Testostérone et évolution : un rapprochement inattendu !

homo_erectus_adult_female_-_head_model_-_smithsonian_museum_of_natural_history_-_2012-05-17

Une étude réalisée par des paléoanthropologues a montré que l’évolution de nos ancêtres révèle une « féminisation » progressive du crâne humain.

Par Jacques Henry.

homo_erectus_adult_female_-_head_model_-_smithsonian_museum_of_natural_history_-_2012-05-17Si l’homo sapiens sapiens apparaît de façon incontestable il y a 200 000 ans en Afrique de l’Ouest et dans diverses régions du sud du même continent, ce même homme moderne n’atteint l’Eurasie que vers moins de 100 000 ans, à 20 000 années près. En effet, au cours de ces deux cent mille années, nous avons continué à évoluer avec parallèlement l’apparition du langage et la création artistique. S’ajoute à cela la confection d’armes, assurant ainsi aux cellules familiales une subsistance carnée qui contribua au développement harmonieux du cerveau.

Cette longue période de transition, estimée à environ 150 000 années, vit en effet l’apparition de comportements impliquant un certain esprit innovant, l’émergence de la notion d’abstraction et la symbolique telle qu’on a pu en découvrir quelques preuves avec l’activité artistique. Celle-ci est présente de manière continue depuis 80 000 ans, en gros depuis la première datation incontestée des plus anciennes œuvres d’art abstrait trouvées en Afrique du Sud. Mais ce n’est pas tout : la propension à vivre en groupes organisés a conduit nos ancêtres à devenir socialement tolérants. C’est une condition importante pour que puisse apparaître la possibilité de vie dans des groupes humains plus nombreux capables de coopérer culturellement. Cette évolution a été mise en évidence indirectement en étudiant quelques 1400 crânes anciens de la dernière période du Pléistocène jusqu’à nos jours.

Féminisation du crâne humain

Une étude réalisée par une équipe de paléoanthropologues de l’Université Duke aux USA a montré que l’évolution de nos proches ancêtres révèle une « féminisation » progressive du crâne. Or quand on dit « féminisation » de crâne, en particulier la disparition progressive des arcades sourcilières proéminentes, on pense tout de suite à une diminution des taux de testostérone circulant dans l’organisme.

En effet, la testostérone intervient dans la mise en place des caractères sexuels secondaires, tels que l’ossature plus robuste chez l’homme que chez la femme, personne ne peut le contester. Il apparaît aussi que le crâne lui-même devint plus arrondi et, selon les résultats de cette étude, plus féminisé. Or la testostérone joue un rôle central dans l’agressivité d’une manière générale et ne joue pas en faveur des rapprochements sociaux et de l’harmonie des groupes humains. L’étude ne mentionne pas si cette évolution provient d’une diminution de la synthèse de testostérone ou d’un abaissement de la densité de ses récepteurs. C’est ce qui explique cet aplanissement du front et la forme arrondi du crâne, cette « féminisation » de l’homme qui apporta plus de civilité et donc une plus forte propension au développement de sociétés organisées et harmonieuses.

Rôle de la testostérone

Pour justifier leur étude, les anthropologues de la Duke University ont établi un parallèle avec l’évolution des renards de Sibérie, qui après quelques générations de sélection, sont devenus moins peureux et moins agressifs au fur et à mesure que leur production de testostérone diminuait.

Il en est de même chez les primates : par exemple, le taux de testostérone des bonobos, qui agrémentent leur vie quotidienne de civilités à caractère sexuel et sont dénués de toute agressivité, ont un taux de testostérone bien inférieur à celui des chimpanzés. Ceux-ci sont par nature beaucoup plus agressifs alors que ces deux espèces de primates ont divergé il y a moins de deux millions d’années. Les chimpanzés sont soumis à de fortes « bouffées » de testostérone durant leur puberté, ce qui n’est pas du tout le cas chez les bonobos. Parallèlement les bonobos, au cours d’un épisode de stress à caractère social, ne produisent pas plus de testostérone mais au contraire du cortisol, un autre hormone stéroïde ayant un effet plutôt relaxant.

Cette évolution se traduit presque visuellement entre le chimpanzé et le bonobo. Il est en effet rare que les deux arcades sourcilières se rejoignent chez le bonobo alors qu’au contraire ce trait est la règle chez le chimpanzé. L’étude a porté sur 13 crânes de plus de 80 000 ans, 41 crânes datés entre dix et trente-huit mille ans et 1367 crânes d’hommes modernes du XXe siècle répartis entre 30 ethnies différentes. Les résultats ont montré une évolution de l’ossature crânienne en faveur d’une diminution du taux de testostérone apparaissant clairement il y a environ 50 000 ans.

Cette période correspond à l’apparition d’outils sophistiqués confectionnés avec des bois de cervidés, des éclats de silex chauffés pour en améliorer la dureté. On constate également l’apparition de matériel de pêche sophistiqué, tels que des harpons, mais aussi dans un autre registre la maîtrise du feu et donc de la consommation de viandes cuites. le feu ne sert plus alors uniquement à effaroucher les bêtes sauvages, mais à renforcer la cohésion sociale des groupes humains. On peut sans peine imaginer que l’apparition du langage est concomitante à cette évolution. Elle favorisa donc l’émergence de groupes humains plus structurés et plus denses, l’agressivité naturelle due à de trop forts taux de testostérone ayant été atténuée. Chaque individu devenait ainsi plus social, plus ouvert à des collaborations avec les autres et en définitive plus à même d’apprendre des autres membres de son groupe, ce qui eut pour conséquence un développement continu de ce qu’on pourrait appeler le génie de l’homme.

Il va sans dire, mais cette étude ne le dit pas, que beaucoup de politiciens produisent de nos jours beaucoup trop de testostérone et que leur agressivité est devenue un commun dénominateur mettant en péril les acquis de centaines de milliers d’années d’évolution.

Sur le web