Les monopoles contre le marché

Monopoly crédits Thomas Hawk (licence creative commons)

Les monopoles ne sont des dangers pour le consommateur qu’à condition d’être publics ou para-publics.

Par Marius-Joseph Marchetti.

Monopoly crédits Thomas Hawk (licence creative commons)On entend régulièrement critiquer la création de monopoles privés. En soi, c’est louable, certaines personnes comprennent la dangerosité d’un seul producteur sur un marché. Le problème est que ces mêmes personnes demandent la formation d’un monopole public, pensant que « l’intérêt général » passera avant tout. N’oublions pas que ce fameux intérêt général n’est rien d’autre qu’un intérêt particulier finement déguisé.

De la même manière, un monopole privé ne reste jamais très longtemps un monopole tant qu’il y a concurrence c’est-à-dire, pour reprendre la définition de Pascal Salin, « libre entrée de concurrent sur le marché ». Prenons l’exemple de la plupart des grandes surfaces qui, aujourd’hui, proposent des sushis. Celles-ci font ainsi concurrence aux restaurants préparant eux aussi des sushis.

Certains soulèvent une préoccupation : imaginons que demain les grandes surfaces se mettent à vendre leurs produits à perte (c’est-à-dire que leurs coûts sont supérieurs à leurs recettes), on peut imaginer qu’elles évinceraient leurs concurrents. Précisons tout d’abord que dans une société libre, vous pourriez vendre à perte car après tout, ce sont VOS biens.

Soulignons également ceci : on peut très clairement imaginer que les producteurs ne s’amuseraient pas à évincer leurs adversaires en vendant à perte s’il y a concurrence (c’est-à-dire libre entrée sur le marché). Imaginons que les grandes surfaces vendent à perte et constitue un nouveau monopole privé. Les gens supposent que la qualité se détériorera et que les prix augmenteront, ce qui est généralement ce qui se passe avec la constitution d’un monopole. Or s’il y a libre entrée sur le marché, c’est-à-dire concurrence, toute tentative des monopoles pour abuser de leur pouvoir se traduirait par la réapparition des concurrents sur le marché. Ainsi, une entreprise qui vendrait à perte pour évincer ses concurrents ne ferait rien d’autre que gaspiller des ressources car les concurrents réapparaîtraient automatiquement après si l’entreprise essaie de profiter de son monopole. Si le monopoliste essaye de profiter de son avantage en augmentant ses prix, il attirera des concurrents sur le marché à cause des nouvelles possibilités de profit.

Certains pensent que les principaux vendeurs réduisent parfois leurs prix pour éliminer la concurrence afin de bénéficier plus tard d’un monopole. Mais comme l’a dit un pétrolier, « c’est comme essayer de repousser l’océan afin d’avoir un endroit sec pour s’asseoir… » [Les concurrents] ne s’affolent jamais, n’hésitent jamais très longtemps et reviennent immédiatement quand les prix remontent, offrant peu d’occasions à un vendeur unique de compenser ses pertes1.

Les seuls monopoles dangereux sont donc les monopoles publics (SNCM, SNCF, et bien d’autres dans le pays de la sur-administration publique) et les monopoles de réglementations publiques (taxis, par exemple) car il n’y a pas libre entrée sur le marché. Imaginons que vous ne soyez pas satisfaits du service proposé par l’État ou par les secteurs protégés, votre demande ne recevra aucune réponse car l’État, par la restriction ou la prohibition, empêche toute personne de venir faire concurrence, à lui ou aux intérêts corporatistes qu’ils protègent. Vous, consommateurs, serez donc obligés, à cause de l’action de l’État, de vous contenter de prestations de piètre qualité et à un prix plus élevé que si le marché avait été concurrentiel. Frédéric Bastiat avait donc très clairement raison lorsqu’il déclara : « Non, concurrence, ce n’est qu’absence d’oppression. »

Un monopole est une institution ou une concession accordée par le Roi, par son octroi, son autorité ou autre, à toute personne, corps politique ou corporation, pour qu’ils soient seuls à acheter, vendre, fabriquer, travailler, ou utiliser quelque chose, et par laquelle, pour toute personne, tout corps politique ou toute corporation, on cherche à restreindre la liberté possédée auparavant ou à empêcher ses échanges légaux.  Lord Coke

De la même manière, il y a des bénéfices à vendre à perte. Imaginons que vous possédez un magasin de vêtements, qu’à une certaine période de l’année, vous vous retrouviez avec des vêtements que vous n’arrivez pas à vendre, et que les soldes soient encore loin. La réglementation ne vous autorisant pas à pratiquer les prix que vous souhaitez au moment où vous le souhaitez, vous vous retrouvez avec un stock important à gérer. Que se passe-t-il ? Cela engendre des coûts importants, et vous ne pouvez très certainement pas vous en débarrasser car personne n’en voudrait au prix fixé au moment de la vente. Repousser la vente des invendus n’est pas sans conséquence. Les invendus qui doivent rester sur les étagères ou en entrepôt jusqu’aux prochaines soldes immobilisent des fonds qui auraient pu être utilisés pour augmenter l’offre de marchandises. De plus, ces coûts de stockage se répercuteront très probablement au final sur les prix de la vente. En somme sur le consommateur. En cela, vendre à perte montre sa principale utilité et qualité.

Nous ne pouvons donc pas interdire le droit de vendre au prétexte qu’il favoriserait la formation de monopoles privés, ce qu’il ne fait absolument pas tant qu’il y a libre entrée sur le marché. Il permet justement à certains producteurs de ne pas se retrouver avec des stocks dont ils ne pourraient pas se débarrasser, ce qui engendrerait des coûts supplémentaires, pour lui comme pour le consommateur.

  1. Harold Fleming, Oil Prices and Competition, cité par Murray Rothbard dans L’homme, l’économie et l’État.