adresse à des socialistes. Et je ne vous apprendrais pas qu’ils sont les premiers à résumer les exonérations de charge par « On fait des cadeaux aux patrons ! »
      Inutile de compliquer l’article avec des considérations qui ne seront pas comprises.

    • Les aides directes (les vraies sorties de fonds) ça fait une vingtaine de milliards, un tiers de l’IS.

  • J’adhère à vos propositions qui reviennent à permettre l’accès de tous aux bienfaits du capitalisme (comme le Pape l’a d’ailleurs préconisé). Toutefois, la distinction gauche / droite est inopérante en la matière. Il serait plus pertinent de distinguer collectivistes / non collectivistes. Malheureusement, autant la gauche que la droite sont collectivistes dans ce pays. On attend encore une proposition politique anti-collectiviste, histoire de redonner enfin du sens à cette démocratie affadie, pervertie par la pensée inique.

  • Tiré de l’article :

    « Personnellement, je trouve [1] intolérable [2] que l’argent des impôts aille aider les patrons incompétents. Ils ont pris des risques [3] en parfaite connaissance de cause, [4] font des profits quand ils s’en sortent mais doivent assumer leurs pertes [5] s’ils se débrouillent mal.

    1- Ah un libéral intolérant !

    2- Strawman : je vous pose une proposition fausse et je vais donc vous montrer que j’ai raison.

    M. Bourgerie ne s’est pas posé la question de savoir s’il est normal que ce soit les entreprises qui financent la politique familiale (perso je ne vois pas le rapport), la formation professionnelle (et l’Ednat ça sert à quoi?), les transports et finalement le summum la santé en balançant du pognon dans un puits sans fond(s).

    3- en parfaite connaissance de cause.

    M. Bougerie comme tout socialiste n’a à priori jamais eu à gérer une entreprise avec des lois et des règlements qui changent tout le temps et des taxes qui s’ajoutent aux taxes et des charges toujours plus élevées.
    Imaginez M. Bougerie que vous preniez le départ du rallye Paris Dakar en ayant tout bien calculé (devis de poids, consommation, pièces de rechange) et qu’en cours de route vous soyez sans prévenir obligé de prendre un passager clandestin avec une valise de 500kg, vous impose des arrêts pipi toutes les heures et que le commissaire de course vous annonce chaque soir quel était le règlement de l’étape du jour pour chaque participant individuellement… commissaire de course qui en plus sème des clous sur votre trajet.

    4- profits : vous noterez que l’état participe aux profits mais pas aux pertes… comme les salariés en fait et comme tous ceux prompts à dénoncer les dividendes (qui ne sont souvent que la rémunération du dirigeant non salarié et des investisseurs).

    5- une entreprise en pertes c’est donc pour vous des « patrons incompétents » et qui « se débrouillent mal » : chic ! on peut donc dire pareil pour l’état ?…

    CONSTERNANT…

  • Pas plus de gauche que de droite ces mesures… Et même pas du tout de gauche. Hélas.

    Ces libéraux qui voudraient être de gauche (et se disent sans doute que ça passera mieux comme ça et que le libéralisme deviendra à la mode) se trompent au moins autant que les « libéraux » étatistes qu’on voit parfois en politique.

    La droite à en partie et vaguement une tradition libérale… mais la gauche ? Niet, tovarich !

  • Je voudrai savoir au niveau de la reforme du code du travail si les ibéraux sont favorable au maintien de la protection la protection sociale pour la femme enceinte.
    C’est-à dire :
    – interdiction de la licencier (sauf licenciement économique) pendant ses congés (ou arrêt de travail) durant la maternité

    • Comme quoi hein, être libéral, ça ne tient pas à grand chose. 🙂

      La protection des salariés d’une certaine catégorie conduit à l’augmentation du taux de chomage de cette catégorie : femme, senior, handicapé, etc… et finalement la surprotection globale au surchomage global.

      Voir salarié sur wikiberal.org

    • Est-il préférable de travailler, d’engranger des revenus et de l’expérience, même si le contrat est interrompu du fait d’une maternité, ou de rester au chômage ou précaire jusqu’à 30 ans et plus sous l’effet de protections illusoires qui sont autant de barrières à l’emploi pour les personnes « protégées » ?

      Toute restriction au licenciement est en réalité une interdiction à l’embauche.

      • Vous confirmez mes craintes.
        En refusant à la femme enceinte de conserver, de droit, son emploi dans l’entreprise et en permettant à l’employeur de la licencier (pour cause d’absenteisme) pendant sa maternité, le système libéral que vous souhaitez est franchement dégueulasse et inacceptable.

        • Oui ça pique un peu… et pourtant, imagine :

          Tu souhaites embaucher 1 baby sitter et tu as le choix entre 2 personnes A et B, A qui est enceinte (disons de 3 mois) et B qui ne l’est pas : sachant qu’en cas d’arrêt maladie/maternité tu devras embaucher une nouvelle baby sitter ET continuer à payer la précédente… tu embauches laquelle ?

          Quand il s’agit de choix personnels, la majorité des gens font des choix différents des choix qu’ils font quand c’est le groupe qui paie. Et pourtant quand c’est le groupe qui paie, ce sont bien eux qui paient.
          D’où vient à ton avis la différence de salaire hommes-femmes. Ce qui est marrant c’est que cette différence les suit jusqu’à la retraite, donc hors des périodes de procréation… ce sont bien elles qui paient.
          Donc en y regardant bien, un salaire 20% plus élevé pendant 40 ans ça fait 8 ans de congés maternité anticipés… Tu trouves pas que vous le payez un peu cher votre droit ? Et tout ça sans compter la discrimination que ça créé à l’embauche… double peine, mais t’as un droit !

          Oui le système libéral est « dégueulasse », il licencie peut-être la femme enceinte… mais au moins elle avait un travail ! Et en plus ça peut se négocier dans un contrat ou s’assurer.

          Ton système est encore pire : il ne lui en donne même pas (du travail) quand elle n’est pas enceinte… de peur qu’elle y soit ! et en plus elle est moins payé…

        • Tabuteau, vous vous trompez, on ne souhaite aucun système particulier.

          Tout ce qu’on demande, c’est que vous cessiez de nous contraindre à financer le seul système que vous jugez acceptable et estimable. Vous êtes libre de créer une assurance « employée enceinte » avec des participants volontaires si cette situation vous semble inacceptable, mais rien ne justifie les obligations que vous nous imposez actuellement et qui conduisent les femmes à subir des désavantages importants sur le marché du travail. Il ne fait pas de doute que de nombreux employeurs à la fibre sociale adhéreront volontairement à votre système. D’autres refuseront pour diverses raisons, certains parce qu’ils n’en n’ont pas les moyens. Au total, les salariées pourront choisir leurs employeurs sur ce critère.

          En quoi exiger l’instauration du volontariat dans la plupart des domaines est-il dégueulasse ?

        • En fait le truc c’est le contrat qui lie le/la salarié(e) à l’entreprise. Il devrait être libre.
          Ce contrat peut prévoir qu’en cas de grossesses la personne ne peut être licenciée. Ou pas.
          Après, les contrats empêchant le licenciement dans ces cas là correspondront certainement à des salaires plus faibles (ben oui, moins de risque, moins de rémunération… une constante de l’économie/la vie, on peut voir ça comme une police d’assurance intégrée).
          Les femmes et les hommes pourront choisir en fonction du type de contrat proposé, librement et en fonction de leurs anticipations. Pourquoi la femme célibataire ou stérile ou ménopausée devrait-elle payer pour celle qui va avoir la chance (de son point de vue souvent) d’avoir des enfants. Si vous savez que vous ne pourrez pas en avoir et qu’on vous demande d’avoir un salaire plus faible et moins de chance de trouver du travail pour garantir aux femmes qui peuvent avoir des enfants d’être peinard quand elles sont enceintes, là vous allez trouver ça dégueulasse.

          De même que si vous êtes un fumeur de marijuana, vous trouvez surement dégueulasse de payer des impôts finançant des policiers, des juges et des prisons qui visent, les uns à vous prendre, les autres à vous envoyer dans les dernières pour une activité qui ne nuit à personne d’autre qu’à vous ?

  • Rendre les salariés actionnaires ? Si j’ai bonne mémoire, la Gôche a déjà répondu à cette question en… 1969 : « Participation, piège à cons. »
    On a vu.

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