Les aberrations du discours économique

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les aberrations du discours économique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 juillet 2014
- A +

Par Vladimir Vodarevski

L’économie se veut une science. Elle se pique d’utiliser des outils mathématiques complexes, d’utiliser des méthodologies basées sur l’observation de la réalité, déterminant des lois comme la physique. Elle se gausse aujourd’hui des anciens économistes, qui n’utilisaient pas les mathématiques, et n’y fait pas référence, ne les connaissant pas. Sûrs d’eux, les économistes écrivent des articles péremptoires, devenant même des vedettes, comme le si célèbre Paul Krugman.

Pourtant, le discours des économistes est tellement en contradiction avec la réalité, qu’il apparaît plus comme celui d’une croyance, d’une secte, qui veut à tout prix imposer son idéologie.

Ainsi, le discours dominant est que nous sommes passés, depuis les années 1980, à une politique économique dominée par ce qui est appelé le néo-libéralisme, sinon l’ultra-libéralisme. En particulier, le keynésianisme, et son concept de relance par la dépense publique a été abandonné. Les politiques actuelles sont des politiques d’austérité, et la crise montre qu’il faudrait revenir à une politique keynésienne, pour relancer la croissance.

Sporadiquement est même dénoncé une loi de 1973, dite loi Rothschild, qui interdirait à la banque centrale de financer les dépenses de l’État. Comme est dénoncée l’austérité de l’Europe, et plus particulièrement de l’Allemagne.

Ces critiques sont paradoxales. En effet, jamais, en temps de paix, les dépenses publiques et les déficits n’ont été si élevés, jamais la politique monétaire n’a été aussi accommodante, et, surtout, jamais les règles qui régissent l’économie mondiale n’ont été aussi keynésiennes. Jamais les États n’ont eu autant de latitude pour dépenser, jamais la dépense n’a été à ce point érigée comme moteur de l’économie. Et, finalement, jamais la politique économique n’a été aussi dirigiste, à part dans les Républiques Socialistes.

C’est à travers la politique monétaire que s’impose ce keynésianisme. Celle-ci a profondément évolué depuis l’après deuxième guerre mondiale, pour devenir un instrument de politique keynésienne.

Après la seconde guerre mondiale, ce sont les accords de Bretton Woods qui régissaient les monnaies. Le principe était celui des parités fixes par rapport au dollar. La valeur de chaque monnaie était déterminée par rapport au dollar. La valeur du dollar étant également fixe, déterminée par une certaine quantité d’or. C’était une sorte d’étalon or inversé.

Concrètement, ce système limitait la création monétaire. Les États-Unis devaient avoir de l’or pour créer de la monnaie. Les autres pays devaient avoir des dollars pour créer de la monnaie. Bien sûr, la relation n’était pas stricte. Il pouvait y avoir création monétaire dans un pays, mesurée, même si les réserves en dollars n’augmentaient pas. Mais le système imposaient des limites, qui empêchaient de trop grands déficits publics.

Imaginons qu’un pays comme la France se lance dans une politique de dépenses publiques. Ce qui entraîne des achats à l’étranger, ne serait-ce que pour les matières premières. Ces achats sont réglés en dollars. Les réserves de changes deviennent insuffisantes, et c’est la crise monétaire.

Cet exemple n’est pas un cas d’école. La France a ainsi connu plusieurs dévaluations dans les années 1950-1960. Aujourd’hui, ces dévaluations sont considérées comme une politique de relance. Or, cela n’a jamais été le cas. Les dévaluations étaient un symptôme : le pays vivait au dessus de ses moyens. Il fallait donc opérer ce qu’on appellerait aujourd’hui un plan d’austérité. Sans compter que les prix augmentaient du fait de l’augmentation des prix des matières premières. Cela se voyait moins qu’aujourd’hui, car la France était en pleine période de rattrapage économique, et que les prélèvements étant inférieurs aux niveaux actuels, il y avait plus de marges pour les augmenter.

Les accords de Bretton Woods tiraient les conséquences de la crise de 1929. Le protectionnisme et les dévaluations compétitives avaient aggravé cette crise. Le monde ne s’était d’ailleurs pas remis de la Première Guerre Mondiale, qui avait été financée par la création monétaire, et avait détruit la stabilité monétaire qui l’avait précédée. Bretton Woods était une tentative de retrouver cette stabilité.

