Toutbidon.com, nouveau site d’avis ou levier de chantage pour consommateurs ?

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Toutbidon.com, nouveau site d’avis ou levier de chantage pour consommateurs ?

Publié le 18 août 2014
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Par Benjamin Thiers.

Clavier d'ordinateur (Crédits : Amancay Maahs, licence Creative Commons)Les habitudes de consommation ont été profondément bouleversées par le développement d’Internet. À côté de la vente en ligne, qui a généré en France un Chiffre d’Affaires de plus de 50 milliards d’euros pour la seule année 2013 (source : FEVAD), d’autres usages se sont développés pour intégrer pleinement le web au parcours d’achat. Les pure players (marques dont l’activité se déroule uniquement en ligne) sont loin d’être les seuls concernés par la gestion de leur réputation numérique.

Ainsi, selon une enquête Group M et Solocal Network publiée en juin 2014, 8 Français sur 10 effectuent régulièrement ou occasionnellement des recherches en ligne avant de se déplacer en magasin pour consommer. Cette tendance lourde, connue des professionnels sous l’acronyme ROPO (Research Online, Purchase Offline), démontre plus que jamais l’importance d’une maîtrise de l’image de marque en ligne pour toutes les entreprises, qu’elles distribuent ou non leurs produits en ligne, qu’elles disposent ou non d’un site Internet.

Des expériences partagées et un espace d’expression pour les consommateurs

Tripadvisor, lancé en l’an 2000, s’est imposé comme le premier site d’avis consacré aux hébergements, restaurants et prestataires de loisirs dans le monde entier. Les internautes y partagent et y commentent leurs expériences et attribuent une note fondée sur plusieurs critères : qu’un restaurant ou un hôtel se retrouve mal noté et son chiffre d’affaires en pâtira bien souvent ! Et corriger des appréciations négatives s’avère une tâche ardue : les moyens d’action sont particulièrement limités en cas d’avis peu objectifs, la liberté d’expression qui protège les internautes réduisant souvent à néant les possibilités d’obtenir une décision en faveur du professionnel. Mais le tourisme n’est pas le seul secteur concerné : Ciao.fr annonce sur sa page d’accueil plus de 7 millions d’avis collectés en août 2014, tous secteurs confondus.

Les entreprises, sensibles à ces nouveaux risques en réputation, prennent conscience de l’importance d’une gestion fine de leur image de marque sur Internet. Et celle-ci passe de plus en plus par le glissement d’une communication verticale, à sens unique, à une approche reposant sur un dialogue véritable. La gestion de la relation client et les prestations S.A.V. ne peuvent qu’en bénéficier, profitant aux entreprises comme aux consommateurs. Des initiatives comme la co-création ou le financement participatif resserrent encore plus ces liens nouveaux, engendrant de nouvelles dynamiques et dévoilant des synergies parfois insoupçonnées.

Mais que se passerait-il si cet espace d’expression accordé aux consommateurs perdait son rôle de bouclier pour devenir une arme maniée sans discernement ?

D’une saine expression à un risque de dictature des consommateurs

Depuis le Moyen-âge et la théorie anglaise défendue par John Locke de la balance des pouvoirs, de nombreux esprits parmi les plus brillants, comme Montesquieu ou Alexis de Tocqueville, ont défendu l’idée d’une séparation des pouvoirs. Ils arguaient qu’une juste répartition des pouvoirs judiciaires, législatifs et exécutifs pouvait seule apporter sécurité et paix sociale. Le modèle libéral aurait-il pu voir le jour sans un État de droit ? En apportant à chaque entrepreneur la garantie que ses gains et propriétés ne pourraient lui être arbitrairement saisis, il offre un écosystème parfaitement adapté à la naissance et au développement des entreprises individuelles. Les contre-pouvoirs accordés à la société civile, tels que la presse ou encore les associations, assurent à cette société dynamisme et progrès.

Aucune économie de marché ne peut durablement se construire sur la prise de pouvoir d’une population sur l’autre. Si une ploutocratie à tendance oligopolistique semble difficilement soutenable à long terme et ne saurait garantir liberté d’entreprendre et liberté de consommer, un pouvoir trop grand accordé aux consommateurs pourrait tout aussi bien truquer les règles du jeu. Surtout s’il est utilisé à mauvais escient.

