Testostérone et évolution : un rapprochement inattendu !

Une étude réalisée par des paléoanthropologues a montré que l’évolution de nos ancêtres révèle une « féminisation » progressive du crâne humain.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
homo_erectus_adult_female_-_head_model_-_smithsonian_museum_of_natural_history_-_2012-05-17

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Testostérone et évolution : un rapprochement inattendu !

Publié le 10 août 2014
- A +

Par Jacques Henry.

homo_erectus_adult_female_-_head_model_-_smithsonian_museum_of_natural_history_-_2012-05-17Si l’homo sapiens sapiens apparaît de façon incontestable il y a 200 000 ans en Afrique de l’Ouest et dans diverses régions du sud du même continent, ce même homme moderne n’atteint l’Eurasie que vers moins de 100 000 ans, à 20 000 années près. En effet, au cours de ces deux cent mille années, nous avons continué à évoluer avec parallèlement l’apparition du langage et la création artistique. S’ajoute à cela la confection d’armes, assurant ainsi aux cellules familiales une subsistance carnée qui contribua au développement harmonieux du cerveau.

Cette longue période de transition, estimée à environ 150 000 années, vit en effet l’apparition de comportements impliquant un certain esprit innovant, l’émergence de la notion d’abstraction et la symbolique telle qu’on a pu en découvrir quelques preuves avec l’activité artistique. Celle-ci est présente de manière continue depuis 80 000 ans, en gros depuis la première datation incontestée des plus anciennes œuvres d’art abstrait trouvées en Afrique du Sud. Mais ce n’est pas tout : la propension à vivre en groupes organisés a conduit nos ancêtres à devenir socialement tolérants. C’est une condition importante pour que puisse apparaître la possibilité de vie dans des groupes humains plus nombreux capables de coopérer culturellement. Cette évolution a été mise en évidence indirectement en étudiant quelques 1400 crânes anciens de la dernière période du Pléistocène jusqu’à nos jours.

Féminisation du crâne humain

Une étude réalisée par une équipe de paléoanthropologues de l’Université Duke aux USA a montré que l’évolution de nos proches ancêtres révèle une « féminisation » progressive du crâne. Or quand on dit « féminisation » de crâne, en particulier la disparition progressive des arcades sourcilières proéminentes, on pense tout de suite à une diminution des taux de testostérone circulant dans l’organisme.

En effet, la testostérone intervient dans la mise en place des caractères sexuels secondaires, tels que l’ossature plus robuste chez l’homme que chez la femme, personne ne peut le contester. Il apparaît aussi que le crâne lui-même devint plus arrondi et, selon les résultats de cette étude, plus féminisé. Or la testostérone joue un rôle central dans l’agressivité d’une manière générale et ne joue pas en faveur des rapprochements sociaux et de l’harmonie des groupes humains. L’étude ne mentionne pas si cette évolution provient d’une diminution de la synthèse de testostérone ou d’un abaissement de la densité de ses récepteurs. C’est ce qui explique cet aplanissement du front et la forme arrondi du crâne, cette « féminisation » de l’homme qui apporta plus de civilité et donc une plus forte propension au développement de sociétés organisées et harmonieuses.

Rôle de la testostérone

Pour justifier leur étude, les anthropologues de la Duke University ont établi un parallèle avec l’évolution des renards de Sibérie, qui après quelques générations de sélection, sont devenus moins peureux et moins agressifs au fur et à mesure que leur production de testostérone diminuait.

Il en est de même chez les primates : par exemple, le taux de testostérone des bonobos, qui agrémentent leur vie quotidienne de civilités à caractère sexuel et sont dénués de toute agressivité, ont un taux de testostérone bien inférieur à celui des chimpanzés. Ceux-ci sont par nature beaucoup plus agressifs alors que ces deux espèces de primates ont divergé il y a moins de deux millions d’années. Les chimpanzés sont soumis à de fortes « bouffées » de testostérone durant leur puberté, ce qui n’est pas du tout le cas chez les bonobos. Parallèlement les bonobos, au cours d’un épisode de stress à caractère social, ne produisent pas plus de testostérone mais au contraire du cortisol, un autre hormone stéroïde ayant un effet plutôt relaxant.

Cette évolution se traduit presque visuellement entre le chimpanzé et le bonobo. Il est en effet rare que les deux arcades sourcilières se rejoignent chez le bonobo alors qu’au contraire ce trait est la règle chez le chimpanzé. L’étude a porté sur 13 crânes de plus de 80 000 ans, 41 crânes datés entre dix et trente-huit mille ans et 1367 crânes d’hommes modernes du XXe siècle répartis entre 30 ethnies différentes. Les résultats ont montré une évolution de l’ossature crânienne en faveur d’une diminution du taux de testostérone apparaissant clairement il y a environ 50 000 ans.