Mais les accords de Bretton Woods ont été rendus caducs par les États-Unis, qui ne les ont pas respectés. Aujourd’hui, nous sommes dans un système de changes mobiles. Ce qui signifie que la création monétaire n’est plus contrainte par la quantité d’or détenue par la banque centrale américaine, ou la quantité de dollars détenue par les banques centrales des autres pays.

Par conséquent, les banques centrales peuvent manipuler les taux d’intérêt comme elles le veulent. Ce qui permet à la banque centrale des États-Unis, la Fed, de baisser les taux d’intérêt pour soutenir la croissance. Ce que fait également la banque centrale européenne, au mépris de son mandat. Cela n’était pas possible avec les accords de Bretton Woods, sauf pour la Fed. C’est parce que la Fed a laissé la création monétaire s’emballer que ces accords sont devenus caducs.

D’autre part, l’activité des banques est contrainte par les critères de Bâle. Ces critères décident de ce qui est risqué et de ce qui ne l’est pas. Ainsi, les crédits aux États ou les placements dans des obligations d’État sont considérés comme sans risque. En deuxième position vient l’immobilier, comme par hasard à l’origine d’une bulle aux États-Unis, et de la crise actuelle. L’investissement dans les entreprises ou le crédit aux entreprises sont au contraire considérés comme risqués. Si une banque accorde un crédit à un secteur considéré comme étant risqué ou achète des titres financiers d’une entreprise classée à risque, elle doit disposer de plus de fonds propre que si elle investissait dans des secteurs considérés comme moins risqués par la réglementation. Ce qui diminue sa rentabilité. Les banques sont donc fortement incitées à mettre de l’argent dans les obligations d’État. Ajoutons que les agences de notations sont également obligées de tenir compte des critères de Bâle, puisque ceux-ci leur donnent leur rôle actuel.

Nous avons donc une réglementation qui favorise la dépense. D’un côté une banque centrale libre de manipuler les taux d’intérêt à sa guise, et donc de les baisser pour relancer l’économie. De l’autre une réglementation qui favorise l’endettement des États. Jamais, en période de paix, les États n’ont pu s’endetter autant sur une longue période.

Notons aussi cet autre paradoxe, à savoir que nous avons connu après la deuxième guerre mondiale une période de croissance alors que la création monétaire était contrainte. Pourtant, on nous serine aujourd’hui que la création monétaire est la clef de la croissance. Encore un exemple de la déconnexion des économistes vis-à-vis de la réalité.

Toutes les règles qui régissent la monnaie sont orientées vers la dépense publique. Tout est fait pour favoriser la dépense publique. Et la politique monétaire est devenue l’alpha et l’oméga de la politique économique. Les banques centrales pensent contrôler l’économie, en accélérant la croissance ou en la ralentissant, via les taux d’intérêt1.

Existe-t-il encore une science économique ? Le débat est trop politisé. Et les politiciens aiment les solutions faciles. Ceux qui proposent ces solutions faciles et des boucs émissaires ont ainsi de beaux jours devant eux.


Sur le web.

  1. Voir l’article Le keynéso-monétarisme.
Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Bonjour
    Très bon article, avec rappel historique, loin des discours hystériques de la gauche.

    • Parler de la « gauche » n’a pas beaucoup de sens sur un site liberal … notre droite est tout autant keynesiene

      Ca serait pas mal d’ailleurs de trouver un mot pour ca, etatiste mais il doit y avoir mieux

  • Voilà un article que devrait lire tous les étudiants , dont on dit qu’ils ont perdu toute notion en economie. On s’en était évidemment rendu compte avec 40 ans de politiques de relance par l’impôt puis la dette , pour les résultats qu’on connaît. Le problème c’est que ce dont les pyromanes qui servent de pompiers et donnent les cours d’économie …

  • Je cherche en quoi les programmes de droite ne sont pas de gauche et vice et versa…Assez étonnant , même Valls tiendrait « presque un discours de droite  » depuis quelques temps , mais la notion droite gauche n’est qu’un leurre, les deux ont simplement besoin de l’autre pour exister.
    Les deux ont la même tare, cet esprit constructiviste qui justifie leur étatisme et par dessus tout leur jacobinisme.

