Le PS français enfin en train de faire son aggiornamento ?

Parti Socialiste

Le Parti socialiste tournerait-il enfin, lentement mais sûrement, son dos au quasi-marxisme qui en était l’idéologie dominante ?

Par Alexis Vintray.

Parti SocialisteEt si, confronté à la réalité du pouvoir, le Parti socialiste était enfin en train de faire son aggiornamento, sa transition idéologique d’un quasi-marxisme complètement dépassé à un social-libéralisme enfin assumé ? Un espoir qu’on pourrait enfin entretenir sérieusement depuis quelques jours au vu des prises de position de Manuel Valls ou de Jean-Christophe Cambadélis. N’est-ce pas d’ailleurs la crainte que le très à gauche Médiapart entretient (voir cet article de Stéphane Alliès) ?

Devant le conseil national du Parti socialiste, le Premier ministre est ainsi allé jusqu’à demander au parti de « dépasser la gauche », en inventant un nouveau socialisme, à l’opposé de l’extrême gauche qui selon lui a perdu les dernières élections. Assumant clairement les orientations déjà prises ces derniers mois, Manuel Valls a plaidé pour une baisse de la dépense publique et des baisses d’impôts : « Il nous faudra explorer d’autres chemins, sans tabou. Je pense à la baisse de la fiscalité des ménages et notamment des classes moyennes. Car je l’ai dit, les impôts sont trop lourds. Mais nous ne pourrons nous engager dans cette voie que si nous avons réduit la dépense publique. »

Dans la même veine, le nouveau premier secrétaire du Parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis, proche de Dominique Strauss-Kahn, a décrété « la fin du cycle d’Épinay », faisant référence au Congrès d’Epinay où François Mitterrand prit la tête du PS en 1971 sur une ligne d’union avec le PCF. Assumant la rupture, il a demandé aux militants d’ouvrir un « nouveau cycle ». Interrogé sur la direction à prendre, en particulier sur une transformation du Parti socialiste français en New Labour à l’anglaise ou en Parti démocrate à l’italienne, « Jean Christophe Cambadelis opine » selon le même article de Médiapart : « c’est à ce niveau-là qu’il faut se situer. Ce qui est en jeu, c’est un nouveau parti socialiste ». Plus social-libéral, moins étatiste.

Alors quelle gauche inventer désormais maintenant que la nécessité de la réinvention est reconnue ? Dans ces colonnes Nick de Cusa en a tiré un portrait robot qui devrait aider Jean-Christophe Cambadélis et Manuel Valls dans leur réinvention du PS pour en faire enfin un parti moderne :

Les premières orientations prises par ce « nouveau » PS vont dans le bon sens. Beaucoup trop lentement pour ce journal et nos lecteurs bien sûr. Lentement et en hésitant, comme avec le détricotage plus ou moins assumé de la loi Alur, mais dans le bon sens quand même, avec des mesures que la droite n’a jamais osé prendre, sur les prestations sociales par exemple :

Assurément aussi, le changement ne se fera pas sans résistance, et les vieux éléphants d’une gauche dépassée depuis des décennies feront tout pour empêcher ce changement. Mais, alors que même un Tony Benn au Royaume-Uni vient de rendre les armes pour de bon, combien de temps les Gérard Filoche du PS pourront-il résister ?

En 2012, comme plusieurs auteurs de Contrepoints dont Fabrice Copeau, je me réjouissais de la victoire de François Hollande. Déjà car, conformément à la « règle de désinfection » de Dan Mitchell, quand on a à droite un candidat aussi antilibéral que Nicolas Sarkozy à la fin de son mandat, il fallait absolument en débarrasser le pays. Également car il allait enfin pouvoir mener certaines réformes de société libérales comme le mariage gay qu’une décennie de pouvoir de droite avaient bloquées. Surtout, dans un contexte économique qui s’annonçait difficile, il était quasi certain que la gauche n’aurait aucune marge de manœuvre et serait vite contrainte de revenir au réalisme économique, forcément plutôt libéral. Deux ans après, les faits semblent nous donner raison. Tant mieux pour nous, et tant mieux pour la France et pour chacun d’entre nous.

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