Jean-François Revel ou la démocratie libérale à l’épreuve du XXe siècle

Revue de l’ouvrage de Philippe Boulanger consacré à Jean-François Revel, ce formidable vulgarisateur des idées libérales.

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Jean-François Revel par Philippe Boulanger (Crédits : Les Belles Lettres, tous droits réservés)

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Jean-François Revel ou la démocratie libérale à l’épreuve du XXe siècle

Publié le 20 juin 2014
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Par Damien Theillier.

Revel-BoulangerIl n’est pas facile de situer Jean-François Revel dans l’histoire des idées récentes. Tel est le défi que relève la biographie intellectuelle qui lui est consacrée et qui vient de paraître aux Belles Lettres au mois de février 2014 : Jean-François Revel – La démocratie libérale à l’épreuve du XXe siècle, préface d’Alain Laquièze, dans la collection « Penseurs de la liberté », dirigée par Alain Laurent. L’auteur, Philippe Boulanger, est docteur en droit public et a publié plusieurs essais sur le Proche-Orient et l’histoire des idées. Il collabore d’autre part à diverses revues comme Le Banquet et Commentaire.

Face à une gauche française profondément marxisée et à une droite gaulliste et post-gaulliste très nettement hostile au libéralisme, Revel a toujours tenu à se définir comme un libéral de gauche. À contre-courant de tous les partis politiques, son adhésion au libéralisme n’a pourtant jamais été dogmatique. Comme l’explique Philippe Boulanger :

Pour lui c’est une question d’expérience : le libéralisme politique assure la paix civile, l’équilibre des pouvoirs et la participation des citoyens à la vie politique ; le libéralisme économique garantit mieux que l’interventionnisme étatique et le fiscalisme l’efficacité et la justice sociale.

« L’une des thèses de Revel, écrit Boulanger, est que la société libérale, certes imparfaite, est, en tous points, supérieure à la société étatiste ou socialiste. Il adhère à l’idée que la « société ouverte », imparfaite, conduit plus sûrement l’homme vers davantage de félicité et d’abondance que la « société dirigiste », fermée, méfiante à l’égard de lui et source de paupérisation et d’injustice. » (p. 39)

Par ailleurs, Revel ne manque pas de mémoire. Il fut un temps où la gauche française était libérale et il sait que les libéraux au XIXe siècle ont été les premiers à poser la « question sociale ». Et c’est pourquoi dans Ni Marx ni Jésus, puis dans La Tentation totalitaire, Revel appelle de ses vœux cette gauche libérale et moderne. Dans la décennie quatre-vingt-dix, elle apparaît en Grande-Bretagne et en Allemagne mais pas ou trop peu, selon lui, en France.

Revel a surtout été un formidable vulgarisateur. Et ce rôle de diffuseur des idées libérales dans la grande presse – plutôt que dans les cercles universitaires – explique sans doute le relatif confinement dans lequel il est plongé depuis sa mort en 2006.

Faut-il pour autant en conclure que Revel s’inscrit dans le courant dit du « libéralisme social » ? Son biographe ne le croit pas :

« L’opposition entre la performance économique et la solidarité sociale n’avait aucun sens pour lui : pour redistribuer, il faut tout simplement être riche. Certes, après la chute du communisme en Russie et en Europe centrale et orientale, on pourra déceler sous sa plume, non parfois sans étonnement, la satisfaction d’un certain « retour au socialisme », notamment dans les pays (Allemagne, Italie, Grande-Bretagne) gouvernés par une gauche libéralisée.

