Vers la liberté, 2/5 : « D’ennemi d’État à ennemi du peuple »

Etat (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints, licence Creative Commons)

D’ennemi d’État à ennemi du peuple : la quête de légitimité du pouvoir et la subjugation de la société civile.

Résumé du premier épisode : le pouvoir place désormais entre lui et les citoyens des intermédiaires de plus en plus nombreux. Chaque citoyen devient un gardien du pouvoir.

img contrepoints402Les dissidents ne sont plus seulement des ennemis de l’État, mais deviennent des ennemis de la nation, de la société ou du peuple. Ne pas payer l’impôt, ce n’est pas seulement ne pas transférer une partie de ses richesses à l’État ; c’est priver la société dans son ensemble, ou une partie des individus qui la composent, du bénéfice d’une partie de ces ressources. Même la paie des fonctionnaires de l’État est considérée en soi comme un bénéfice pour la société.

La fraude et l’évasion fiscales créent donc des ennemis aux autres citoyens, qui d’ailleurs voient moins nettement en quoi les fraudeurs sociaux sont aussi leur ennemi. Et les comportements bannis ne sont pas seulement une désobéissance aux règles ; ils sont une menace à la sécurité, au bon fonctionnement de la société ou pour l’environnement.

L’État fait donc des citoyens les veilleurs de la société, impliquant les femmes dans ses campagnes pro-IVG, alimentant la protestation antifasciste, réveillant le spectre antisémite, changeant les comportements pour plus de progrès. Le politiquement correct porte tristement bien son nom.

Que les citoyens veillent à l’harmonie sociale et les uns sur les autres est une excellente chose. La société civile authentique désigne l’action citoyenne, individuelle ou collective, visant au bon fonctionnement de la société et à des interactions sociales fructueuses. Mais il est inquiétant de constater qu’aujourd’hui, l’ensemble ou presque de la société civile est organisée autour de l’État. En leur accordant du pouvoir, de l’argent, du prestige ou en leur imposant des contraintes, l’État transforme les possibles contre-pouvoirs en alliés indéfectibles. En les plaçant sous son joug.

La presse est un exemple flagrant. Mais que dire de la défiscalisation d’une partie des dons aux associations (certes positive car elle diminue les rentrées fiscales de l’État), voire de leur intégralité pour les associations reconnues d’utilité publique par l’État qui confond habilement public et social 1 ?

Pour réduire les possibilités pour la société civile de s’unir contre lui, l’État multiplie les sujets clivants en étendant le champ de son action et de son discours. Nombreux sont ceux qui désapprouvent l’action de l’État, mais les mécontents sont rarement d’accord entre eux ; les mouvements populaires renversant les puissants ne sont pas impossibles, mais ils ne sont plus aussi simples. L’exemple islandais est instructif : tous ou presque victimes (et partiellement responsables, pour y avoir pris part) de la faillite d’un modèle économique, ils l’ont renversé. On en entend étrangement peu parler dans des médias pourtant sensibles au sort des Grecs victimes de « l’austérité », ou de dirigeants gourmands et menteurs.

Le pouvoir n’a en réalité pas changé de nature. L’individu n’a toujours pas la possibilité de ne pas reconnaître le pouvoir qu’on tente de lui imposer. En cela, l’individu n’est toujours pas libre. L’individu ne peut être libre que dans une société où les interactions sont fondées sur le droit naturel et sur le consentement mutuel.

  1. relatif aux interactions entre les individus