Cette période correspond à l’apparition d’outils sophistiqués confectionnés avec des bois de cervidés, des éclats de silex chauffés pour en améliorer la dureté. On constate également l’apparition de matériel de pêche sophistiqué, tels que des harpons, mais aussi dans un autre registre la maîtrise du feu et donc de la consommation de viandes cuites. le feu ne sert plus alors uniquement à effaroucher les bêtes sauvages, mais à renforcer la cohésion sociale des groupes humains. On peut sans peine imaginer que l’apparition du langage est concomitante à cette évolution. Elle favorisa donc l’émergence de groupes humains plus structurés et plus denses, l’agressivité naturelle due à de trop forts taux de testostérone ayant été atténuée. Chaque individu devenait ainsi plus social, plus ouvert à des collaborations avec les autres et en définitive plus à même d’apprendre des autres membres de son groupe, ce qui eut pour conséquence un développement continu de ce qu’on pourrait appeler le génie de l’homme.

Il va sans dire, mais cette étude ne le dit pas, que beaucoup de politiciens produisent de nos jours beaucoup trop de testostérone et que leur agressivité est devenue un commun dénominateur mettant en péril les acquis de centaines de milliers d’années d’évolution.

Sur le web 

Voir les commentaires (9)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (9)
  • La longueur comparée index / annulaire indiquant à combien de testostérone l’embryon a été exposé pendant la grossesse, pourquoi pas étudier cette caractéristiques dans les squelettes, pour un éclairage supplémentaire sur cette question ?

  • féminisation du crane de l’homme…normal , la femme est l’avenir de l’homme…

  • Un monde plus féminisé serait sans doute un monde moins violent. J’ai beau être un homme il faut admettre que la plupart des criminels et fauteurs de troubles sont des hommes.

  • « Or la testostérone joue un rôle central dans l’agressivité d’une manière générale et ne joue pas en faveur des rapprochements sociaux et de l’harmonie des groupes humains. »

    C’est une idée reçue qui s’avère fausse: http://www.sciencedaily.com/releases/2009/12/091208132241.htm Les individus qui ont des niveaux élevés de testostérone sont plus justes envers les autres.

    De toute manière, les humains sont des animaux sociaux depuis BIIEEENNN plus longtemps que ça, au moins depuis, oh, homo erectus voire même les australopithèques. Coopérer c’est ce qui a permis à notre espèce de rentrer dans un cercle vertueux de plus d’intelligence -> meilleure coopération -> survie améliorée -> plus d’intelligence.

  • exemple type d’une publication qui plait…

  • En tous cas la féminité n’empêche pas de vouloir soumettre autrui.
    Pour une Margaret Thatcher, pour une Ayn Rand, combien de gauchistes ?

    Ah! comme j’aimerais me joindre à un parti libéral envahi de jeunes militantes au joli front bombé, combattant les partis dirigistes peuplés d’hommes au front bas …

  • Quelques reflexions à la suite de ce article très intéressant (merci encore Contrepoints):

    1) Les hommes de l’Etat (syndicalistes, politiciens, ..) feraient donc partie du groupe d’humains le plus « testostéronés ».

    2) L’histoire montre que les hommes testostéronés ont des attitudes violentes, anti-sociales, adaptées aux conditions de survie du néolithique mais pas de nos sociétés modernes

    3) la peine de mort est peut-être une des solutions trouvées par nos sociétés pour éliminer les « mauvais gènes » et les individus trop violents.

    4) les hommes de l’Etat ont fait supprimé la peine de mort, contre l’opinion générale, pour se protéger eux-même.

    5) les hommes de l’Etat influence l’éducation de nos enfants en mettant en valeur les « héros testostéronés » (généraux d’Empire, scènes de guerre, 14-18) pour se mettre en valeur et justifier leurs positions. On ne met jamais en valeur, dans les livres d’histoire, le rôle des entrepreneurs, le rôle du lien social et des micro-solidarité qui sont la base d’une société civilisée.

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Ugo Stornaiolo S.

Un essai de Hans-Hermann Hoppe explique que pour Robinson Crusoé, naufragé isolé, "la question des règles de conduite humaine ordonnée", de la coopération sociale, "ne se pose tout simplement pas", mais lorsque "Vendredi, arrive sur l'île", pour la première fois, Crusoé doit interagir avec quelqu'un d'autre, soit en concurrence, soit en coopération pour des ressources rares.

Comme un conflit est possible, ils doivent maximiser l'efficacité de leurs interactions, ce qui signifie qu'ils doivent agir rationne... Poursuivre la lecture

Par Frédéric Mas.

Le nom de Charles Darwin (1809-1882) est communément associé à la révolution de l’évolution en biologie, plus rarement en sciences sociales dans le monde francophone. L’impact du darwinisme sur notre connaissance du monde s’est pourtant très largement étendu au-delà des sciences naturelles au cours du XXe siècle, et l’économie n’y a pas échappé.

Son influence est tellement prégnante aujourd’hui dans les théories du capitalisme qu’il semble même possible d’affirmer qu’entre David Hume, Adam Smith et Haye... Poursuivre la lecture

Par Mélissa Boudes[1. Professeure associée en management, Institut Mines-Télécom Business School.].

Un article de The Conversation

Fortement plébiscitées depuis leur apparition à la fin des années 2000, les plateformes dites collaboratives suscitent aujourd’hui de nombreuses critiques qui conduisent certains de leurs utilisateurs à l’action collective. Les préoccupations sont croissantes concernant l’utilisation des données personnelles, mais aussi l’éthique des algorithmes. Outre leur fonctionnement technologique, c’est tout le mo... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles