Croissance : les nouvelles de Bercy qui enfoncent Hollande

Michel Sapin credits PS (licence creative commons)

Pour préparer le terrain de la bataille sur le budget, le gouvernement annonce des résultats décevants et rétropédale sur le rétropédalage précédent en matière d’économies budgétaires.

Par Baptiste Créteur.

Michel Sapin credits PS (licence creative commons)Ça sent le sapin à Bercy : après avoir longtemps hésité à continuer ses autres discours, Michel Sapin annonce qu’il va désormais tenir un discours de vérité.

Il annonce donc, avant la préparation d’un budget qu’on devine serré, que la croissance est plus faible que prévu, et le déficit est plus élevé. Pourtant, il annonce aussi que l’objectif de réduction des dépenses est maintenu. Où est donc l’argent manquant ? Implicitement, Michel Sapin confirme la validité de l’effet Laffer : la hausse des taux de prélèvement a réduit les rentrées fiscales.

Il faudra donc maintenir les économies prévues et rétropédaler sur le rétropédalage précédent annonçant des économies revues à la baisse pour tenir compte d’une inflation plus faible que prévu. Hollande sera désormais capitaine de rétropédalo.

« Ma responsabilité, ce n’est pas de plonger le pays dans l’austérité», a affirmé le ministre des Finances. «Le sérieux budgétaire, c’est la condition de la reprise durable de l’activité», a-t-il souligné, précisant que le «cap» du gouvernement, « c’est celui de la réduction de nos déficits à un rythme compatible avec le retour de la croissance ».

Croissance Sapin (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)Austérité ? Pas bien. Sérieux budgétaire ? Bien. Sur la base de cette subtile distinction et de ce raisonnement complexe, le gouvernement prépare son prochain couac : le budget, voté dans quelques jours. Avec des recettes fiscales qu’on peut prévoir plus faibles que prévu, il faut maintenir les objectifs d’économies, et on ne peut plus compter sur l’inflation. De réelles économies vont devoir être trouvées pour compenser. Les montants d’économies ont déjà été annoncés, mais pas détaillés ; le gouvernement anticipe, à raison, les protestations à venir.

L’équation n’est pas simple. Il faut contenir la dépense, et vite, pour maintenir l’État à flot. Déjà, la plupart des socialistes, qui ne croient que dans les « vraies politiques de gauche » où les entrées dans l’incinérateur à argent public vont croissant, risquent de tiquer. Mais on parle en plus de la réduire, plus sérieusement que prévu, et il faudra détailler le montant des économies à réaliser ; là, il y a un sérieux problème.

Car si on peut, à la rigueur, convaincre les parlementaires que le « sérieux budgétaire » est un mal nécessaire, aucun n’acceptera que le sérieux budgétaire le touche de près ou de loin. Après tout, si tous les autres sont sérieux, la fête peut continuer pour certains. Tous auront d’excellents arguments, résumés en une phrase :

Vous sacrifiez [domaine d’intervention étatique] !

Ainsi que ses innombrables variantes :

C’est [domaine d’intervention étatique] qu’on assassine ! La finance aura donc raison de [domaine d’intervention étatique] ! Vous êtes le bourreau de [domaine d’intervention étatique] !

Dans la mesure où l’État est la solution à tous les problèmes, il sera difficile de prioriser. Vaut-il mieux sacrifier l’éducation, la santé ou la sécurité ? Faut-il assassiner la culture ou la solidarité ?

Le « cap » du gouvernement se situe de l’autre côté d’un précipice, au-dessus duquel un fil de funambule idéologique est tendu. D’un côté, il faut de la dépense publique pour relancer la croissance. On le voit bien, en 40 ans de déficits publics systématiques et de dépense publique croissante : la croissance a été relancée si bien qu’on ne sait pas vraiment où elle a atterri. De l’autre, il faut réduire la dépense publique pour relancer la croissance. Restaurer les marges des entreprises et le pouvoir d’achat des Français, relancer à la fois l’investissement et la consommation, l’offre et la demande, l’emploi, etc. La direction a déjà été choisie : le gouvernement mènera une politique de l’offre. Mais parce qu’il a choisi, il offre le flanc aux critiques, qui ne manqueront pas de l’attaquer sur ce à quoi il a renoncé (certes très marginalement, mais le mal est fait).

« Soutenir les entreprises, c’est d’abord soutenir la production dans notre pays», a-t-il ajouté : « Sans production et sans richesses produites, le pays s’appauvrit et le chômage augmente ».

Malgré les difficultés, Michel Sapin est fin prêt. Il a, dans son cartable, un pacte de responsabilité tout neuf, et vient de se procurer un manuel (Valls) « Discours de Vérité ». Il porte son costume des grands soirs et ses lunettes qui lui donnent un air sérieux budgétaire.