Russie-Ukraine : les enjeux du gaz pour l’Europe

Poutine (Crédits : Platon, CC-BY-NC-SA 2.0)

Peut-on supprimer du jour au lendemain la dépendance européenne au gaz russe ?

Par Aymeric de Villaret.

Poutine credits Platon (licence creative commons)

Que n’a-t-on parlé ces derniers mois de la Russie, de son gaz, de ses exportations vers l’Europe, vers la Chine, du lobbying qu’elle exercerait pour éviter le développement du gaz de schiste en Europe…

Et si l’on y ajoute le désir d’indépendance des européens à la Russie notamment à la lumière de la crise ukrainienne, qui serait même, selon certains, encouragée par les États-Unis, il n’y a presque pas de jours où l’on ne parle des conséquences de la domination actuelle de la Russie.

Quelles peuvent être les conséquences des sanctions prises par les pays occidentaux et des mesures de rétorsions des russes ? Comment (et surtout peut-on ?) du jour au lendemain supprimer une dépendance si forte au premier exportateur mondial de gaz qui se situe à l’est de l’Europe ?

Pas évident de remplacer la Russie car, même si la montée du GNL (Gaz Naturel Liquéfié) peut apparaître comme une alternative, son coût est très supérieur, et ce que pourra exporter les États-Unis ne constitue qu’une goutte d’eau par rapport au marché européen. En outre, une grande partie des sources alternatives provient d’États susceptibles d’être politiquement sensibles un jour.

Oui, le gaz russe est un véritable enjeu… avec un besoin immense d’investissements pour continuer à le développer voir l’étendre.

Un arrêt même temporaire des investissements tel qu’on le perçoit peut engendrer des conséquences non négligeables (retards, pertes de marchés) : les commentaires des compagnies pétrolières et parapétrolières occidentales impliquées dans le pays à l’occasion de leurs résultats du deuxième trimestre sont là pour le confirmer… Ainsi Total, suite à la destruction de l’avion malaysien MH 17, a indiqué avoir arrêté de monter sa participation au capital du gazier russe Novatek.

Les marchés ne s’y sont pas trompés et ont déjà commencé à sanctionner sévèrement certaines sociétés du fait justement du manque de visibilité (Technip près de -9% le 24 juillet, Total de l’ordre de -4% le 30 juillet). BP, de son côté, actionnaire à 20% de la société publique russe Rosneft, a souligné que de nouvelles sanctions occidentales pourraient avoir un impact négatif sur son activité et ses résultats à venir, “sur ses relations avec Rosneft et son investissement dans l’entreprise”.

Conclusion

Business as usual, mais les affaires continuent et on le voit bien avec ExxonMobil commençant en août à forer dans l’Arctique russe avec ce même Rosneft et de son côté, Rosneft se portant acquéreur de 30 % de la compagnie de services pétroliers North Atlantic Drilling (même si l’actionnaire majoritaire en demeure le norvégien Seadrill).

En juillet, le PDG de Total Christophe de Margerie résumait bien l’avis des pétroliers occidentaux : « Peut-on se passer du gaz russe en Europe ? La réponse est non. Et est-ce qu’on a des raisons de s’en passer ? À mon avis, et je ne défends pas les intérêts de Total en Russie, c’est non ».
Force aussi est de constater que si les groupes pétroliers arrêtaient d’investir dans des pays sensibles géopolitiquement, où trouverions-nous le pétrole et le gaz que nous utilisons tous les jours ?

C’est pourquoi, il nous semble raisonnable de penser que, quel que soit la suite des évènements, la Russie continuera pendant des décennies d’être un très grand fournisseur d’hydrocarbures (pétrole et gaz) mondial et que les Occidentaux continueront de se servir auprès d’eux.

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