Intelligence : le pessimisme culturel d’Erwin Schrödinger

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Intelligence : le pessimisme culturel d’Erwin Schrödinger

Publié le 12 août 2014
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schrodinger credits pete ippel (licence creative commons)Alors que nous fêtons aujourd’hui l’anniversaire de la naissance d’Erwin Schrödinger, il est bon de rappeler que le célèbre physicien pionnier de la théorie quantique fut aussi passionné de philosophie des sciences, en particulier des applications de la théorie darwinienne de l’évolution.

Dans un essai publié en 1958 intitulé : L’esprit et la matière, il exprime une vision assez pessimiste, mais assez représentative de l’idéologie scientiste de l’époque, concernant l’évolution de l’intelligence au sein d’un monde moderne qui semble avoir mis entre parenthèses toute compétition dans l’évolution culturelle. C’est cette vision assez noire de l’effacement de l’intelligence face à la généralisation de la stupidité qui a été popularisée par le film de Mike Judge Idiocracy, dans lequel l’absence de pression de sélection favorisant les individus intelligents les fait disparaître de la surface du globe :

 

Je crois que la mécanisation et la « bêtification » croissantes de la plupart des processus de fabrication ont pour conséquence la menace sérieuse d’une dégénérescence générale de l’organe de notre intelligence. Plus les chances dans la vie d’un travailleur intelligent et celles d’un travailleur borné sont égalisées par la répression de l’habileté manuelle et par la généralisation du travail fastidieux et ennuyeux sur la chaîne de montage , plus un bon cerveau, des mains habiles et une vue perçante deviennent superflus. En effet, l’homme stupide qui, naturellement, trouve facile de se soumettre à un labeur ennuyeux, sera favorisé ; il sera vraisemblablement plus facile pour lui de prospérer, de s’établir et d’engendrer une descendance. Le résultat peut même revenir à une sélection négative des talents et des dons.

La dureté de la vie industrielle moderne a conduit à certaines institutions conçues pour l’atténuer, comme la protection des travailleurs contre l’exploitation et le chômage, et beaucoup d’autres mesures d’assistance sociale et de sécurité. Elles sont à juste titre considérées comme avantageuses, et sont devenues indispensables. Pourtant, nous ne pouvons pas fermer les yeux sur le fait qu’en allégeant la responsabilité qu’a l’individu de s’occuper de son propre sort, et en nivelant les chances de tous les hommes, elles tendent aussi à exclure de la compétition des talents et à être ainsi un frein à l’évolution biologique.

___

Erwin Schrödinger, L’esprit et la matière, Seuil, traduction M. Bitbol, pp. 228-29.

 

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  • AlainCo (@alain_co)
    12 août 2014 at 18 h 24 min

    J’ai observé un effet inverse, et les chinois l’ont observé a l’envers.

    quand une personne se bat, épargne, pour se protéger d’un avenir banalement risqué, pour sa santé, pour sa retraite, il est rationel et donc évite de trop risquer, d’entreprendre au delà du minimum.
    C’est bon si la situation est effectivement risquée.

    mais si la société dispose de moyen de nous protéger des risques banals, soit cela comme indiqué ici affaiblit, soit cela pousse à aller plus loin.

    les gens comme Lavoisier avaient un job tranquile, et donc faisaien de la science révolutionaire (ok on a tranché finalement)…
    Einstein avait un job pépère au débuts de sa carrière, avant d’avoir une carière installée…
    LEs grands aventuriers le faisaient souvent avec un bon matelas d’argent familial… pas tous, mais beaucoup.

    je travaille avec des entrepreneurs… un job chez IBM, une retraite à la francaise… ils montent leur startup à temps perdu pour changer le monde.

    je pense que le revenu de base, inconditionel, peut assurer ce rôle de filet de sécuriét du furieux entrepreneur.

    ce qui tue l’entreprise ce sont les conditions.
    si vous être pauvres on vous aide… sinon démerdez vous. ca c’est toxique, ca motive a pas avancer./
    on m’expliquait que enfrance dans une tranche de revenu proche du smig, 90% du revenu gagné était repris par des aides en moins, ou des impots en plus…

    ces gens la sont taxé à 90%, c’est une honte.

    si on donne un reve fuxe il y aura certainement des gens qui achèterons un camping car et vont vivre pépère, mais je suis certain que pas mal de gens vont en profiter pour tenter un business, avec la garantie d’avoir de quoi manger le mois suivant…

    pas besoin d’imposer de salaire minimum, de règle (sauf la transparence), car si un patron abuse il est viré par son employé qui choisi un autre patron., ou vivra de son revenu de base
    chacun choisira les conditiosn de travail qu’il accepte… bosser 35 heures ou 80, au salair qu’il estime bon vu la concurence… tout dépend de ce qu’il est prêt a faire pour avoir un écran plat.

    c’est évidemment un changement total, même de la mentalité des salarié et des employeurs.

    mon pari c’est que les gens aiment entreprendre tant que ca les ruine pas.
    Ils aiment travailler plus ou moins, en profiter pour avoir plus ou moins de luxe, mais en moyenne si on ne leur impose pas un style de vie, on y gagne tous…

    • Je suis totalement aligné sur votre propos, on dit que Pole Emploi est le premier business angel de France,
      vivement que cela soit plus structuré et approprié pour toutes les personnes.

      Vu les niveaux de taxations, il n’est pas normale que l’entrepreneur perde tout en cas d’echec
      et « perde » également en impot en cas de succès.
      L’Etat devrait garantir l’echec entrepreneurial pour aider à rebondir.

      • Oui, bien sûr, quelle bonne idée!

