S’inspirer de Jean Jaurès pour sauver le système de retraites

Relire Jaurès nous montre qu’on peut être de gauche et défendre la capitalisation.

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Jean Jaurès en 1904 (image libre de droits)

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S’inspirer de Jean Jaurès pour sauver le système de retraites

Publié le 3 juillet 2014
- A +

Une chronique de Cécile Philippe.
Un article de l’Institut économique Molinari.

Jean_Jaurès,_1904S’inspirer de Jean Jaurès pour sauver le système de retraites ?

Oui car le sujet de la retraite a été trop souvent traité sous un angle purement politicien, ce qui contribue à entretenir un statu quo intenable.

Relire Jaurès nous montre qu’on peut être à gauche et défendre la capitalisation. Il suffit de se replonger dans L’Humanité de 1909. Jaurès y expose comment la capitalisation « en soi est parfaitement acceptable » et peut constituer « un gage plus certain, une base plus solide » pour l’assurance retraite. Pour le cofondateur du Parti socialiste français (1902) et de L’Humanité (1904), la capitalisation « peut même, bien maniée, par un prolétariat organisé et clairvoyant, servir très substantiellement la classe ouvrière ».

En effet, en rendant la classe ouvrière « à la fois capitaliste et salariée », elle lui permettrait de recevoir « tout le produit social qui résulte de la mise en œuvre de ce capital par le travail ouvrier ». En permettant au salarié de devenir épargnant, elle lui donnerait les moyens de préparer ses vieux jours tout en s’appropriant une partie du rendement du capital.

D’où l’idée – qui n’est pas neuve – d’introduire une dose de capitalisation dans le système de retraites actuel… Reste à respecter j’imagine certaines conditions pour que ça marche…

Il s’agit de faire du neuf avec de l’ancien et de cesser de matraquer l’épargne. Depuis plusieurs années les pouvoirs publics ont taxé les produits dédiés à la retraite. On se souvient tous du forfait social, prélèvement de 2% instauré sous Fillon et porté à 20% sous Ayrault.

Ensuite, cessons de faire des différences. Il n’y a pas de raison d’attaquer les mécanismes d’épargne du privé, tandis qu’on oblige par ailleurs le public à capitaliser, avec l’ERAP, un fonds de pension qui ne dit pas son nom.

Mais donc le système par répartition n’est absolument pas pérenne tel qu’il existe aujourd’hui ?

Non. Nous avons fait preuve d’une imprévoyance collective majeure. Tous les experts savent que les régimes de retraite par répartition constituent des bombes à retardement. Avec de moins en moins d’actifs et de plus en plus en plus de retraités, la répartition est condamnée à distribuer des retraites de plus en plus maigres. Les réformes initiées en France depuis la fin des années 1980 limitent l’essor des dépenses, avec à la clef des économies représentant aujourd’hui de l’ordre de 2% du PIB. Pour autant elles ne permettent toujours pas d’équilibrer les comptes et de résorber la dette implicite liée aux retraites par répartition, estimée à 3,6 années de revenu.

D’ici 50 ans, ces réformes devraient nous permettre d’économiser de l’ordre de 8% du PIB par an, en contenant les dépenses de retraite à un niveau proche d’aujourd’hui. Cela se fera par une réduction massive des pensions. En bonne logique, il faudrait que cette baisse des retraites par répartition soit compensée par une épargne retraite. Il faudrait que les pouvoirs publics – de droite comme de gauche – incitent massivement les Français à épargner, ce qui est loin d’être le cas.


Chronique de Cécile Philippe, directrice de l’Institut économique Molinari, diffusée sur les ondes de Radio classique le 17 juin 2014.

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  • Bon article.
    Et vous auriez pu ajouter que Jaurès était non seulement pour la capitalisation, mais même contre la répartition, dont il annonça par avance les défauts que nous observons (l’irresponsabilité, la fausse générosité au détriment des travailleurs, l’égoïsme collectif de régimes spéciaux, etc.)

    Nous sommes donc dans la situation apparemment paradoxale de « forces de gauche » (soi disant) qui défendent mordicus l’œuvre de Pétain (la répartition) en dénigrant méchamment les analyses de Jaurès…

    • +1

      Sur le sujet des retraites comme sur les autres sujets économiques, la collectivisation conduit à exclure l’essentiel de la population des bénéfices du capitalisme pour en concentrer les gains sur une petite nomenklatura d’affidés du pouvoir. L’actuel pouvoir renforce encore cette politique d’exclusion de masse, d’exclusion pour tous. Ils ne s’arrêteront pas avant d’avoir collectivisé l’essentiel du pays à leur profit personnel, appliquant à la lettre la devise : « aucune limite à notre pouvoir » (citation).

  • Surtout, des retraites par capitalisation permettraient de lever un capital immense pour financer l’économie.

  • Il faut savoir que le système est bien né (oui c’est moi le libéré qui dit cela!), il est né avec comme fil directeur : ce qui rentre sera redistribué. Ce qui veut dire de façon limpide que la variable d’ajustement était la sortie d’argent. Or il en est dans les faits tout autrement, les retraites sont « indexées » (donc +- fixe) et c’est la ponction qui est devenue la variable d’ajustement. Augmentation des prélèvements et endettements sont les conséquences du besoin de paix sociale …

  • citation de Jean Jaurès: « Lorsque les ouvriers accusent les patrons d’être des jouisseurs qui veulent gagner beaucoup d’argent pour s’amuser, ils ne comprennent pas bien l’âme patronale. Sans doute il y a des patrons qui s’amusent, mais ce qu’ils veulent avant tout, quand ils sont vraiment des patrons, c’est gagner la bataille. Il y en a beaucoup qui, en grossissant leur fortune, ne se donneront pas une jouissance de plus. Ils sont heureux quand ils font un bel inventaire de se dire que leur peine ardente n’est pas perdue […] Dirige celui qui risque ce que les dirigés ne veulent pas risquer. Est chef celui qui procure la sécurité aux autres en prenant pour soi tous les dangers. Non, en vérité le patronat, tel que la société actuelle le fait, n’est pas une situation enviable, et ce n’est pas avec des sentiments de colère et de convoitise que les hommes devraient se regarder les uns les autres, mais avec une sorte de pitié réciproque qui serait peut être le prélude de la justice ! »

    • Exceptionnel de justesse, d’intelligence et d’humanité

    • Jaurès a dit ça ?? Et il reste des socialistes pour se réclamer de lui ?? Diinngguuue !!

      Plus sérieusement, « Est chef celui qui procure la sécurité aux autres en prenant pour soi tous les dangers » est quand même une vaste fumisterie. Aujourd’hui un patron ce n’est pas ça. Dans les cas des grandes entreprises, c’est un mercenaire recruté à prix d’or par les actionnaires, avec stock-options et parachute doré. Il ne prend strictement aucun risque pour lui même. Et même dans les PME, le patron-actionnaire majoritaire prend bien soin de se verser un bon gros salaire de cadre supérieur et se contente rarement des revenus fort aléatoires de son capital. Restent les petits patrons, les plus nombreux bien sûr mais ce ne sont pas eux qui emploient le plus de monde.

      Mais bon, si nos socialistes modernes relisaient Jaurès, ce serait déjà une avancée.

  • La retraite c’est soit capitalisation soit répartition les deux sont incompatibles
    Comme le vol l’est avec la justice

  • Les commentaires sont fermés.

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