Que penser à ce titre d’un site ne publiant plus des expériences de consommateurs, mais se présentant comme une tribune consacrée aux invectives, dénigrements ? Il ne s’agit plus de critiquer, avec toutes les acceptions que comprend ce mot mais de brocarder, médire et vilipender. Si certaines situations peuvent justifier de telles réactions de la part de consommateurs choqués par l’attitude d’un professionnel, le risque est grand d’assister à l’utilisation abusive de sites comme Toutbidon.com pour obtenir un moyen de pression supplémentaire. La négociation commerciale se retrouverait biaisée par le détournement du droit à la liberté d’expression, droit mais aussi devoir du citoyen, au profit d’une utilisation mesquine et égoïste : “si vous ne me surclassez pas, je publierai un avis sur votre marque sur Toutbidon.com !”.

Nous glisserions alors vers un arbitraire dangereux pour le développement économique de nos entreprises, soumises à l’incertitude d’un environnement instable et difficile à appréhender. Si les associations de consommateurs demeurent essentielles au bon fonctionnement de nos économies de marché, si la liberté d’expression des citoyens et l’existence d’une presse indépendante s’avèrent tout aussi indispensables, des règles du jeu communément adoptées doivent être observées pour ne pas transformer un débat en bras de fer, un dialogue en chantage.

Toutbidon.com restera peut-être une initiative isolée. Et il est fort à parier qu’une petite proportion des consommateurs seulement usera de tels subterfuges pour obtenir des avantages excessifs auprès de marques, quitte à dénaturer injustement leur réputation. Il s’avère néanmoins essentiel de poser des garde-fous et rappeler à tous les agents économiques, consommateurs ou entreprises, une citation de Christian Bidégaray qui se propose en recette de nos démocraties : “pas de pouvoir sans responsabilité”.

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  • La loi donne un droit de réponse à une personne ou une société mise en cause par une publication. Ce site a l’obligation de publier les réponses des personnes, physiques ou morales, nommées ou désignées et mises en cause. A mon avis, leur modèle comporte une grosse faille et je serais surpris qu’il perdure.

  • Quels sont les « garde-fous » que propose l’auteur ? Le législateur doit-il s’emparer du « problème » et interdire les sites de dénigrement systématique ?
    Ou alors simplement laisser faire l’esprit critique des consommateurs qui, en voyant l’origine des avis, sauront tout seuls ce qu’il en est réellement…?

    • Benjamin Thiers
      18 août 2014 at 8 h 59 min

      Je ne pense pas que des garde-fous législatifs soient la solution et, comme le soulignent Michel et Stanislas, le marché se régulera par lui-même. Je m’interroge juste sur les motivations d’une telle démarche et m’inquiète du danger que peut représenter cet espace d’expression formidable qu’est le web s’il ne s’inscrit pas dans une démarche de communication mais devient un outil s’inscrivant dans une logique de rapports de force injustifiés.

  • Benjamin Thiers
    18 août 2014 at 8 h 44 min

    Effectivement, ce site sera certainement un épiphénomène et je n’ai nullement chercher à voir s’il pouvait devenir pérenne. Mais un tel choix de modèle économique reste symptomatique d’une crispation des relations consommateurs / entreprises.

    Comme disait ma grand-mère, « il n’y a pas de fumée sans feu ! »

  • Stanislas Kowalski
    18 août 2014 at 8 h 55 min

    En tant que consommateur, je n’irai pas sur un site défouloir pour chercher des avis. À quoi bon?
    « Sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur.  »
    L’inverse est également vrai. Sans la liberté de louer, il n’est pas de critique significative.
    Ce site est une baudruche. Il sera peut-être très fréquenté par des imbéciles narcissiques. Je doute qu’il puisse forger l’opinion.

    • Je suis entièrement d’accord avec vous. ce genre de site n’aura selon moi qu’un avenir très limité, car si connaître les défauts d’un lieu avant de s’y rendre est utile, en connaître les qualités, les originalités, les petits plus, l’est tout autant.

      Tenter de légiférer sur les sites d’évaluation serait fatalement les dépouiller d’une partie des précieuses informations qu’ils fournissent.

  • Quand on cherche un avis le plus objectif possible sur internet, on va sur un site qui ne présente pas de biais de recrutement mais qui collecte toutes les opinions.

