La condamnation de la militante FN est-elle une manipulation politique ?

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La sévérité de la peine d’Anne-Sophie Leclere soulève de nombreuses questions.

Par PLG

logo front nationalPour commencer, un rapide rappel des faits. À l’occasion de la dernière campagne municipale, l’émission de France 2 « Envoyé spécial » décide de faire un reportage pour dresser le portrait des militants FN qui souhaitent monter et présenter une liste. À cette occasion, on découvre Anne-Sophie Leclere, militante de 33 ans récemment encartée au FN. Tout semble d’abord banal, jusqu’au moment où apparaît sur sa page Facebook une photo comparant Christiane Taubira à un singe.

Interrogée par le journaliste, la militante semble ne pas mesurer un instant la portée de l’image. Elle se défend de tout racisme, et affirme qu’il s’agit simplement « d’humour », rien de plus. Mais dès la diffusion du reportage, les associations antiracistes attaquent violemment la militante, dans les journaux d’abord, puis devant la justice. Le Front National lui-même prend très rapidement ses distances avec sa militante locale, en l’écartant des listes pour les municipales.

Hier, donc quelques mois après les faits, Anne-Sophie Leclere, pour avoir simplement posté le photomontage, qu’elle n’a pas elle-même créé, sur un réseau social, a été condamnée à neuf mois de prison ferme, 50 000 € d’amende et cinq ans d’inéligibilité. Cette peine, particulièrement sévère, a immédiatement fait le tour d’internet et des rédactions et a suscité l’indignation et la colère de nombreuses personnes, à en lire les commentaires ce matin.

Il est vrai que cette condamnation en première instance, décidée par le tribunal de Cayenne parce que c’est là que réside le mouvement Walwari qui a attaqué la jeune femme, apparaît étonnamment lourde pour un acte très banal et sans conséquence.

Dans la précipitation, les articles sortis hier soir, juste après la condamnation, ont omis un détail pourtant important : la militante ne s’est pas présentée à son procès, et n’était pas représentée par un avocat. Dans le système juridique français, cela s’apparente à un véritable suicide. En effet dans ce cas de figure, puisqu’aucun débat contradictoire n’a lieu, l’accusé, si sa faute est prouvée, s’en sort presque toujours avec la peine maximum.

Admettons un instant qu’Anne-Sophie Leclère, militante « lambda » n’ait pas été au courant de cette subtilité juridique, et ait sous-estimé la peine qu’elle risquait. En revanche, comment imaginer que le Front National et ses nombreux avocats, à commencer par Walleyrand de Saint-Just, n’aient pas anticipé cette situation ? Deux hypothèses sont possibles : soit le FN a « abandonné » sa militante, souhaitant se détacher le plus possible de cette affaire dont il savait qu’il s’agissait d’une boule puante tellement le sujet était sensible ; soit il s’agit d’une manipulation politique, mais pas par ceux que l’on croit.

Il est en effet plausible voire probable que le Front National, sachant ce qui allait se passer en cas de non représentation de la jeune femme, ait anticipé la sévérité de la peine à venir, et s’en serve de tribune pour agiter les Français. Et ce matin, tout y passe : le Front se dit victime de la vindicte d’un juge vendu à Christiane Taubira, et profite de la condamnation pour fustiger le deux poids deux mesures de la justice avec les nombreuses condamnations quotidiennes relativement légères de nombreux délinquants. Le syndicat de la magistrature est également dans le viseur du FN puisque le juge en question y appartient. Pour expliquer l’absence de représentation, le Front se contente de dire qu’il n’a « pas trouvé d’avocat prêt à défendre sa militante en Guyane ». Ne pouvait-il en dépêcher un sur place ?

À cet instant, puisque nous ne pouvons sonder les têtes et les cœurs pour confirmer ou infirmer ces hypothèses, il ne nous reste qu’à attendre le jugement en appel qui aura lieu dans quelques mois. Soit la peine est largement réduite, soit elle est confirmée. Dans le premier cas, le mal aura de toute façon été fait et la condamnation réduite aura un impact sensiblement moins grand que le jugement de première instance ; soit le jugement est confirmé et ce sera l’occasion d’une nouvelle salve de critiques contre la magistrature.

Quelle que soit l’issue finale de cette affaire, elle doit être l’occasion pour nous de nous poser les vraies questions. Certes, la photo incriminée est de mauvais goût. Mais la simple action de la reposter sur un réseau social devrait-elle être condamnable ? Du point de vue des libéraux, ces lois liberticides ne devraient pas exister. « Le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit » entend-on dire souvent pour justifier l’arsenal répressif qui s’est renforcé année après année. Pourtant, on ne peut s’empêcher de penser que condamner une opinion (et encore, la militante s’en est défendue) fait entrer le droit dans le règne de la plus grande subjectivité. Si demain, « la société » considère qu’être libéral est une insulte pour les pauvres, faudra-t-il condamner ses défenseurs ?

Enfin, tout ceci repose sur l’idée que l’on peut « éduquer » la population par la répression de certaines pensées. Or cela ne permet que de vaguement les masquer, voire cela est contre-productif étant donné la levée de boucliers que cela suscite. Essayer de faire évoluer les mentalités à coups de condamnation n’a jamais fonctionné. Jamais.