L’éternelle question de la planche à billets

Planche à billets (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Faut-il ou non faire marcher la planche à billets pour relancer l’économie ?

Par Vladimir Vodarevski

img Le Honzec-planche à billetsLa naissance de la science économique est arbitrairement fixée en 1776, année de parution de l’ouvrage Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations d’Adam Smith. Pourtant, depuis lors, le débat reste le même : faut-il ou non faire marcher la planche à billets pour relancer l’économie ?

Les économistes ont d’abord combattu cette idée. C’est ainsi que Jean-Baptiste Say a écrit son célèbre chapitre « Des débouchés », dans ses Principes d’économie politique, où il explique que les produits s’échangent contre des produits, et que ce n’est pas le manque de monnaie qui provoque de mauvaises affaires chez les commerçants. James Mill et bien d’autres démontreront la même chose.

Mais les politiciens ont toujours souhaité des formules magiques, qui promettent le beurre et l’argent du beurre, comme Ludwig von Mises l’écrit dans L’action humaine, en des termes plus châtiés, je le reconnais.

Aujourd’hui ne fait pas exception à la règle. Alors que la planche à billets n’a jamais autant fonctionné en temps de paix, les gouvernements en réclament encore. Alors que les faits montrent que les économies les plus flexibles, les plus aptes à se restructurer, s’en sortent mieux, c’est toujours plus de création monétaire qui est réclamée. Alors même que durant les trente glorieuses le monde a connu une croissance sans création monétaire excessive. Alors même que les relances face à la crise des années 1970 ont échoué.

Rien n’y fait, encore et toujours la création monétaire est plébiscitée pour relancer l’économie. Les faits contredisent cette idée, qui n’est même pas démontrée théoriquement. Il faut reconnaître à Keynes, à ce sujet, une merveilleuse figure de rhétorique, par laquelle il s’est dispensé de démontrer ses dires.

Keynes écrit que les économistes qui l’ont précédé considéraient qu’il ne pouvait pas y avoir de crise, car, selon eux, l’offre crée sa propre demande. L’argent dépensé en investissements et salaires permettant de générer une demande pour les produits fabriqués.

Sauf que c’est faux. Les économistes, avant Keynes, envisageaient les crises, et ils n’ont jamais prétendu que l’offre créait sa propre demande.

Cependant, la version de Keynes s’est imposée. Version selon laquelle l’argent dépensé, en investissements et salaires, crée une demande, selon les économistes classiques et néoclassiques. Ce qui dispense Keynes de démontrer cette relation. Il peut alors, tout simplement, écrire qu’il faut amorcer la pompe, par la dépense publique, sans démontrer pourquoi la dépense créerait de la croissance. Du très grand art, il faut le reconnaître.

Aujourd’hui, Keynes sert de justification théorique aux appels à une relance par la création monétaire, qui ne donne pas de résultat. En fait, l’idée que la création monétaire crée de la croissance sert les politiciens avides de pouvoir. Elle leur offre un moyen miraculeux, sans aucun effort, de relancer l’économie. Le keynésianisme fait ainsi le lit du populisme.


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