        Ce que vous proposez ça s’appelle privatiser les gains et socialiser les pertes. Enfin, c’est pas comme si on n’écrivais pas à longueur de lignes sur le sujet sur contrepoints.

        Que l’état cesse de tuer en cas de succès est nécessaire et suffisant. En allant plus loin on tombe dans le socialisme, comme vous venez de le faire.

        Quant au revenu universel, attendez, je finis d’accrocher ma corde à la poutre…

        • Je ne vais pas si loin, ce que je dis c’est que les gains sont beaucoup trop socialisés
          et les pertes totalement privatisées, il faut trouver un équilibre
          qui encourage la reprise de risques qui est bénéfique pour l’ensemble
          la société.

          C’est soit le revenu universel soit l’effrondrement de l’économie de marché,
          causé par l’automatisation de la majorité des jobs.
          Vous connaissez certainement le probleme, si il n’y a plus de jobs
          et donc plus de revenus, qui va acheter les produits et services des entreprises ?

          L’avenir le dira…

  • C’est pour cela que Schroedinger est un brillant physicien et pas un brillant biologiste.

    • « C’est pour cela que Schroedinger est un brillant physicien et pas un brillant biologiste. »

      D’ailleurs il rêvait enfermait son chat dans une boîtes pleine de poison, il n’aimait pas le vivant à mon avis.

      • « il rêvait qu’il enfermait son chat dans une boîte pleine de poison »
        Il adorait son chat, mais faisait des fautes de frappe en écrivant « poisson ».

      • Bien plus tordu. Il rêvait d’enfermé son chat dans une boite qui était à 50% pleine de poison, et à 50% sans poison. Les deux en même temps, pas 50% de poison et 50% de rien, mais à 50%, 100% de poison, et à 50% 0% de poison. Je sais pas si je suis très clair là.

        En tout cas dit comme ça, ça laisse penser que dans la tête de Schrödinger, y’avait du monde.

        • J’adore le lolcat de Shrodinger, mais je n’aurais pas confié mon animal de compagnie à la garde de ce type.

        • Ce n’est pas exactement cela. Il a enfermé son chat dans une boîte étanche pouvant être remplie de cyanure (à 100%) sous l’action d’une seule particule atomique déclenchant un compteur Geiger.
          En mécanique quantique, l’expérience a prouvé qu’une particule pouvait se situer à deux endroits différents en même temps.
          La particule en question permet donc simultanément de déclencher le compteur et de passer à côté sans le déclencher.
          Il en résulte que son chat est en même temps mort et vivant. C’est le paradoxe de Schrodinger.
          On peut y échapper en admettant, comme dans l’expérience, que c’est le fait d’ouvrir la boîte qui permet de savoir si le chat est vivant ou mort.

          • Une particule ne peut pas se trouver à deux endroits à la fois elle peut avoir par contre se retrouver avec plusieurs ETATS superposés(intriqués).

            Le darwinisme social c’est: poser des tomates à coté de carottes et croire que l’on obtient une salades.

            • Et c’est l’action d’observer qui, en apportant de l’énergie à la particule, va forcer l’un des deux états.

          • C’est pas plus simple d’écouter s’il gratte ou s’il miaule à l’heure des repas ? Chez les chats que je connais, l’incertitude ne durerait pas longtemps.

          • Je sais bien, oui, mais c’est moins drôle que de le transposer tel quel dans le monde macroscopique.

  • Erwin Schrödinger et Mike Judge ont oublié une part pourtant importante du mécanisme de sélection naturelle (qui explique l’évolution par un différentiel de succès reproductif des êtres vivants) : la sélection sexuelle stricto sensu. Dans les sociétés contemporaines intelligence, niveau d’étude et revenus professionnels sont fortement corrélés (sans préjuger du faisceau de causalités exactes). La pression sélective est toujours à l’oeuvre chez l’être humain, à travers des pratiques telles que l’hypergamie, les plus dégourdis, aisés ou occupant des positions socialement valorisées étant les plus susceptibles de trouver les vecteurs de diffusion de leur pool génétique : http://www.hormonemale.com/img/compil_images/21/fun_cool_insolite_1630.jpg . Les sous-doués peuvent toujours avoir des relations sexuelles (à conditions d’être beaux) mais auront comparativement plus de mal à diffuser leur gènes, si ce n’est comme reproducteur d’un partenaire plus intelligent. Les moches et stupides peuvent certes se reproduire – entre eux faute de choix supérieur – sur ce point d’accord la pression sélective à diminué. Mais leurs descendants seront moches, ce qui limitera l’incitation à copulation. Il ne leur restera plus que le sexe récréatif virtuel, subventionné en France par le ministère du Sexe citoyen virtuel et solidaire, créé à l’initiative de Marcela Iacub en 2020. True science Bro.

    • Mike Judge se contente d’écrire une comédie (en collaboration avec les frères Cohen d’ailleurs, si je ne m’abuse). Dire qu’il oublie quelque chose est stupide, il met simplement en place un univers qui lui permet de raconter ce qu’il a à raconter.

      Le cinéma n’est pas forcément un reflet fidèle de la réalité.

      Schrödinger oublies surtout la quantité impressionnante de boulots intéressant dont la révolution industrielle et la sciences ont permis l’apparition. D’ailleurs, le travail à la chaîne est bien moins la norme aujourd’hui qu’a l’époque, et va probablement continuer à perdre du terrain.

      S’il écrivait aujourd’hui, peut-être penserait-il autrement. Quoiqu’il en soit, Schrödinger n’a jamais été ni biologiste ni économiste, il ne faut donc pas être étonné s’il maîtrise moins ces sujets que la physique.

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