  • Je me suis deja servi de cette phrase dans un tout autre domaine, mais je continue de penser qu’il y a une correspondance contemporaine entre tous les sophismes et les ideologies de connivence. Parcequ’ils sont presque tous fabriques dans le meme moule d’usinage a moutons.

    En economie politique comme ailleurs et meme jusqu’a l’interpretation des donnees statistiques,

    Excessive articulation of the parts distract from the essence of the object.

  • J’espère que les dégâts causés par le keynésianisme mettront au premier plan l’école autrichienne, et avant elle Frédéric Bastiat. Fini les équations !

    L’économie de marché n’est pas déterministe.
    Aucune équation ne permet de la prévoir.
    Mais il n’y a d’économie que de marché.

    L’auteur a raison, la dépense publique, mesurée (budget+déficit) ou non (réglementation), est le problème.

    La réalité est que nos gouvernements ont choisi la planification plutôt que le marché, et qu’ils en attendait une prospérité qui n’est pas venue.

    La dette publique, c’est l’ampleur de l’écart entre les anticipations et la réalité.
    De la désillusion du socialisme.
    Notre prospérité est l’ombre de ce qu’elle aurait dû être.

  • le keynésianisme , craie une merde qui n’arrête pas de gonfler et dans laquelle le peuple patauge
    pendant que nos pseudos gouvernants , avec leurs copains coquins se remplissent les poches ,et quand
    les bailleurs de fonds qui prêtent a l’état se rendrons compte qu’ils ne seront pas rembourses,
    l’ état ne pourra plus lever de fonds sur les marchés . et la, comme ces pseudos gouvernants ,mis en
    place par les imbéciles que nous sommes ,vont carrément s’attaquer a nos comptes en banque.
    et la on pourra commencer a parler de crise. passez de bonnes vacances , la rentrée vas être rude.

  • On sait qu’en économie la France est retombée dans l’erreur depuis 40 ans, sans doute à cause de sa tradition étatiste depuis quatre siècles. Mai c’est déjà plus étonnant pour nos voisins du nord en Europe qui ont une tradition moins dirigiste . Quant à l’Amérique elle a une tradition libérale, et tous les outils medias pour faire face aux dérives de l’état-providence.

    http://www.freetochoose.tv/

    http://libertypenblog.blogspot.fr/

    Alors comment se fait-il que l’Amérique suive la même pente que la France ?
    Est-ce un effet de la lutte des classes selon HHH (mangeurs vs payeurs d’impôts)

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Par Johan Rivalland.

Il est fréquent de croire que le libéralisme s’assimile aux politiques d’austérité. C’est se méprendre à la fois sur le champ que couvre cette philosophie, nullement restreinte à l’économique, mais c’est – même sur le plan économique – en avoir une vision bien terne et restrictive, pour ne pas dire peu enthousiasmante qui ne correspond pas à son esprit.

Vingtième-troisième volet de notre série « Ce que le libéralisme n’est pas ».

Le libéralisme n’est pas qu’économique

Nous l’avons évoqué à de multiple... Poursuivre la lecture

Par Daniel Lacalle. Un article du Mises Institute

Aucun État cherchant à accroître massivement son importance dans l'économie et à monétiser un déficit galopant ne va agir contre la hausse des prix, bien qu'il prétende le contraire.

L'une des choses qui surprend le plus les citoyens d'Argentine ou de Turquie, c'est que leurs gouvernements populistes parlent toujours des classes moyennes et d'aider les pauvres, alors que l'inflation continue de grimper en flèche, rendant tout le monde plus pauvre.

L'inflation est l'érosion... Poursuivre la lecture

Par Jacques Garello.

Les banques centrales du monde entier émettent de la fausse monnaie, la crise a légitimé d’aller plus loin encore pour financer les secours et les dettes des États. Il faudra pourtant, tôt ou tard, rompre avec la fiat money.

Fausse monnaie ?

C’est la valse aux milliards. Après les 45 milliards supplémentaires autorisés par la troisième loi rectificative votée jeudi dernier, selon Bercy, la générosité de l’État français serait de 469 milliards.

Le plan européen de relance européenne discuté ce week-end... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles