Face aux Chrétiens d’Irak : martyrs par correspondance

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Face aux Chrétiens d’Irak : martyrs par correspondance

Publié le 2 août 2014
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Par Nils Sinkiewicz.

Mossoul licence CC

Près de deux mois après la prise de Mossoul par les djihadistes, la situation dramatique des Chrétiens d’Irak, dont la population est passée de 1 000 000 à 400 000 en seulement vingt ans, fait plus que jamais l’actualité. Dernier temps fort en date : la publication cette semaine d’un communiqué commun des ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères, qui se disent prêts à « favoriser l’accueil » des déplacés sur le sol français, dix jours après l’expiration de l’ultimatum de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) donnant aux Chrétiens le choix entre la conversion, l’impôt et la mort.

Si les déclarations de MM. Fabius et Cazeneuve font mentir ceux qui dénonçaient l’indifférence du gouvernement, elles suscitent également des réactions ambiguës de la part des associations de soutien aux Chrétiens d’Orient. Tout en saluant le geste, celles-ci dénoncent une générosité à double tranchant qui faciliterait le travail des djihadistes en accélérant la déchristianisation de l’Irak. Ce raisonnement est aussi celui du cardinal Philippe Barbarin qui, actuellement en Irak pour marquer son soutien, rappelle que le but ultime n’est pas l’exode mais la préservation du vivre ensemble, même si bien entendu l’exode vaut mieux que la mort.

L’analyse est subtile – trop subtile pour ne pas être détournée par ceux qui, comme Christian Vanneste sur son blog, tiennent à relier le problème des Chrétiens d’Orient à celui de « l’effacement de la présence chrétienne » dans le monde. Dès lors, pas question d’accueillir les Chrétiens si c’est pour mâcher le travail aux djihadistes. « Ne pas tout faire pour qu’ils puissent vivre leur foi et pratiquer leur religion chez eux », explique M. Vanneste, « c’est trahir les valeurs que nous prétendons défendre ».

On est loin des propos mesurés de Mgr Gollnisch sur l’attachement des Chrétiens d’Irak à leur pays et la préparation de leur retour. Dans cette vision « civilisationnelle » du problème que défend Christian Vanneste, il ne s’agit ni d’attachement, ni de cohabitation, mais de géographie, d’influence, de part de marché. Ce que veulent les Chrétiens d’Orient (partir pour les uns, rester pour les autres) passe après le souci de voir les populations chrétiennes occuper le plus d’espace possible sur la carte. Le Chrétien d’Occident qui accueille son frère oriental devient un « porteur de valise », un capitulard, un idiot utile de l’islamisme. Quant au Chrétien d’Orient fuyant les persécutions, ce n’est plus qu’un déserteur.

Il faut un grand courage pour affronter les persécutions au péril de sa vie. Il n’en faut guère pour l’exiger d’autrui au nom de quelque impérieux devoir de ne pas laisser les terres à l’ennemi. Sans oublier qu’on voit plus facilement la charité comme une trahison et l’exode comme une désertion quand on ne vit pas dans un de ces nombreux pays où les chrétiens sont pris pour cibles – comme par exemple en Corée du Nord, n°1 mondial de la persécution anti-chrétienne en 2013, mais étrangement absente du discours de nos croisés sur la défense de la Chrétienté dans le monde.

Il n’est pas question de vider les lieux et laisser l’EIIL faire sa loi dans la région sous prétexte d’urgence humanitaire. Mais jusqu’à preuve du contraire, si les Occidentaux peuvent décider d’accueillir ou de ne pas accueillir les réfugiés, c’est aux premiers concernés et à eux seuls de décider pour eux-mêmes s’ils préfèrent partir ou rester – quelles qu’en soient les conséquences pour la « présence chrétienne dans le monde » ou le « vivre ensemble » au Moyen-Orient.

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  • Tout à fait d’accord avec votre article. Quand j’avais entendu les déclarations de ceux qui voulaient que les Chrétiens restent chez eux, je m’étais dit qu’on avait encore affaire à des constructivistes qui savaient mieux que les autres ce qui est bon pour eux et qui voulaient décider, à leur place, du comportement à adopter pour les autres.

  • bouffeur de tapioca
    2 août 2014 at 12 h 02 min

    ça , c’est tout contrepoint : quand les musulmans auront liquidé le denier chrétiens sur terre, il diront encore que c’est la faute de se qu’il reste de communisme en asie …

    • Le fait est que, aujourd’hui encore en 2014, il y a beaucoup plus de gens dans le monde qui souffrent du communisme que de gens qui souffrent de l’islamisme.

