Controverse amazon : l’État en porte-flingue du groupe Hachette

Emballage Amazon (Crédits : Nic Taylor, licence CC-BY-NC-ND 2.0), via Flickr.

Quand Amazon révèle les sombres agissements du gouvernement français…

Par Jacques Henry.

La controverse « amazonienne » a agité les médias et les crânes d’œuf du gouvernement, et pour cause ! Tout simplement parce que l’hyper-puissant groupe Hachette était derrière cette soi-disant envolée lyrique de protection de l’exception culturelle française. Ou plutôt non, Hachette croyait à tort qu’Amazon lui ferait perdre de l’argent en acheminant gratuitement les livres papier au domicile des clients et que les e-books, traduisez livres électroniques, vendus par Amazon pourraient peut-être bien miner les bénéfices du groupe. En quelque sorte un pugilat entre deux géants avec comme ring l’Hexagone et comme arbitre le gouvernement qui apparemment n’a rien compris du tout aux règles du jeu, trop préoccupé de répondre aux exigences d’Hachette et de satisfaire quelques idéologues rétrogrades opposés par principe à Amazon.

Situation de blocage

Emballage Amazon (Crédits Nic Taylor licence Creative Commons)

Parlons donc plus spécifiquement des e-books qu’on achète en ligne et au sujet desquels Amazon vient de publier une mise au point sur son forum Kindle. Il précise que son combat est d’obtenir une réduction de 30% des e-books, mettant à contribution les éditeurs (comme Hachette), qui doivent consentir une diminution de leurs marges déjà presque obscènes. Hachette a fait courir le bruit qu’Amazon exigeait un rabais de 50%, ce qui n’est pas vrai. La situation de blocage qui résulte de ces discussions sans fin auxquelles a pris part le gouvernement – qui n’avait strictement rien à voir dans cette affaire – a exaspéré les auteurs.

Il faut les comprendre. Ils perçoivent au mieux, c’est-à-dire dans le meilleur des cas, 25% du prix de vente. Amazon est un passage obligé pour ceux qui mettent leurs œuvres en ligne. Amazon considère qu’équitablement le prix d’un e-book devrait se répartir ainsi : 35% pour l’auteur, 35% pour l’éditeur et 30% pour Amazon. En faisant cette proposition, Hachette s’est senti spolié alors que 30% pour Amazon, frais d’envoi compris, était le pourcentage imposé par Hachette en 2010 à la suite d’une entente illicite avec ses concurrents pour augmenter autoritairement le prix des e-books à 14,99 $, dont Apple !

Les auteurs paieront

Apple comme Hachette (!) et d’autres maisons d’édition ont d’ailleurs eu des démêlés avec la justice américaine à ce sujet pour violation de la loi anti-trust… Le calcul fait par Amazon est pourtant simple : plutôt que de vendre un e-book 14,99 $ – je n’ai pas converti en € – Amazon préconise un prix de vente de 9,99 $. Les statistiques d’Amazon montrent qu’un e-book à 9,99 $ se vend 1,74 fois plus qu’à 14,99 $. On peut les croire, ça fait un bon moment qu’ils sont dans ce business et ils savent de quoi ils parlent. Le calcul est simple, à la portée d’un élève de CM2 mais apparemment pas à celle de la direction d’Hachette ! Vendre 100.000 copies à 14,99 $ ou 174.000 copies à 9,99 $, où est la différence ? Simplement 16% de chiffre d’affaire supplémentaire et les auteurs parallèlement touchent une audience 74% plus étendue. Tout le monde est content sauf… Hachette ! Et finalement ce seront les auteurs qui verront leur part du gâteau diminuée, comme d’habitude, puisqu’ils n’ont pas leur mot à dire.

Cette rocambolesque histoire m’a conduit à cette question évidente contre laquelle tous s’élèveront : Pourquoi ne pas équiper chaque écolier d’un Kindle ou de toute autre « liseuse » et ainsi alléger les cartables de ces chères petites têtes blondes mais aussi substantiellement la note d’achat des livres scolaires ? Kindle Unlimited (Amazon) a proposé l’accès illimité à 600.000 titres pour moins de dix euros par mois, pourquoi pas l’accès illimité à tous les livres scolaires pour 10 euros par enfant et par an !

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