    L’intérêt d’un site qui ne collecte que les avis négatifs n’est pas pertinent pour le consommateur sauf en terme de défouloir.

    Toutbidon sera visiblement une simple curiosité, une « initiative isolée » comme le précise l’auteur.

    Peut-on laisser un avis négatif sur toutbidon.com à propos de toutbidon?

  • Le problème de ce genre de système d’évaluation est surtout qu’il risque d’être fort biaisé.
    Déjà que lorsque l’avis n’est pas pré-conditionné ainsi, les mécontents et les déçus sont déjà plus motivés pour laisser leurs commentaires…

    Maintenant, il est fort probable qu’un tel site ait une telle réputation que son existence ne changera rien du tout…

  • C’est un concept amusant, et pour moi pertinent.

    Mais aucun doute qu’ils vont crouler sur les procès, en plus ils autorisent les avis sur beaucoup de sujets différents, ils vont avoir plus d’une corporation sur le dos.

  • Accorder de l’importance aux avis publiés sur toutbidon ce serait comme utiliser les commentaires youtube pour se forger une opinion à priori sur une vidéo : grotesque.

  • Au delà du problème du droit de réponse, il faut aussi se poser la question pour un consommateur d’un tel site?? En effet, les avis négatifs sont utiles, dans la mesure où ils cohabitent avec des avis positifs, ou du moins leur possibilité (a savoir qu’il peut n’y avoir que des avis négatifs, mais si seulement si les positifs ne sont pas interdits).

    Dans le cas présent je ne vois pas l’interet. Les avis servent avant tout à confronter les opinions. Voir s’il y a plus de contre que de pour, par exemple, voir les critiques récurrentes, les points forts récurrents, etc, et au final pondérer tout ça pour se faire un avis. N’avoir que des avis obligatoirement négatifs n’a pas réellement d’intérêt pour un consommateur.

  • Le biais sur les sites d’avis est effectivement une problématique de la liberté d’expression. Maintenant que les avis soient négatifs ou positifs ça n’a pas beaucoup d’intérêt, et je pense qu’un site ayant comme ligne unique l’expression d’avis négatifs n’a vraiment aucun intérêt.
    Ce qu’on trouve aussi sur internet ce sont des tests, des tutoriels, des présentations, des comparatifs… etc. sur des sites concurrents, des « témoignages » parfois bien plus difficiles à démonter par les marques quand elles finissent par déboucher, chez celui qui n’a pas encore effectué l’achat, sur une prise de position.

    Notons que les marques de leur côté ont droit à quelque chose de tout autant idiot que la licence de mensonge qu’est devenue la publicité (avec interdiction donc, puisqu’il s’agit d’une licence, de la discuter publiquement).
    La notion de licence est une idiotie de manière générale, quand bien-même son absence permet des abus.

  • Aucun producteurs n’aime que sont produit soit dénigré, ce billet en est la preuve. C’est pourtant la règle du jeu, si un client menace de dénigrer le produit s’il n’est pas avantagé, grand bien lui fasse.
    A ce propos, l’auteur se place précisément dans la peau du méchant consommateur en dénigrant Toutbidon.com, comment assumera-t-il la responsabilité de son immense pouvoir ?
    D’ailleurs il amalgame pouvoir et capacité : il me semble que Toutbidon.com n’utilise pas la force et se contente d’émettre des opinions, cela me parait plutôt « démocratique ».
    Tout le monde voudrait que les gens soient tous intelligents, beaux et travailleurs, il ne sert à rien de faire des grand discours pour dire que la liberté d’expression laisse les cons parler, heureusement d’ailleurs car ce billet n’aurait jamais passé les mailles de mon détecteurs à bullshit si j’avait été censeur en chef.

    Plaignez-vous autant qu’il faudra pour vous soulager, mettez-y autant de morceau de citoyenneté et de devoir civique que vous le voudrez, ça fait toujours bien d’opposer responsabilité et liberté comme le font les socialistes !

    • Aucun rapport.

      Le problème n’est pas d’émettre des critiques, seulement le biais d’obliger à ne faire QUE de la critique.
      D’autre part, nous nous questionnons sur la pertinence d’un tel positionnement pour le consommateur, dans la mesure où, en l’absence de débat contradictoire, il ne peut se faire aucun avis.
      Toutes les entreprises ont eu un jour ou l’autre au minimum un client insatisfait, ce n’est pas pour autant qu’elles sont mauvaises. L’interet, c’est de pouvoir peser le pour et le contre. Ici ça n’a pas d’interet. On sait que pour toute entreprise, ou tout produit, il existe un « contre ». Tout le monde sait, parce que rien n’est parfait tout simplement. De fait ce site n’apporte rien de réellement neuf.