Cette apparente contradiction peut s’expliquer par sa conviction selon laquelle la mise en œuvre du libéralisme à la fois économique et politique assure davantage de justice sociale, d’efficacité économique et de stabilité politique que le socialisme marxiste férocement étatiste. En d’autres termes, ce qui crée de la richesse et du bien-être, ce n’est pas la nationalisation, mais la privatisation. » (p. 422)

Mais Revel a surtout été un formidable vulgarisateur. Et ce rôle de diffuseur des idées libérales dans la grande presse – plutôt que dans les cercles universitaires – explique sans doute le relatif confinement dans lequel il est plongé depuis sa mort en 2006. Cette biographie, issue d’une thèse de doctorat, vient à point nommé combler un certain vide.

À lire également : Nicolas Lecaussin, « Jean-François Revel », in Mathieu Laine (dir.), Dictionnaire du libéralisme, Larousse, coll. « À présent », 2012, p. 531-533.

Philippe Boulanger, Jean-François Revel – La démocratie libérale à l’épreuve du XXe siècle, préface d’Alain Laquièze, collection « Penseurs de la liberté », Les Belles Lettres, février 2014, 444 pages.


Texte d’opinion publié également le 7 juin 2014 sur 24hGold.

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  • « Vulgarisateur » ? Au nom de quoi ? Y a-t-il des choses qu’il faille simplifier, dans le libéralisme ? Une vraie-pensée-libérale trop complexe pour le vulgum pecus, et qu’il faudrait illustrer avec des dessins pour enfants ? Pas que je sache. Revel était un penseur, tout simplement. C’est vous, qui faites dans l’élitisme. Ni Tocqueville, ni Bastiat, ni Revel, n’ont besoin d’être expliqués, et c’est tout à leur honneur.

  • Revel a surtout été un remarquable philosophe et de la plus rare espèce, celle dont la vie est en accord avec la pensée. Après lecture ( et relecture) de l’ensemble de son oeuvre (et de l’ouvrage présenté), je place son Descartes inutile et incertain parmi ses écrits majeurs: une magnifique leçon de libéralisme de la pensée. C’est là tout Revel.

  • Il n’a pas révélé grand chose …

    C’est plus un chroniqueur qu’un penseur et surtout aussi malhonnête que la gauche qu’il dénonçait …

    • Pas révélé grand-chose ? Qu’entendez-vous par « révélation » ? Quel auteur a « révélé » quelque chose d’essentiel, selon vous ?

      « aussi malhonnête » Avez-vous des exemples précis de la malhonnêteté de Revel ?

      • « tous les musulmans soutiennt le terrorisme »

        Pouvez-vous produire une citation exacte ? Dans le cas contraire, je me trouverai dans l’obligation de vous traiter de menteuse.

        • Bonjour Amellal Ibrahim
          Oui bon mais…
          JF Revel a écrit pendant de nombreuses années après guerre, dans l’Express entre autre, sur bcp de sujet. Toutes ses positions ne sont pas forcement excellente.
          Mais je n’ai pas souvenir d’un penseur bavant d’anti-islamiste comme vous le laissez croire.
          Cordialement.

      • Revel n’a jamais eu l’ambition d’être un économiste. C’était un vrai philosophe et ses critiques de Descartes, de Heidegger ou du structuralisme sont des plus pertinentes et démontrent son indépendance d’esprit.
        Quant au problème des islamistes tolérants, les faits confirment son point de vue: leurs protestations lors de tous les attentats commis sont proprement assourdissantes…

  • Ce qui me trouble ds le texte Amellal 11h21 est l’ emploi par Revel du mot démocratique , par exemple ce fameux mariage pour tous est ce une volonté populaire ou une décision de quelques centaines de personnes ? Notez que le petit pays de Luxembourg a procédé de la meme manière récemment !
    désolé je m’ en tiens donc au mot démocrassie
    Pour ce qui est des fanatiques ou modérés il y a des courants des diversités partout y compris chez les libéraux
    Mon raisonnement simple est celui ci : 1% de fanas pour 500 000 = 5000 mais 1% pour 5 000 000 = 50 000 alors il faut mettre plus de moyens , de sous pour les surveiller …..c’ est idiot hein comme raisonnement !

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