Rentrée politique à gauche : l’avenir d’une illusion

Extrême gauche (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Entre les débats occasionnés par le livre publié par Cécile Duflot et la « course à la gauche » menée par une « gauche d’opposition », quel sera le visage politique de la gauche en septembre ?

Entre les débats occasionnés par le livre publié par Cécile Duflot et la « course à la gauche » menée par une « gauche d’opposition », quel sera le visage politique de la gauche en septembre ? Autopsie d’une rentrée politique et des incohérences des « éternels trahis ».

Par Loïs Henry.

imgscan contrepoints 881 gauche1936. Le PCF rejoint le Front Populaire pour gouverner la France. Voilà Thorez, sur ordre de Moscou, le drapeau tricolore à la main et chantant la Marseillaise. Le Parti Communiste ajoute un F à son nom pour devenir le Parti Communiste Français. Après des débuts qui chantaient le socialisme, voilà le Parti Radical qui prend l’ascendant et propose de remettre la France au travail. Le PCF sort humilié de l’expérience du Front Populaire.

1945. La France est libérée, le PCF, parti des « 75 000 fusillés » (sic), a acquis une légitimité, il trouve une place de choix au sein du gouvernement issu de la Libération. Deux ans plus tard, voilà des communistes réfractaires mis à la porte du gouvernement.

1981. Après un Guy Mollet qui avait toujours su les communistes non à gauche mais « à l’Est », les communistes reviennent au gouvernement sous François Mitterrand. La rose à la bouche, le Grand Soir dans la tête, la nationalisation à la main. Trois ans plus tard, ils quittent le gouvernement, refusant la rigueur de 1982-1983, la queue entre les jambes, les yeux baissés mais le verbe haut avec leurs faux airs de Jaurès, dénonçant le tournant dit « libéral ».

2014 est parfaitement dans la continuité de l’histoire des déchirures idéologiques de la gauche, du passage de l’espoir à la désillusion, de l’unité à la guerre, des grandes utopies aux grandes réalités. La France voit ses bastions rouges disparaître, la « ceinture rouge » de Paris se désagrège pour passer à droite.

Actualité moisie de la gauche d’opposition

Entre refus de rompre avec des idéaux d’opposition, et atermoiements autour de ce que peut bien signifier la « gauche » (Valls proposant de retirer « socialiste » du nom du PS…), pour la « gauche d’opposition », il s’agit aujourd’hui de savoir qui sera le plus à gauche, qui sera celui qui se reniera le moins en refusant de prendre les seules responsabilités qui attestent du courage en politique, les responsabilités gouvernementales.

Le livre de Cécile Duflot est l’exemple le plus parlant de ce scénario irréel qui touche en ce moment la gauche française. Voir une ancienne ministre, qui a supporté un gouvernement pendant deux ans, sortir un livre en un été pour régler ses comptes avec un Président et un Premier Ministre en exercice, c’est de l’ordre du grand spectacle. Mais les réactions autour de son livre réservent quelques perles de ce que la politique sait faire de mieux. Jean-Vincent Placé, toujours désireux de mieux se placer à l’ombre du pouvoir, critique la méthode. Najat Vallaud-Belkacem pointe du doigt le peu de respect accordé à la fonction ministérielle. Ce qu’il y a de plus impressionnant dans cette histoire, c’est que les présidents socialistes élus sont toujours les candidats de la « gauche unie » au moment des élections. Mais lorsqu’ils échouent, tout le monde rappelle qu’ils n’étaient en fait pas vraiment de gauche ! Vous verrez quand la VRAIE gauche sera au pouvoir comme la finance elle paiera !

La conclusion est pour Cécile Duflot : « Faute d’avoir voulu être un président de gauche, il n’a jamais su trouver ni sa base sociale ni ses soutiens. (…) Quelle est la différence avec la droite ? » Ces pauvres esprits purs, ces chevaliers blancs de la politique, ces Robin des bois des temps modernes sont toujours trahis. La question de l’été : si les électeurs socialistes élisent des infiltrés libéraux pour les représenter, ne devraient-ils pas préférer l’original à la copie ?

Pourquoi créer un tel parallèle entre l’histoire du PCF et les problèmes entre le PS et les Verts ? Parce qu’au fond, voir les Verts et les Communistes faire une alliance pour se placer « toujours plus loin » à gauche relève d’une hypothèse politique assez justifiée. Les membres des deux camps s’estiment tous deux « trahis » par le PS au pouvoir et n’ont jamais été aussi proches. Tout comme ses prédécesseurs communistes qui avaient quitté le gouvernement, Cécile Duflot se filme en victime d’un gouvernement qui a spolié ses idées, qui s’est renié. Voilà Cécile Duflot, comme Thorez ou Marchais, en défenseur des principes de la gauche abusée par le libéralisme.

Mélenchon, lui, a préservé sa « pureté idéologique » en portant toujours un regard acerbe sur François Hollande. S’il quitte la co-présidence du Parti de Gauche, il n’a jamais caché son envie de s’allier avec EELV. Ce n’est pas un hasard si les « remues méninges » du Parti de Gauche se déroulent à Grenoble, ville symbole prise aux socialistes par une alliance PG-EELV. Pendant ce temps, le PCF critique le Front de Gauche qui, lui-même, met en doute la radicalité idéologique d’un PCF qui se rend aux Universités d’été du PS par l’intermédiaire de son secrétaire général, Pierre Laurent !

La vacuité, c’est maintenant

Jeu cirque Hollande  (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)Alors c’est quoi la gauche pour la rentrée politique de septembre 2014 ? Comment la gauche au pouvoir pourra-t-elle justifier la fin de la bourse au mérite ? Comment la « gauche d’opposition » pourra-t-elle prétendre avoir un minimum de sérieux, de légitimité, de compétence lorsqu’elle lance des boules puantes plutôt que de réfléchir un peu sérieusement à un programme cohérent ? Si elle a le don des « petites phrases », a-t-elle des idées pour la France ? Pour Cécile Duflot, la gauche, c’est le contraire de l’affreuse droite qui trouve « moderne de briser les tabous » (sic), « défendre la fin des trente-cinq-heures » (sic), « dénoncer l’impôt » (sic), « s’en prendre aux Roms », « prôner la déchéance de nationalité de certains condamnés » (sic), de « taper sur les grévistes » (sic ultime : comparé au massacre de Fourmies et aux vraies répression qu’a connu notre République, accuser Hollande de taper sur les grévistes, c’est vraiment nous prendre pour des idiots).

La gauche de septembre 2014 n’aura donc pas un nouveau look. Elle sera encore et toujours ce spectre mal digéré de 1989, cette illusion déçue du goulag, le « passé d’une illusion » comme l’écrivait le grand historien François Furet. Le programme politique de la « gauche d’opposition », c’est le « mais » de François Furet dans son ouvrage : l’idée communiste est morte aujourd’hui, mais, peut-être, un jour, revivra-t-elle si les circonstances le permettent. Ce « mais », c’est le radeau d’une « gauche d’opposition » qui porte en son cœur le Soviet de Petrograd.

Le quotidien de la gauche au pouvoir confrontée à ses propres contradictions se résume peut-être avec cette célèbre phrase prononcée par un Georges Marchais en vacances en Corse outré par les déclarations, surement trop libérales à son goût, de François Mitterrand : « Liliane, fais les valises, on rentre à Paris ! »