      Critiques et louanges n’ont de valeur que si elles coexistent.

      Au passage, vous critiquez l’auteur, mais vous noterez que lui ne vous empêche pas d’émettre un avis négatif. D’autre part vous dite: « il me semble que Toutbidon.com n’utilise pas la force et se contente d’émettre des opinions, cela me parait plutôt « démocratique ». Et bien non, n’accepter qu’un type d’avis en refusant les autres n’est pas démocratique. Si on vous propose de voter, mais uniquement pour Hollande, trouveriez vous cela démocratique puisque vous avez le droit de soutenir un candidat?

      Après, individuellement, on s’en fiche, car ça ne nous impacte pas. Ce qui n’empêche de se questionner, sans plus d’implication, sur la pertinence du procédé.

      • Pas besoin de sortir de grands discours pour critiquer un enième site web, surtout si c’est pour se raccrocher au final a des évidences telles que « Critiques et louanges n’ont de valeur que si elles coexistent ».

        « De fait ce site n’apporte rien de réellement neuf. »
        Cette simple phrase remplacerait avantageusement l’ensemble de l’article.

        « démocratie blabla »
        Comme si la démocratie consistait à imposer aux partis politiques de compter en leurs rangs autant de libéraux que de socialistes, de conservateur que de progressiste, etc…

  • Quand je négocie avec un inconnu, je suis dans un rapport de force et c’est très bien ainsi. J’adorerais pouvoir être surclassé en me contentant de menacer de dénigrer l’entreprise, vraiment. Le marché n’est pas une petite chose fragile qu’il faut protéger des méchants consommateurs inconscients de ce qu’ils font, c’est une machine extraordinaire qu’il faut protéger des politiciens adeptes des propos développés dans cet article.
    Le marché n’existe que si producteurs et consommateurs sont totalement libres, qu’il s’agisse de s’exprimer, de négocier durement ou d’échanger dans la sympathie.
    Toutbidon.com offre de nouvelles possibilités aux consommateurs, il n’y a aucun mal à cela. S’il a une utilité, ses clients lui permettront de survivre. Pour cela, il devra probablement veiller à ce que les informations qu’il propose soient pertinentes.

    • Ca ne me gênerait pas que vous utilisiez l’argument du dénigrement, si en cas de diffamation vous étiez lourdement condamné.

      • « TrucBidule ça pue du cul », diffamation ou pas ?
        « Le PS est le plus grand syndicat de fonctionnaire », diffamation ou pas ?
        « Je pense que Mélenchon est un tyran en puissance », diffamation ou pas ?

        Condamner pour diffamation, c’est employer la force contre la plume, c’est complètement disproportionné.

        Puis-je tabasser un type qui me traite de con alors que c’est objectivement faux ? Ah non, il faut que je demande à l’État de le faire à ma place, là c’est Bien.

        • « Condamner pour diffamation, c’est employer la force contre la plume, c’est complètement disproportionné. »

          Le but est de vous dissuader d’utiliser la plume pour obtenir un avantage déloyal. La condamnation risquée peut être disproportionnée, quelle importance, si vous êtes honnête et loyal, vous ne la subirez jamais, d’autant plus que vous serez averti.

          • On pourrait utiliser votre argument pour condamner les voleurs à mort ou à la torture…

          • Êtes-vous bien sûr de n’avoir jamais diffamé personne ? Il me semble que la limite est très floue et bien souvent subjective…

  • Je vois que le débat prend et c’était le but de mon article. Il ne s’agit pas ici de rédiger un dossier de fond sur un sujet précis, mais plutôt d’attirer l’attention sur un glissement que je ne peux m’empêcher de constater depuis le développement des blogs et des médias sociaux au début des années 2000 : on glisse d’un mode de communication vertical à un dialogue multidirectionnel sur Internet, et cela impacte autant les communicants au sein des marques que les internautes qui doivent se repositionner. Quand les cartes sont redistribuées, chacun doit apprendre à jouer avec son nouveau jeu.

    Pouvoir et capacité ? Le pouvoir est la capacité dévolue à une autorité publique, une personne morale ou physique. Toutbidon.com a la capacité matérielle de ne publier que des avis négatifs. Elle en a le pouvoir, car aucune loi ne l’interdit aujourd’hui et elle peut exercer ce pouvoir dans la limite de la liberté d’expression (comme l’injure publique, la diffamation, le dénigrement…).

    Mon article, volontiers – et volontairement – polémique, s’interroge sur les dérives d’un tel pouvoir et sur la légitimité éventuelle de Toutbidon.com à l’exercer, ne serait-ce que sur un plan déontologique. Il s’inscrit même, toutes mesures gardées, dans un registre relevant presque de la dystopie… Je suis ravi des interventions de Sansinteret. En effet, cet article n’est pas là pour s’interroger sur la longévité ou la pertinence du modèle économique de Toutbidon.com, mais pour attirer votre attention sur un site qui pourrait s’avérer symptomatique d’une tendance à moyen ou long terme… Et la virulence de certains propos me fait croire qu’il y a débat, et si un débat est nécessaire, un sujet me semblera d’autant plus intéressant à aborder.

    • Une des tendances actuelles des marques c’est, face à des exigences de nouvelle qualité de la relation-client induite par des nouveaux comportements de consommation, de considérer les consommateurs comme des ennemis. Que ceux-ci jouent alors statistiquement le rôle qui leur est donné n’est pas vraiment surprenant, ça restera toujours minoritaire, mais confortera les entreprises qui ne veulent pas changer de modèle économique dans leur comportement de lobby auprès des états plutôt que comme fournisseur de service aux usagers éventuels.
      Le mieux pour la marque Machin serait d’ailleurs de créer elle-même le site MachinCestNul.com, pour pouvoir ensuite le dénoncer et l’attaquer en justice et se protéger ainsi a priori de tout autre avis négatif à venir. C’est une manière très autoritaire de piloter son image de marque et, je crois, pas très efficace.

  • Autre point intéressant : le choix du pseudonyme « SansInteret » qui n’est ni un nom, ni un prénom, ni un pseudonyme, mais l’expression d’une humeur temporaire de la part d’un commentateur anonyme, et qui ouvre un autre débat tout aussi passionnant sur la notion d’identité et de débat.

    « Doit-on considérer que la liberté d’expression sur Internet passe par le plus total anonymat, ou peut-on admettre qu’une opinion valable ne peut l’être si son émetteur, protégé tout autant par la liberté d’expression, doit la défendre publiquement en y attachant son identité, qu’elle soit citoyenne (patronyme) ou virtuelle mais affirmée (pseudonyme associé à une vérification de son compte, par exemple) ? »

    • Remarquons que ceux qui ont construit toute leur autorité sur leur nom ne se privent pas pour faire des attaques ad-nominem, menacer les autres, dire tout et n’importe quoi sur tout et n’importe quoi. Si le web est accusé de « zone de non droit » je trouve que le mass-media en est bien souvent beaucoup plus proche ; on s’en aperçoit quand un idiot avec nom part dans un troll, il n’y a jamais aucun modérateur, ni aucun interlocuteur de manière générale pour le stopper : cela prend instantanément la couleur de la parole institutionnelle. L’utilisation du nom ne protège de rien, bien au contraire, elle fait le plus souvent intervenir des rapports de force extérieurs à l’espace de négociation, pour y mettre du bruit. La possibilité éventuelle de retrouver les gens (pseudonyme, éventuellement temporaire) peut avoir une utilité, maintenant je suis dubitatif quant à notre tendance à toujours vouloir identifier les gens quand la très grande majorité du temps ce n’est pas nécessaire.
      Sur le web les discussions les plus agressives sont justement celles qui essayent de dépasser de l’espace de négociation, quand les personnes s’interpellent et essayent de savoir qui est qui, jusqu’à vouloir se retrouver IRL. Non ça n’a pas souvent beaucoup de sens.

    • « Autre point intéressant : le choix du pseudonyme « SansInteret » qui [est] l’expression d’une humeur temporaire »
      Ceci est faux et donc diffamatoire. Dites-moi maintenant comment vous allez réparer les dommages censés avoir été causés à ma marque et si je suis légitime à vous menacer d’employer la force pour vous y obliger.

