Entre chien et loup (1/2)

Le Loup et le Chien, illustration par Carle Vernet de la fable de La Fontaine (Image libre de droits)

Nous n’avons plus besoin de l’État, mais lui aura toujours besoin de nous. Nous pouvons nous en libérer.

Le Loup et le Chien, illustration par Carle Vernet de la fable de La Fontaine (Image libre de droits)La Fontaine décrivait la rencontre entre un loup, maigre mais libre, et un chien, servile mais bien nourri. Et c’est à un choix similaire que nous sommes chaque jour confrontés lorsque les principes qui nous régissent ne sont pas ceux auxquels nous croyons. Mais, à défaut de quitter la France (et encore), on ne choisit pas entre être chien et être loup. Le loup a besoin d’espace, de nature, de liberté. Avec autant de lois et de normes, de taxes et impôts, dans un monde artificiel, on ne peut plus être loup. Le choix qui se pose à chacun d’entre nous est d’accepter les chaînes de gré, ou de force. Dès lors, une même question revient sans cesse : que faire ?

Celui qui voit le problème, mais ne fait rien, fait partie du problème. – Gandhi

Il faut d’abord comprendre qu’aucun des partis de pouvoir actuels ne représente un quelconque espoir. Du Front de Gauche au Front National, en passant par l’UMP et le PS et les plus petits partis intermédiaires et fantômes, tous sont emprunts de la même idéologie. Tous considèrent que la solution passe, d’une façon ou d’une autre, par l’État. Plus d’État, mieux d’État, différemment d’État, mais toujours plein d’État, partout d’État. Les citoyens sont là pour voter, financer, obéir, et avant tout être régis.

Tout avec l’État, rien sans l’État, rien contre l’État. – Mussolini

Pourtant, le système actuel n’est pas viable. Il repose sur un certain nombre d’hypothèses tacites de croissance de l’économie et de la population active, sur une redistribution contrainte et une solidarité forcée dont l’équilibre n’est assuré que par les variables que sont le taux de prélèvement et le déficit.

Le financement de l’État repose ainsi sur des recettes tributaires de la santé de l’économie, aux perspectives sombres. Ses dépenses sont loin d’être maîtrisées (et même, dans certaines administrations, ne sont pas précisément connues). Et le financement du déficit repose sur des marchés qui peuvent se montrer frileux, volatiles, et coûteux, surtout quand les annonces faites n’ont plus aucune crédibilité quant à l’emploi et même à la maîtrise de la dépense. Si les habituels prêteurs se désengagent un tant soit peu, l’État est en cessation de paiement.

Mais la conquête de la liberté est difficile. Depuis des milliers d’années, le pouvoir a changé de forme, se raffinant au fil des échecs et des victoires. Nous vivons aujourd’hui un décalage entre l’emprise qu’ont les États sur leurs citoyens dans les faits et celle qu’ils peuvent raisonnablement justifier. En France comme aux États-Unis, le pouvoir central cherche à étendre et asseoir son emprise, alors que les citoyens n’en ont jamais eu besoin et s’en aperçoivent de mieux en mieux.

Nous n’avons jamais eu besoin d’une banque centrale, ni d’une monnaie officielle. Elles sont responsables des plus grandes crises que nous ayons connues, et de la plus grande d’entre toutes que nous devrions bientôt connaître. Nous avions déjà la possibilité de recourir au free banking, d’adosser nos monnaies à des métaux précieux pour éviter une utilisation politique de l’instrument d’échange que nous utilisons tous quotidiennement. Nous avons désormais la possibilité d’utiliser des monnaies virtuelles sécurisées, ou crypto-monnaies, comme le Bitcoin. Evidemment, l’État ne le voit pas d’un bon œil : cela l’empêcherait de tricher.

Nous n’avons pas plus besoin de l’État pour assurer le financement de l’économie, et les plateformes de crowdfunding permettent aujourd’hui à de petits projets à grand impact de voir le jour. En l’absence d’État, et avant qu’il ne les détruise, existaient des sociétés de secours mutuel1 ; la solidarité existait avant l’État, et serait plus efficace et juste sans lui.

L’information est, elle aussi, déjà décentralisée ; Internet permet à tous de communiquer, informer et s’informer, apprendre et partager. Et, dans ce domaine aussi, l’État tente de protéger son existence et sa légitimité : réduisant la liberté d’expression, installant son propre point d’échange Internet pour assurer le contrôle, et généralisant la surveillance.

Le monopole de la violence légitime n’a rien de légitime, car il ne sera jamais légitime d’initier la violence. Un appareil législatif et judiciaire (qui ne porte de justice que le nom et quelques symboles) semble légitimer la violence lorsqu’il relâche les coupables ou les considère comme des victimes du système, et lorsque des armées censées défendre les frontières nationales sont envoyées au secours des intérêts de dictateurs amis, de patrons amis, ou simplement pour faire remonter les cotes de popularité au prix d’insupportables pertes dans des guerres civiles qui ne nous regardent pas.

Sans oublier la recherche, alors que les entreprises privées financent les meilleurs campus ou disposent des meilleurs équipements et se lancent dans des projets ambitieux (vaincre la mort et la nécessité de conduire, par exemple, pour Google). Ici encore, l’État s’ingénie à tenter de se rendre indispensable, en cherchant ce que personne d’autre ne pense utile de trouver ou en se lançant dans le patent trolling.

Alors que les citoyens peuvent, dans tous les domaines, se passer de lui avec profit, l’État tente de faire croire qu’il est indispensable pour centraliser et intégrer, réguler et contrôler. Mais il est temps que les hommes se libèrent de son emprise.

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