      • bouffeur de tapioca
        2 août 2014 at 14 h 14 min

        et d’ou viennent les chiffres comme quoi il y aurait des chrétiens martirisé en corée du nord ? le régime nord-coréen existe depuis 45 … je met en doute le fait que les chrétiens y étaient trés nombreux à cette époque , on ce demande bien d’ou il seraient venu ? et depuis lors, avec tout le pouvoir de destruction envers son prope peuple de cette tyranie, il resterait encore des chrétiens à martiriser en corée ? ça défie les lois de la logique et des statistiques …

        pour ma part, je pense comme poutine : la fin de l’union soviétique est une des plus grande catastrophe du 20ième siècle, non pas parce que je suis communiste, loni de là, mais parce qu’elle a entrainé ce que les chrétiens d’iraq subissent !

      • De quel communisme vous parlez ? de la France ?

  • Monsieur Vanneste est-il si important que l’article écrit par un libéral de sensibilité catholique sur les chrétiens d’Irak soit centré sur son manque de subtilité ?
    Je préfère pour ma part citer Jean d’Ormesson
     » Une question est souvent posée: que peut-on faire pour les chrétiens persécutés? D’abord, ne pas les oublier. Prier pour eux si l’on est croyant. Agir en leur faveur par les voies politiques et diplomatiques. Les accueillir dans des pays où ils pourraient survivre. Leur témoigner de toutes les façons possibles une solidarité et un soutien. Faut-il que l’Europe soit faible et les Nations unies peu présentes pour avoir laissé se dérouler le fil des massacres annoncés! Le cardinal Barbarin, en se rendant aux environs de Mossoul en compagnie de deux prélats, n’a pas seulement apporté avec courage aux chrétiens d’Irak l’appui de l’Église de France. Il a sauvé l’honneur d’une Europe et d’un monde désespérément absents. « 

  • Malheureusement en orient, l’être humain n’a plus aucune valeur. L’EIIL est une caricature maléfique du califat islamique. C’est une pièce de théatre montée de toute pièce. Au Maroc par exemple on a laissé des anciens guantanamu et des anciens salafistes emprisonnés partir en vacances en Turquie, je pense que les renseignements européens laissent aussi les musulmans fanatiques partir en congé en Turquie …

  • Il faudrait finir par parler de réciprocité: un chrétien viré du moyen orient,
    un islamiste viré d’Europe.
    N’oublions pas non plus que 2 millions de pieds noirs ont été expulsés d’un pays où ils étaient nés. Il n’a pas été question de « droit du sol ».
    Cessons de nous laisser marcher sur les pieds par des intolérants qui usent de notre tolérance en nous riant au nez.
    Pas de tolérance pour les ennemis de la tolérance!

    • bouffeur de tapioca
      2 août 2014 at 19 h 05 min

      sans parler des harkis qu’on a laissé massacrer ! décidement , depuis 50 ans , il ne fait pas bon etre  » défendu  » par les occidentaux , à moins qu’on soit un loup …

    • Mais il n’y a pas réciprocité des persécutions.
      Peut-on soumettre les musulmans à une dhimmitude inversée ?
      Qui s’en chargerait ?
      Où trouvera-t-on le pendant des islamistes qui briment les chrétiens, enlèvent leurs filles, sauf quand un régime encore plus brutal qu’eux s’interpose ?

  • Attention, les chrétiens d’Iraq veulent fuir non pas le climat trop rude, un paysage monotone, ou une économie morose, mais la persécution (la dhimmitude).

    Il me semble légitime de regretter ce type d’épuration.
    D’autant plus qu’elles visent le monde entier.
    L’islamise ne prévoit de dérogation pour personne: L’islam ou la mort, avec une exception transitoire aussi brève que possible pour les « religions du livre ».

    Le but que le christianisme soit présent partout et connu de tous ne concerne que les chrétiens.
    Mais l’islamisme est universel et nous concerne tous.

    Quoi qu’il en soit ces regrets légitimes n’apportent aucune solution.

    Par ailleurs les persécutions nord-coréennes, chinoises ou autres contre les chrétiens sont connues et dénoncées dans les médias chrétiens, comme le sont celles qu’ils subissent du fait de l’islamisme en Égypte, au Soudan ou au Nigéria.

    Le socialisme ni l’islamisme ne peuvent tolérer une religion limite la religion et l’État.

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