      Vous considérez que les gens sont des idiots qui croient tout ce qu’ils lisent, ce qui est diffamatoire. Étant donné que le politicien moyen sera ravis d’employer votre argumentaire pour nuire à tout un tas de monde, vous devriez vous considérez vous-même comme co-responsable et donc éligible au tabassage pour cause de parole malheureuse.

      C’est marrant comme l’anonymat ne pose plus de problème quand on est journaliste et qu’il s’agit de protéger ses sources, quand on est policier et qu’il s’agit de protéger ses informateurs, quand on est écrivain ou inspecteur du fisc… L’anonymat n’est problématique que pour les petites gens, et puis quand on se rend compte que tout est définitivement enregistré, on impose le droit à l’oubli, qui n’est rien d’autre que le devoir d’oublier pour les autres, hein.

  • « un pouvoir trop grand accordé aux consommateurs  »

    Elle est collector celle la !

    Il y a déjà des site style TMZ qui passe leurs temps à raconter des ragot ou faire des insinuation sans fondement sur les stars cela ne gène personne. Je vois pas pourquoi on ne ferais de même sur les produit de consommation

  • Au site Toutbidon correspondra le site symétrique Toutbon où l’on ne retiendra que les avis positifs.

    Mais est-ce que le site Toutbidon acceptera les critiques négatives sur lui-même ?
    Pas si sûr ou bien ce sera l’éternel recommencement de l’Arroseur Arrosé. 😀

  • L’idée générale de l’article est fondamentalement élitiste/dirigiste.
    Les gens sont bien moins idiots que les « intellectuels » le pensent, et son tout à fait capables de réaliser d’eux même où se trouve l’information pertinente.
    La preuve, ils vont consulter des sites internets au lieu d’écouter ou de lire les pontifications des experts dans les médias traditionnels.
    S’ils veulent des avis d’experts ils vont sur les forums spécialisés, s’ils veulent « de tout » pour une idée large du produit, ils regardent les avis sur les sites de vente. Ils trient.

    Contrairement à ce que racontent les pseudo experts, des avis très négatifs ne sont pas forcément mauvais pour l’entreprise visée, les futurs consommateurs potentiels étant très bons pour détecter une campagne de dénigrement ou un client frustré et mécontent de ne pas avoir obtenu de privilège.

    Bref, pour l’instant ça marche très bien. Dès qu’on voudra faire appliquer les « lois anti-diffamation », les régulations/législations pour protéger ci ou ça, ça fera comme le reste, ça marchera moins bien. Pensez aux banques. Depuis qu’on les sur-régule pour protéger les clients, les Etats, etc. elles sont de plus en plus risquées, avec du « risque systémique » et de moins en moins efficaces à rendre les services qu’elles devraient rendre.

  • Je vous invite à lire cet article (en englais) : http://www.webgnomes.org/blog/negative-seo-case-study/

    Vous verrez certaines connexions avec cette chronique. Je ne dis pas que Toutbidon.com va révolutionner le web, ni que la législation à outrance est une solution, je m’interroge juste sur ce qu’il incarne et sur d’éventuelles dérives.

    Dans l’article proposé ci-dessus, nous sommes confrontés à un cas manifeste de chantage, dont les leviers sont proches de ceux des avis en ligne : si la réputation du site n’est pas directement attaquée, c’est sa visibilité naturelle sur les moteurs de recherche qui est visée. Nous n’en arriverons pas à de telles pratiques généralisées pour les avis en ligne, qui ont un poids économique infiniment moindre à la perte d’un bon positionnement sur Google. Mais je continue à me demander donc si, demain, de plus en plus d’entreprises ne risquent-elles pas de se trouver en face de consommateurs qui useront de ce type de chantage. Si les grosses n’y verront que de petites turbulences, que penser d’une TPE artisanale qui n’a jamais travaillé sa réputation en ligne et qui se retrouve confrontée à de telles menaces ? Un seul avis à une étoile sur Google Plus ou Yelp, une note moyenne reposant sur deux ou trois avis seulement sur Facebook qui sera impactée par une seule note négative…

    A lire aussi :

    http://www.deliciouscadaver.com/comment-definitivement-pourrir-la-e-reputation-de-quelquun-pour-5e.html
    http://www.slate.fr/life/82581/sophie-gourion-malhonnete-e-reputation

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